
par Alexandre Lemoine
Le président américain Donald Trump appelle ses alliés occidentaux à l'aide dans sa confrontation avec l'Iran, mais refuse ostensiblement la contribution proposée par Kiev. Ce refus ne paraît paradoxal qu'à première vue. En réalité, Zelensky propose un accord malhonnête et même humiliant pour les États-Unis.
La Maison-Blanche tente d'entraîner dans la guerre contre l'Iran le plus grand nombre de pays possible. On en est arrivé à un point où Trump se plaint que ses partenaires de l'Otan refusent de participer à l'opération contre l'Iran. L'UE a directement rejeté l'idée de participer à la sécurisation du détroit d'Ormuz.
Mais bien que Trump, interrogé sur le type d'aide dont il a besoin, ait répondu "n'importe laquelle", il avait auparavant catégoriquement rejeté l'aide de l'Ukraine au Moyen-Orient, qualifiant le président Volodymyr Zelensky de " dernière personne dont nous ayons besoin". Or le président ukrainien s'était justement proposé pour rendre ce service aux États-Unis.
Dans une interview au The New York Post Zelensky déclarait récemment qu'il avait déjà discuté avec Donald Trump d'un "méga-deal" pour la vente aux États-Unis de drones ukrainiens éprouvés au combat. "Le peuple américain a besoin de cette technologie et doit l'avoir dans son arsenal", affirmait Zelensky. Il entend obtenir des États-Unis un certain nombre d'armements en échange.
Cependant, le président américain a réagi très fraîchement à son mot préféré "deal" dans ce cas précis. Il a manifestement compris que ce marché ne pouvait pas être honnête. "Nous en savons plus sur les drones de combat que quiconque. En réalité, nous avons les meilleurs drones du monde", a rétorqué Trump.
Indéniablement, le refus de Trump face à l'offre intéressée de Zelensky comporte un aspect politique. Il est dans une certaine mesure humiliant pour le président américain d'accepter l'aide de quelqu'un qui "n'a aucun atout en main", qu'il accuse de faiblesse et qualifie de quémandeur. De plus, Trump craint à juste titre qu'une coopération militaire encore plus étroite avec Kiev, dont il tente de se distancier, ne conduise à une escalade supplémentaire avec la Russie, qu'il souhaiterait éviter.
Mais au-delà, il existe d'autres raisons de refuser les propositions de Zelensky. Tout d'abord, les États-Unis n'ont rien à offrir à Zelensky en retour. Le Pentagone a lui-même besoin des armements que Kiev réclame, notamment des missiles antiaériens. Mais surtout, Washington est convaincu de pouvoir faire face à l'Iran seul ou du moins sans l'Ukraine et ses drones.
Certes, les forces armées ukrainiennes disposent de développements en matière de drones tactiques opérant jusqu'à une profondeur de 50 km. Cependant, l'Ukraine ne possède pas de cycle de production complet de drones, elle ne fait qu'assembler des drones à partir de composants importés et fabriqués principalement en Chine et aux États-Unis.
Les Américains sont en mesure d'assembler des drones à partir de leurs propres pièces (ou chinoises) sans la participation de l'Ukraine. Ils seront également très probablement capables d'installer des terminaux Starlink et des dispositifs de largage sur les drones agricoles chinois. Payer des opérations relativement simples avec des missiles coûteux pour le système MIM-104 Patriot n'est pas du tout judicieux.
Les forces armées américaines présentent encore une lacune en matière de drones de combat spécifiquement au niveau tactique. Mais cela ne durera probablement pas longtemps. Les analystes militaires américains étudient minutieusement l'expérience ukrainienne, et le Pentagone s'efforce de mettre immédiatement en œuvre tous les acquis majeurs.
La création de drones tactiques et de logiciels pour ceux-ci mobilise actuellement aux États-Unis non seulement les géants du complexe militaro-industriel, mais aussi de nombreuses start-ups. Par exemple, DFA Systems développe des aéronefs sans pilote Precision Flying Grenade (grenades volantes), des drones FPV au pilotage simplifié au maximum. Quant à Anduril Industries, elle produit également une large gamme de systèmes tactiques sans pilote, tant de frappe que d'interception de drones. On peut aussi mentionner Autonomous Power Corporation (Powerus), dans laquelle investissent les fils de Trump, Eric et Donald Jr.
En ce qui concerne les tactiques d'emploi au combat de drones, les militaires ukrainiens ne sont pas non plus pour des détenteurs d'une expérience unique les militaires américains. Les représentants du Pentagone ont minutieusement étudié tous les aspects des opérations de combat en Ukraine et y ont personnellement participé.
En novembre dernier, le secrétaire à l'Armée de terre américaine Daniel Driscoll soulignait que l'ensemble de la chaîne de production devait être américaine. Les États-Unis modifient toute leur approche de la production et de l'emploi de drones tactiques. En fait, chaque bataillon de l'armée américaine devient une mini-usine de drones. Le bataillon doit être capable d'assembler et de moderniser de manière autonome les drones en fonction de ses missions tactiques, et chaque combattant doit maîtriser leur pilotage.
Dans ce contexte, il est clair que Zelensky tente de manipuler Trump comme il avait en son temps manipulé Biden. Le président ukrainien veut vendre à la Maison-Blanche des systèmes et des technologies qu'il avait lui-même reçus du Pentagone. Mais le fait est qu'il se heurte cette fois à un manipulateur bien plus rusé : les États-Unis ont déjà tiré du conflit ukrainien toute l'expérience militaire et technologique dont ils avaient besoin. Et ils commencent désormais à l'extrapoler. L'Ukraine en général et Zelensky en particulier ne leur sont plus nécessaires à cette fin.
source : Observateur Continental