Journal dde.crisis de Philippe Grasset
19 mars 2026 (18H00) - Bien des choses sont frappantes dans cette attaque montée et suivie d'une guerre à la confusion sans pareille, qui emporte tant de tabous et de croyances. Mais une chose me manque. Je parle de la levée de boucliers contre Trump, notamment de ses alliés adorés de l'UE, et des réflexions quy'elle m'inspire. En temps normal, je veux dire avant le temps de la GrandeCrise, on aurait repris en chœur et fait notre miel et notre hymne de ce que quelques-uns parmi les plus féconds des membres du Politburo de l'UE ont constaté (je ne cite pas puisque personne n'a dit ces paroles de cette façon mais, comme dirait l'IA, on "fait comme si" et l'on se fiche bien de la fausse réalité de toutes ces caricatures de responsables politiques) :
"Trump, ce n'est que quatre années à passer, ensuite on l'éliminera et il ne restera plus rien de lui, et nous retrouverons les États-Unis que nous aimons."
Certes, ce fut l'observation constante de tous les responsables européens, et plus que jamais depuis le fin de la Guerre Froide qui constituait une obligation stratégique objective et impérative. Une façon de se dire : oui, les USA ont pour l'instant une administration un peu fantasque mais la grande pérennité de notre modèle nous la ramènera. Je me rappelle une remarque d'un haut fonctionnaire français, pourtant d'un esprit indépendant tendant vers la symbolique gaullienne, donc méfiant des USA, me disant, au lendemain de l'élection d'Obama et la venue des démocrates au pouvoir pour lesquels il n'avait qu'une estime moyenne :
"C'est bien ! Une fois GW Bush et ses folles aventures condamnés à l'oubli, nous voyons réapparaître l'Amérique que nous aimons, notre plus vieil allié. Nous allons pouvoir recommencer à travailler de concert.."
Bien : on sait ce qu'il en fut. Il n'empêche, cette fois encore je m'attendais à voir reparaître, durer et s'affirmer ce courant de la pensée qui décrit cet "épisode aberrant dont il faut attendre la fin en gardant toute sa confiance". Aujourd'hui (bis), on sait ce qu'il en est : il n'y a pas et il n'y a pas eu cette poussée d'espérance envers et contre tout, décrivant la Renaissance de notre Grande Amérique.
Comment expliquer cela ? On se doute que j'ai une hypothèse toute prête, car en général on ne pose pas une telle question sans garder un atout dans sa manche.
Ainsi la réponse s'impose-t-elle...
Le "Grand Attracteur" de la destruction
La réponse implique la "nécessité de Trump" : Trump est un personnage aux effets trop importants pour que, lui parti, on passe à autre chose qui serait le douillet retour à la situation d'avant. Trump est une tempête qu'on n'efface pas, l'homme dont Douguine ("Mais dans la destruction, il excelle") et Carlson ("il est indiscutablement le champion du monde de la destruction.") disent ce qu'on sait. Or, ce qu'il détruit, ou contribue à faire avancer dans sa destruction, par la force des choses puisqu'il n'y a rien d'autre de sérieux pour nous dominer, - c'est le Système lui-même. Ainsi est-ce la raison pour laquelle nul n'attend désormais que le départ de Trump nous rendra ce que cet étrange 47ème président a commencé à briser très sérieusement.
Oh, ne le félicitez pas ! Ce n'est ni de sa faute, ni de sa conscience. Il agit sans savoir, sans comprendre, sans se préoccuper de rien sinon du plaisir extraordinairement futile de croire qu'il existe, lui Trump comme une sorte de " Grand Attracteur", et qu'il importe au monde ; car il importe au monde, bien entendu, mais dans un sens complètement contraire et différent que ce qu'il croirait s'il y pensait vraiment ; mais il n'y pense pas car il ne pense rien et ainsi ne réalise-t-il pas tout le mal qu'il fait à cette immonde puissance qui l'écrase et le dominé comme le reste, et pour laquelle il a le respect instinctif que l'on doit au dollar et à l'hubris.
... Nous ne le souhaitons pas (sauf moi peut-être, et même sûrement comme dirait l'IA) mais nous l'attendons comme l'on attend l'inéluctable déluge déguisé éventuellement en ce Messie obligé par contrat de revenir nous rassurer ; et ce déluge, certes !, seul capable de nettoyer les écuries puantes du Système, de chasser les remugles des ignominies accumulées par les êtres tombés sous l'empire du Diable. Et tout cela, ma foi, est fort bien vu, - que puis-je dire d'autre pour être égal à moi-même ?
Quoi qu'il en soit, il y a une explication à proposer. Je le fais sans hésiter : cette idée de l'effondrement des USA (et ce qui suit inéluctablement) nous est communiquée par un sentiment général, descendu du Plus-Haut que vous puissiez imaginer, bien au-delà de nos nuées prétentieuses de la Connaissance, au-delà du télescope James Webb qui ne cesse de nous annoncer de nouvelles découvertes stupéfiantes de l'indicible et de l'inconnaissable, au-delà des milliares de trillions d'années-lumière ; et ce "sentiment général", n'est-ce pas, comme s'il existait une conscience collective qui nous serait imposée, - puisqu'enfin l'heure est venue., "notre" heure...
Cette idée de "conscience collective", très 'jungienne', est des plus séduisantes pour éclairer certains comportements illogiques et contradictoires. Je la verrais très bien figurer comme pièce centrale d'une analyse collective de la psyché de nos dirigeants dont la médiocrité et la corruption baignent dans 'L'Enfer' de Dante ; ceux-là, vous savez, sans cesse agenouillés devant les USA depuis des décennies, et soudain conduits à révoquer ce patriarcat devenu insupportable à cause d'une espèce de malfrat déguisé en président, et qui sera jeté aux poubelles de l'histoire elle-même " épuisée comme vecteur de salut", dès que son impuissance se sera imposée dans les chiffres des votants et des élus, dans ceux des audiences et des meetings crevés, dans les verdicts des tribunaux activés par les démocrates...
Il en résulte que le plus grand nombre des esprits, la plupart des consciences, l'un et l'autre plus ou moins inconsciemment, sont en attente de l'effondrement, spécifiquement des USA. Pour eux, et sans qu'ils réalisent le phénomène, Trump est devenu une simple étape, une sorte de ' Terminator' de fortune qui accélère sans cesse plus vite, grâce à sa vélocité comptable et imaginative, la destruction du Système en jurant qu'il le sert mieux qu'aucun autre, mais à sa façon. Ainsi s'est-il transformé, dans ces esprits envahis par des croyances épouvantables jusqu'à envisager de ne plus s'agenouiller, de la situation d'un inconvénient de passage, un avatar incongru, en celle d'un ordonnateur funeste mais rigolard des pompes funèbres.
... Ainsi contemplerons-nous l'effondrement d'un "Empire", dont le nom n'est que dissimulation d'une énorme machine broyeuse, connue comme "le Système", pour réduire au Néant cette humanité prétentieuse et arrogante, qui prétendit être le Dieux elle-même. Il y aura beaucoup de bruits et des débris divers, bien plus encore que dans la guerre autour de l'Iran, bien plus que dans le Grand-Israël qui ne cesse de se conter fleurette à lui-même. Le rideau tombera alors sur la fin du dernier Acte, en attendant la prochaine pièce du théâtre du monde qui serait du Molière secrètement écrit par un Corneille.