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Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne.
La présidente de la Commission européenne s'est attirée les foudres des diplomates européens en assumant un rôle qui n'est pas le sien et en exprimant des positions personnelles sur la question iranienne, qui ne reflètent pas la position commune des membres de l'UE.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a irrité les diplomates européens par des agissements interprétés comme une volonté de se positionner comme la principale représentante de l'UE à l'étranger. Elle est également accusée d'avoir outrepassé ses prérogatives dès les premiers jours de l'attaque israélo-américaine contre l'Iran.
Dans leurs confidences faites au site d'information Politico, dans le cadre d'un article publié ce 9 mars, neuf diplomates, fonctionnaires et parlementaires européens ont critiqué ce qu'ils ont qualifié d'abus de pouvoir diplomatique de la présidente de la Commission européenne.
Von der Leyen n'arrange en rien les divergences européennes sur la question iranienne
Dix jours après le début du conflit au Moyen-Orient, les pays de l'Union européenne peinent à aboutir à une position commune. Dans ce contexte, le fait que la dirigeante européenne décide d'endosser le rôle de la haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, n'a fait qu'agacer plusieurs gouvernements des 27 avec ses prises de position en faveur d'un changement de gouvernement à Téhéran. Pire encore, elle s'est entretenue à une douzaine de reprises avec des dirigeants d'Europe et des pays du Golfe, suscitant des reproches pour des positions qu'elle a affichées publiquement, s'écartant nettement du consensus des membres de l'UE.
Nathalie Loiseau, députée européenne et présidente de la commission spéciale sur le bouclier européen de la démocratie du Parlement européen, s'est insurgée contre les agissements d'Ursula von der Leyen et a déclaré à Politico qu'"elle n'a aucun mandat diplomatique, elle parle sans mandat ni briefing de renseignement. Ses paroles n'ont aucune valeur en dehors de sa déclaration personnelle". D'autres diplomates européens ont indiqué que le rôle de formuler une position commune aux membres de l'UE revenait à Kaja Kallas, qui doit aboutir à cela au terme d'un processus souvent long et fastidieux. Or, l'intervention de la présidente de la Commission européenne risque d'apporter une complication supplémentaire et de semer la confusion dans les affaires diplomatiques. "Le problème, c'est que la présidente impose ses idées et engage l'Union européenne sans consulter les pays membres au préalable", a déclaré un diplomate européen sous couvert d'anonymat, fustigeant Ursula von der Leyen, laquelle "dit des choses qui ne relèvent pas de son mandat".
Von der Leyen se réjouit des attaques contre l'Iran
Dans son discours, prononcé lors de l'ouverture de la Conférence des ambassadeurs de l'Union européenne qui se tient à Bruxelles, ce 9 mars, Ursula von der Leyen n'a pas du tout condamné les attaques israélo-américaines contre l'Iran, mais a cependant martelé qu'"il ne faut pas verser de larmes pour le régime iranien", qu'elle accuse d'avoir réprimé son propre peuple et d'avoir semé le chaos et la déstabilisation dans toute la région par le biais de ses alliés, des missiles et des drones. Elle a aussi indiqué que plusieurs Iraniens à l'intérieur du pays et dans le monde s'étaient réjouis de la mort de l'ayatollah Ali Khamenei, sans mentionner les manifestations de masse contre les attaques israélo-américaines partout dans le monde.
Des positions de politique étrangère qui ne reflètent pas celles de l'UE
Les publications sur X et les conversations d'Ursula von der Leyen avec les dirigeants du Golfe ne reflétaient pas officiellement les positions de la politique étrangère de l'UE, ont déclaré des diplomates européens à Politico. La présidente de la Commission a également été critiquée en promettant un "soutien" aux États du Golfe visés par des missiles et des drones iraniens. "Que promet-elle exactement lorsqu'elle dit que nous les soutiendrons ?", s'interroge Nathalie Loiseau, citée par Politico. "Qui est ce"nous" ? Pour l'instant, le soutien se limite au porte-avions Charles de Gaulle, aux Rafale à Abou Dhabi et à des accords de défense avec certains pays", a-t-elle ajouté, avant d'asséner : "Ce à quoi nous assistons, ce n'est que du théâtre sans fondement."