26/03/2026 linvestigateurafricain.tg  3min #309022

Pétrole, transport et vie chère : Le lourd tribut de l'Afrique face au conflit Iran-Israël-Usa

Steven WILSON

Bien que géographiquement éloignée des côtes du Golfe, l'Afrique est l'une des régions les plus exposées aux secousses économiques de ce conflit tripartite (Iran-Israël-USA). Depuis le déclenchement des hostilités fin février 2026, l'Afrique ne se contente plus d'observer le conflit de loin. Entre une inflation record, des menaces sur la sécurité énergétique et des routes maritimes perturbées, le continent subit de plein fouet une crise qu'il n'a pas choisie. Du Nigeria au Sénégal, en passant par le Togo, l'onde de choc est brutale.

Le cas du Nigeria est sans doute le plus paradoxal. Bien que premier producteur de pétrole brut du continent, le pays est frappé par une crise du carburant sans précédent. En ce mois de mars 2026, le prix du litre d'essence à la pompe a bondi de près de 40 %, dépassant parfois les 1 200 nairas dans certaines grandes villes.

Cette flambée s'explique par la dépendance du pays aux importations de produits raffinés. La fermeture du détroit d'Ormuz par l'Iran a fait exploser les coûts du fret et de l'assurance maritime. Même la méga-raffinerie Dangote, censée être le bouclier énergétique du pays, a dû ajuster ses tarifs à la hausse début mars pour s'aligner sur les cours mondiaux du brut, qui ont franchi la barre des 100 dollars. Les syndicats préviennent déjà : si le conflit s'enlise, le litre pourrait atteindre les 2 000 nairas, plongeant des millions de Nigérians dans une précarité accrue.

Le Sénégal : Une économie sous haute surveillance

Au Sénégal, l'inquiétude est palpable. Le pays, qui s'apprête à devenir un acteur gazier majeur avec le projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA), voit ses perspectives de croissance assombries par l'inflation importée. Le coût du transport a déjà augmenté de 23 % en seulement dix jours après les premières frappes.

Le gouvernement de Dakar, bien que salué pour sa gestion transparente de la dette, doit faire face à une pression immense sur ses réserves de change pour subventionner l'énergie et éviter une explosion sociale. Les experts de Zero Carbon Analytics placent d'ailleurs le Sénégal parmi les nations africaines les plus vulnérables à ce choc pétrolier, avec un risque de dégradation de la balance commerciale si les prix du baril se maintiennent au-dessus de 110 dollars.

Le Togo et l'UEMOA : Le défi de la vie chère

Pour le Togo et ses voisins de la zone UEMOA, le défi est double. Le port de Lomé, véritable poumon économique de la région, voit les délais de livraison s'allonger. Les navires contournant désormais le Cap de Bonne-Espérance pour éviter la Mer Rouge imposent des surcoûts logistiques qui se répercutent immédiatement sur le prix du riz, du sucre et du ciment.

L'inflation dans la zone pourrait excéder les 4 % dès le deuxième trimestre 2026. Cette situation force la Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) à envisager un relèvement des taux directeurs, ce qui rendrait le crédit plus cher pour les entrepreneurs togolais et ralentirait les projets d'infrastructure en cours.

Une accélération forcée vers l'autonomie ?

Cette crise agit comme un révélateur brutal de la dépendance africaine aux circuits mondiaux. Face à l'incertitude du Moyen-Orient, plusieurs pays commencent à réagir. Parlant du stockage stratégique, des pays comme la Mauritanie renforcent déjà leurs stocks de sécurité. Dans le cas de la transition énergétique, l'Éthiopie et le Kenya accélèrent l'électrification de leurs transports pour réduire leur facture pétrolière.

Pour ce qui est du circuits courts, l'idée d'un marché énergétique intra-africain, moins dépendant des routes d'Ormuz ou de Suez, revient au centre des débats à l'Union Africaine. L'Afrique, bien que "victime collatérale", pourrait trouver dans cette crise l'élan nécessaire pour bâtir une résilience énergétique plus souveraine.

Komla Yawo

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