
© Service de presse de la présidence ukrainienne / Fox News
Le général de division Antonio Aguto (à gauche) et Volodymyr Zelensky, à Wiesbaden, en Allemagne, le 14 décembre 2023. [Photo d'illustration]
Un rapport de l'inspecteur général du Pentagone étrille les écarts de conduite du général Antonio Aguto lors de déplacements en Ukraine : documents classifiés égarés dans un train et comportement alcoolisé lors d'une réunion avec Antony Blinken.
Aux États-Unis, c'est une affaire quelque peu... embarrassante, que Fox News a remontée à la surface le 16 mars. La chaîne conservatrice américaine a en effet mis en lumière un rapport d'enquête de l'inspecteur général du Pentagone (DoD OIG), datant du 12 mars, concernant des "allégations de mauvaise conduite" visant le général de division Antonio Aguto à l'occasion de plusieurs déplacements en Ukraine au cours de l'année 2024.
Une enquête elle-même diligentée après des "signalements anonymes" auprès du Bureau de l'inspecteur général. Lesdites "allégations" font notamment état qu'Aguto aurait "perdu des documents classifiés dans un train en Europe", "était en état d'ivresse lors de réunions" et aurait fait preuve d'un "leadership contre-productif", ayant créé un "climat toxique" au sein du Security Assistance Group - Ukraine (SAG-U).
Les documents en question sont des "cartes classifiées", qu'Aguto aurait décidé d'emmener à Kiev depuis l'Allemagne, alors que ni lui ni ses hommes n'étaient habilités au transport de tels documents à travers des frontières. Une mission réservée au personnel diplomatique, rappelle le rapport d'enquête. Les cartes - disposées dans "un tube en plastique noir, non sécurisé", là encore en violation des directives en vigueur - ont été oubliées à bord d'un train lors du voyage de retour vers Wiesbaden, en Allemagne.
Au moins trois chutes - et trois examens médicaux - en moins de 24 heures
Cette perte n'a été constatée qu'après coup par Aguto, "dans la soirée du 4, voire le matin du 5 avril", soit bien après son retour à Wiesbaden. Le commandant en second d'Aguto a alors contacté le SAG-U à Kiev, "demandant d'aider à localiser les documents classifiés".
Celui-ci s'est tourné vers l'officier de sécurité de l'ambassade américaine, qui a lui-même contacté le chef de la sécurité du train. Ce dernier lui aurait appris que les fameux documents avaient été retrouvés. Le 5 avril, "un agent de sécurité ferroviaire, de nationalité ukrainienne, remet les documents classifiés à l'ambassade", peut-on lire dans ce rapport de 56 pages.
Heureusement pour les Américains, ces cartes avaient été oubliées dans un train opéré entre Kiev et Przemysl, en Pologne, exclusivement réservé au personnel de l'ambassade des États-Unis et du Pentagone.
Un officier "très passionné"
Quant à l'état d'ivresse dont il aurait fait preuve, l'affaire remonte à la mi-mai 2024. Là encore à l'occasion d'un voyage d'Aguto à Kiev. Le 13 mai, une semaine après son arrivée en Ukraine, l'officier général dîne avec un individu dont l'identité a été caviardée et consomme de l'alcool. Dans la soirée, Aguto retourne à son hôtel où il chute "et se cogne l'arrière de la tête contre le mur". Le rapport mentionne également deux autres chutes : une tôt dans la matinée, au cours de laquelle l'officier "se cogne le front", et une autre "près de l'entrée de l'ambassade des États-Unis à Kiev".
Une dizaine de minutes plus tard, selon la chronologie du Bureau de l'inspecteur général, Aguto "semble être en état d'ivresse lors d'une réunion avec le secrétaire d'État et l'ambassadrice Brink". Une heure plus tard, il est également signalé comme "apparaissant alcoolisé" lors d'une visioconférence avec le SAG-U. À midi, il est examiné par un médecin de l'ambassade qui écarte "une crise cardiaque ou d'autres blessures nécessitant des soins médicaux immédiats". En début d'après-midi, il assiste à une réunion avec des officiers ukrainiens ; "son comportement laisse penser à ces derniers qu'il est sous l'influence de l'alcool".
Une commotion cérébrale lui sera finalement diagnostiquée après plusieurs examens médicaux.
Auprès des enquêteurs, Aguto a reconnu avoir bu de la tchatcha, une eau-de-vie du Caucase titrant entre 40 et 50 degrés, sans préciser la quantité consommée.
Un témoin a toutefois affirmé que le général aurait "bu environ deux bouteilles" de 500 ml durant la soirée.
Des violations de sécurité pointées
En annexe, l'inspecteur général évoque également "deux autres violations de sécurité potentielles", soulignant que le général Aguto aurait eu tendance à consulter ou évoquer des informations classifiées dans des "environnements non sécurisés". Le rapport mentionne aussi un incident lors duquel l'officier aurait "giflé" un membre du SAG-U lors d'une fête d'anniversaire dans un restaurant.
Si des violations des règlements sont confirmées concernant la perte des documents et la consommation d'alcool, Aguto s'en tire toutefois à bon compte sur les accusations de leadership toxique. Sur ce point, l'inspecteur général indique ne pas avoir "corroboré" les allégations de "leadership contre-productif". Certains témoins décrivent l'officier comme "exigeant", "bourreau de travail" ou encore "très passionné".