
Par Ahmed Sadqi
Une nouvelle fois, le climat mondial est la victime collatérale des guerres et la situation devient encore plus dévastatrice lorsque ces guerres échappent à toutes règles et se transforment systématiquement en actes sans limites ni préceptes, engendrant des conséquences très lourdes sur l'environnement.
En effet, l'impression se confirme que les slogans scandés dans les forums internationaux et les COP ne sont que des pures formalités vides de sens, pour l'effet médiatique seulement. Les conflits armés viennent alors systématiquement mettre à nu la fragilité et la fausseté de ces engagements.
Nous traversons actuellement une nouvelle aventure de cette dérive dangereuse pour l'environnement, illustrée par la guerre déclarée par les États-Unis et l'entité d'occupation contre l'Iran, ainsi que les attaques de cette dernière sur les pays du Golfe.
J'avais précédemment réalisé une évaluation similaire de l'empreinte carbone de la récente guerre sur Gaza qui a dépassé largement les 130 millions de tonnes d'équivalent CO2 au cours de sa première année.
J'avais alors détecté de nombreux biais dans d'autres évaluations, manquant d'objectivité pour dissimuler l'impact réel de ce conflit sur le climat. En revanche, des résultats ultérieurs sont venus confirmer la trajectoire de mon analyse.
Note méthodologique
Dans le cadre de l'évaluation de l'empreinte carbone de cette guerre, j'indique d'abord que pour calculer le bilan carbone d'un tel événement, on utilise des méthodes spécifiques, comme celles mises en place par l' ADEME (l'agence d'efficacité énergétique - France) et le protocole GHG des gaz à effet de serre.
Il convient également de recourir à des normes telles que les normes ISO 14064 et ISO 14067, qui définissent les spécifications et les lignes directrices concernant la quantification et la comptabilisation des gaz à effet de serre (GES), ainsi que la déclaration de ces bilans.
Le choix des facteurs d'émission monétaires est dicté par l'accessibilité des données. Si les facteurs d'émission physiques restent souvent couverts par secret défense, les données financières permettent de tracer une tendance globale et officielle de l'évolution de cette empreinte carbone, malgré la part de relativité inhérente à cette méthode.
Réalisation de l'évaluation
Ainsi, à l'occasion du premier mois de cette guerre lancée par les États-Unis et l'entité contre l'Iran, j'ai effectué un exercice pratique d'évaluation de son empreinte carbone.
Cette évaluation repose sur les données actuellement disponibles, notamment les budgets alloués à cette confrontation, en utilisant les facteurs d'émission monétaires reconnus internationalement (notamment par l'OTAN), soit un chiffre moyen de : 0.174kgCO2e/ $.
En appliquant ce facteur aux dépenses de guerre annoncées par les États-Unis - estimées à environ un milliard de dollars par jour en moyenne sur les trois premières semaines - un chiffre qui a grimpé avec l'intensification de ce conflit décrit comme l'un des plus violents de l'histoire, les résultats sont les suivants :
- Émissions de GES (part USA) : 174 000 tonnes CO2e / jour.
- Émissions mensuelles (part américaine seule) : 5,22 millions de tonnes CO2e.
Cependant, les États-Unis ne sont que l'une des trois parties directes au conflit. Si l'on extrapole ce volume d'émissions aux trois protagonistes du conflit, nous aboutissons à un total d'environ 15,66 millions de tonnes CO2e pour ce premier mois de guerre.
Pour donner un ordre de grandeur, ce volume d'émissions représente environ 2,5 fois les émissions mensuelles d'un pays comme le Maroc (estimées à 6,25 millions de tonnes CO2e / mois).
Ces chiffres ne concernent que la phase active actuelle. Les prévisions indiquent que ce bilan pourrait être multiplié. Comme preuve, le Département de la Défense américain a déjà sollicité 200 milliards de dollars pour couvrir les coûts futurs de la guerre. En appliquant la même méthodologie, ce montant représenterait à lui seul :
- Environ 35 millions de tonnes CO2e pour les États-Unis.
- Plus de 105 millions de tonnes CO2e pour l'ensemble des parties, soit l'équivalent des émissions de la France entière sur une période de trois mois.
Ce calcul se limite à l'effort de guerre et à l'armement, sans comptabiliser les conséquences ultérieures : traitement des déchets de guerre, déblayage des décombres et reconstruction.
L'empreinte carbone de ce conflit, dont l'issue est inconnue, est donc appelée à atteindre des crêtes sans précédent. Le coût climatique sera bien plus lourd que celui de la guerre russo-ukrainienne, dont les émissions annuelles moyennes avoisinaient les 80 millions de tonnes CO2e.
Enfin, ces estimations restent, à mon sens, prudentes. L'utilisation massive de l'aviation par les assaillants accentue considérablement l'empreinte carbone en raison de la forte consommation de kérosène, un carburant dont le facteur d'émission est élevé.
Par exemple, les avions de combat F-35 consomment 5600 litres de kérosène en une heure seulement et chaque kg de kérosène entraîne la combustion de 3,16 kg de dioxyde de carbone, sachant que ce carburant est considéré, deux à quatre fois plus nocif pour l'environnement et le climat que tout autre type de carburant.
29 mars 2026 - Transmis par l'auteur.

* Ahmed Sadqi et un mlitant marocain pour le climat et l'environnement, et lauréat du prix Hassan II pour l'environnement. Ancien membre de la commission spécialisée en environnement à la Chambre des représentants, il a proposé des amendements et des projets de loi, y compris un projet de loi-cadre sur le climat. M. Sadqi est aussi détenteur de certificats de formation d'institutions nationales et étrangères dans le domaine du climat et du changement climatique. Il a produit plusieurs publications et productions dans les domaines de la sensibilisation environnementale, de la biodiversité, du développement durable et du climat. Son compte Facebook.