18/03/2026 mondialisation.ca  5min #308058

Trump est prêt à saboter la renaissance des relations américano-chinoises

Par  Philippe Rosenthal

Trump a demandé à reporter le sommet prévu ce mois-ci à Pékin avec son homologue chinois Xi Jinping. La guerre des États-Unis contre l'Iran a bouleversé l'agenda de Donald Trump en matière de politique étrangère.

"Un report du sommet USA-Chine assombrirait la trêve commerciale entre Washington et Pékin", titre Boursorama: "l'opération américaine en Iran  a bouleversé les priorités de Donald Trump en matière de politique étrangère, alors que s'ajoute aux discussions commerciales la question de Taïwan et du conflit au Moyen-Orient".

Dans une interview accordée au Financial Times, le président américain a laissé entendre qu'il  "pourrait reporter" ce voyage. Plusieurs personnes proches du dossier ont indiqué que la Chine s'attendait encore vendredi à ce que ce voyage ait lieu.

Trump fait pression sur Pékin au sujet de l'Iran. Un jour avant, il a fait appel à la Chine, la France, le Japon, la Corée du Sud et le Royaume-Uni pour obtenir un effort conjoint visant à rouvrir le détroit d'Ormuz où passe au moins 20% de l'approvisionnement pétrolier mondial. Le plus grand soutien d'Israël s'est exprimé, selon le Financial Times, après que son ministre des Finances, Scott Bessent, a rencontré son homologue chinois, He Lifeng, à Paris afin de régler les derniers détails en vue du sommet. Bessent devrait avoir de nouveaux entretiens avec He lundi.

Cette déclaration de Trump intervient alors que la Maison Blanche  reste préoccupée par la fermeture du détroit d'Ormuz qui a des répercussions considérables sur le prix du pétrole brut et fait grimper les prix de l'essence aux États-Unis.

Xi  a invité Trump à se rendre à Pékin lors de la rencontre entre les deux dirigeants à Busan, en Corée du Sud, en octobre. La Chine n'avait donné aucun signe indiquant qu'elle souhaitait reporter la rencontre malgré le conflit avec l'Iran d'où elle importe de grandes quantités de pétrole. Trump devait rencontrer le président chinois, Xi, lors d'un sommet à Pékin fin mars. Des experts chinois avaient laissé entendre que Xi souhaitait maintenir cette visite, car il était important de tirer parti des rencontres en face à face avec Trump pour préserver une certaine stabilité dans les relations bilatérales.

Selon, Sarah Beran, spécialiste de la Chine et ancienne haute diplomate américaine, citée par le Financial Times, "du point de vue de Pékin, une annulation poserait problème — cela compromettrait le message de stabilité bilatérale, et la reprogrammation d'une rencontre entre les deux dirigeants pourrait prendre du temps". Pour le quotidien financier anglophone, "on ne savait pas vraiment si Trump avait évoqué un report parce que les présidents américains ont tendance à éviter les voyages à l'étranger en période de conflit ou s'il espérait que le simple fait de suggérer un report ferait pression sur Pékin pour que celle-ci envoie des navires de guerre [dans le détroit d'Ormuz]".

"Si Washington pense que ce report donnerait aux États-Unis un moyen de pression pour inciter Pékin à jouer un rôle plus actif dans la médiation, alors je pense que Washington sera déçu", a ajouté Beran. L'explication du report serait plus simple. "Dennis Wilder, ancien haut responsable de la Maison Blanche chargé des questions asiatiques, a déclaré que ce report éventuel reflétait une réflexion approfondie sur l'image que renverrait un accueil triomphal à Pékin alors que les forces américaines sont en danger", poursuit le Financial Times. D'après Wilder, "c'est d'autant plus vrai que Pékin s'est opposé à l'action militaire conjointe des États-Unis et d'Israël, qu'il a conclu son propre accord avec les Iraniens concernant la circulation des pétroliers dans le détroit d'Ormuz et que Pékin n'a pas condamné l'Iran pour avoir étendu le conflit aux États du Golfe".

Selon Nomura, holding financière japonaise, les approvisionnements en pétrole par l'intermédiaire d'Hormuz  ne représentent que 6,6% de la consommation totale d'énergie de la Chine. Et l'Iran, à en juger par les images satellites, malgré la guerre, a poursuivi l'approvisionnement en pétrole brut de la Chine. En outre, Pékin a considérablement diversifié ses sources d'énergie au cours des 20 dernières années et a créé d'importantes réserves stratégiques pour atténuer les conséquences de toute interruption à long terme. En janvier, les réserves de pétrole brut chinois étaient de 1,2 milliard de barils - suffisamment pour répondre à la demande de trois à quatre mois.

Si le président américain décide de reporter sa visite en Chine avant la fin de la guerre au Moyen-Orient, Pékin "soupirera de soulagement, car il n'aura pas à prendre position" sur la question du Moyen-Orient. Mais si Trump annule le voyage, ce sera un nouveau coup porté aux relations bilatérales. Une telle mesure mettra l'accent sur l'instabilité dans les relations entre les États-Unis et la Chine, et beaucoup de temps sera nécessaire pour se mettre d'accord sur une nouvelle réunion des deux dirigeants.

Philippe Rosenthal

La source originale de cet article est  Observateur continental

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