Depuis des décennies, les États-Unis menacent l'Iran, en invoquant le péril que représenterait la possession d'armes nucléaires par ce pays. En réalité, ils ont eux-mêmes ouvert la voie à l'Iran. Et il n'est pas prouvé qu'on voudrait s'en servir de façon offensive, si on en détenait. Il n'y a pas davantage de preuve, face à l'Iran, qu'il n'y en avait de possession, par l'Irak, d'armes de destruction massives...
L'aide des Occidentaux au programme nucléaire iranien
Voulant la modernisation de l'Iran, Muhammad Pahlavi Shãh et Mossadegh, cette fois, étaient pleinement d'accord : l'électrification du pays se fera par énergie nucléaire. On collabore avec la France dès 1956. Des experts s'installent à Téhéran et forment des physiciens iraniens. Le pays se remplume par la vente de pétrole, puis augmente le nombre de centrales. Il acquiert ensuite 25% de l'entreprise Eurodif. Le shãh prête même un million de dollars à la France, par l'intermédiaire du Commissariat à l'énergie atomique. (Un prêt que Khomeini, lui, n'oubliera pas!...).
En 1957, Pahlavi signe avec Eisenhower un accord visant à s'initier à l'usage pacifique du nucléaire, grâce à une aide technique. En 1967, on livre aux Iraniens un
réacteur de recherche.En 1974, on crée l'Organisation de l'énergie atomique iranienne. Le développement du nucléaire, en usage civil, permet d'exporter davantage de pétrole. Malgré la signature du traité de non prolifération d'armes nucléaires en 1970, l'Iran, avec la bénédiction du Président Richard Nixon et du Secrétaire d'État Henry Kissinger, concocte un plan pouvant faire de l'Iran le gendarme des pays arabes voisins Des experts militaires séjournent au pays. En échange, des chercheurs iraniens sont envoyés au Massachusetts Institute of Technology.
Le dernier chah d'Iran avec le président Niko et le Secrétaire d'état Henry Kissinger
On ne peut donc pas reprocher au Pakistan et à la Corée du Nord d'avoir initié l'Iran dans ce domaine. La France et les États-Unis savaient à quoi cela pouvait mener. Et en même temps, quelle belle occasion ! On pourra invoquer à répétition qu'il faut envahir l'Iran, pour l'empêcher d'obtenir un arsenal nucléaire non plus civil, mais militaire.
Même Israël s'en mêle
En 1977, sous le nom bucolique de "Projet Fleurs", s'épanouit une collaboration entre l'Iran et Israël : un programme de missiles balistiques nucléaires. En échange d'une livraison de pétrole valant un milliards de dollars, les Israéliens s'engagent à construire une usine d'assemblage et d'un site pour les tests à longue portée. Le Ministre de la Défense, Shimon Peres, signe cet accord confidentiel avec, encore une fois, la bénédiction des États-Unis.
Les responsables iraniens Hasan Toofanian et Bahram Ariana (à gauche) rencontrent des officiers israéliens en 1975 (timesofisrael.com)
Dès son arrivée au pouvoir, en 1979, l'ayatollah Khomeini fait cesser les recherches liées à l'enrichissement de l'uranium. Il juge contre-nature le recours à ce type d'armes. On poursuivra malgré tout les tentatives en ce sens, à son insu. Et le plus féru de ce programme, Rafsandjani, représentait, selon le gouvernement états-unien, l'ayatollah le plus modéré, à favoriser au détriment d'Ahmadinejad!
La moralité des pervers
Les États-Unis sont les premiers à avoir utilisé deux bombes nucléaires. Jamais ils n'ont pensé à n'y recourir qu'en dernier recours. En novembre 2003, Donald Rumsfeld activait le projet "Conplan 8022" qui prévoit l'usage d'armes conventionnelles et nucléaires dites "tactiques", supposées ne détruire que des cibles souterraines. L'objectif de ce plan étant la capacité de détruire "préventivement" des cibles importantes, en n'importe quelle zone du monde.Dès lors, George W. Bush, Dick Cheney et Donald Rumsfeld justifient l'utilisation d'armes nucléaires tactiques. Bush signe même, en janvier

En 2006, devant la menace d'une invasion imminente de l'Iran et l'intention d'utiliser des armes nucléaires tactiques, 1800 physiciens envoient une lettre au Président Bush, pour signifier la folie que cela représenterait. On précise que l'arsenal nucléaire d'aujourd'hui équivaut à plus de 200,000 bombes, de la puissance de celle larguée sur Hiroshima... Et on précise :
"Il n'existe pas de séparations nettes entre"petites"et"grandes"armes nucléaires tactiques, pas plus qu'il n'en existe entre les armes nucléaires ciblant des installations et celles ciblant des armées ou des villes."
(Stop the US nuclear bombing, 17 avril 2006)
Encore aujourd'hui, on invoque les droits humains bafoués, par un régime religieux extrémiste. Ce qui entre en totale contradiction avec le fait que les États-Unis entretiennent de belles relations avec l'Arabie Saoudite qui traite magistralement les femmes ! Et même la démocratique France vit François Hollande en décorer le prince héritier de la Légion d'honneur


Sauf qu'il est déjà trop tard pour empêcher ce pays d'être ruiné, encore une fois, par l'arrogance agressive des États-Unis qui, à la manière d'un ayatollah, se croient investis d'une mission divine.
Maryse Laurence Lewis
Référence :
Bush, l'Iran et la bombe, Éric Laurent, Éditions Plon, 2007.
Note de l'auteure : Ma base d'informations provient de ce livre, mais les conclusions sont les miennes et n'engagent en rien cet auteur.
La source originale de cet article est Mondialisation.ca
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