03/04/2026 arretsurinfo.ch  5min #309810

Mais où sont passés les crimes de guerre ?

Funérailles des élèves de l'école primaire de filles de Minab, en Iran, tuées lors du bombardement américano-israélien du 28 février. (Agence de presse Tasnim / Wikimedia Commons / CC BY 4.0)

Par Guy Mettan

Les guerres se suivent et se ressemblent... sauf en matière de crimes ! Les bombes pleuvent, les missiles volent en essaims, les drones se déchaînent de part et d'autre des fronts. Mais ô miracle, les nôtres frappent avec l'innocence de l'enfant qui vient de naître alors que les leurs, ô abomination, tuent sans pitié et commettent crime de guerre sur crime de guerre.

Voyez l'Iran. Depuis quatre semaines, le pays est bombardé tous les jours, 180 écolières puis 27 autres y sont massacrées sans qu'aucun de nos professionnels de l'indignation morale, dirigeant politique ou éditorialiste, n'y trouve rien à redire. Voyez la Palestine. Après la riposte légitime à l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023, deux ans de terreur s'ensuivent, 21 500 enfants sont abattus mais il est impossible d'en parler sans se faire accuser "d'antisémitisme". L'armée "la plus morale du monde" et "la seule démocratie du Proche-Orient" sont intouchables. C'est à peine si, ici ou là, un média fronce un sourcil.

Mais voyez l'Ukraine. Les Russes ont attaqué ? Pendant des semaines, des mois, les médias fulminent. Un missile tombe sur un centre commercial ukrainien bourré de militaires ? Crime de guerre. Un drone fait deux morts sur une place publique ? Crime de guerre ? Des orphelins de Donetsk bombardés par des missiles HIMARS ukrainiens sont mis en sécurité en Russie ? Crime de guerre. Des mises en scène de massacres sont organisées de toutes pièces à Boutcha et au Théâtre de Marioupol ? Crimes de guerre (alors que quatre ans après les faits supposés et malgré toutes les enquêtes soi-disant effectuées, aucun nom de victime, aucune preuve n'ont été fournis...)

S'il est pourtant une chose que les combattants des différents camps partagent en toute fraternité, c'est bien la commission de crimes de guerre. Un petit point de situation s'impose donc. Désolé pour ce décompte macabre.

En Ukraine, selon les chiffres fournis par les rapports onusiens de mi-février 2026, 15 954 victimes civiles ukrainiennes ont été prouvées et identifiées depuis le début des hostilités. En face, 7897 civils, dont 240 enfants, ont été tués par les forces ukrainiennes entre le 24 février 2022 et le 28 février 2026. A quoi il convient d'ajouter les 4574 civils, dont 153 enfants, tués dans le Donbass par les milices ukrainiennes entre 2014 et 2022. De ces victimes civiles "russes" ou "russophones" comme on voudra, on ne parle jamais dans les médias occidentaux, bien que leur nombre ne soit pas très éloigné de celui des victimes ukrainiennes.

En Palestine, les attaques du Hamas du 7 octobre 2023 ont entraîné la mort de 1221 Israéliens dont 850 civils selon les données fournies par la sécurité sociale israélienne. La campagne de représailles de l'armée israélienne qui a suivi a causé la liquidation de 71 800 personnes dont 80% de civils (soit 57 000 morts environ). Or pendant une quinzaine de mois, il a été pratiquement impossible d'évoquer cette extermination de civils. Puis les digues ont lâché, grâce aux protestations venues des Etats-Unis et aux médias des pays du sud, avant de se refermer à nouveau. Depuis quelques mois, les territoires occupés par Israël ont à nouveau disparu de nos médias alors que des dizaines de personnes innocentes continuent à y être tuées.

En quatre semaines, la guerre israélo-américaine contre l'Iran a causé la mort de 1900 civils en Iran et 1116 au Liban, contre 16 Israéliens et 23 Arabes tués par des bombes iraniennes, selon les chiffres d'Amnesty International datés du 31 mars. Dans ce cas aussi, les comptes-rendus médiatiques, en Occident en tout cas, sont complètement biaisés.

Mais il est d'autres conflits qui ont abouti à des crimes de guerre répétés et d'une violence inouïe mais qui sont restés totalement ignorés par nos médias. Le 16 novembre 2018 par exemple, le secrétaire général adjoint des Nations Unies aux affaires humanitaires qualifiait le Yémen de "pire catastrophe humanitaire au monde" avec 12 millions de personnes souffrant de famine à cause de la guerre menée par les Saoudiens et leurs alliés contre les Yéménites. Résultat : nada ! rien ! silence total !

Enfin, mentionnons le crime de guerre absolu, celui qui surpasse tous les autres en quantité et en durée, à savoir celui des populations civiles de l'est du Congo massacrées en masse depuis trente ans dans l'indifférence parfaite de nos professionnels de l'indignation morale. Des centaines de milliers, et peut-être des millions, de femmes et d'enfants découpés à la machette, violés, défigurés depuis des décennies sans que personne ne bronche.

L'oubli volontaire et l'indignation à géométrie variable sont tels qu'il n'existe même pas de chiffres consolidés ni même de notice Wikipédia sur le sujet alors que des atrocités continuent d'y être commises tous les jours par les milices armées et conseillées par l'armée rwandaise. L'attribution du Nobel de la paix au Dr Denis Mukwege, qui répare les corps meurtris, avait brièvement attiré l'attention des médias les moins cyniques en 2018. Mais depuis lors, le silence est redevenu d'or.

Pourquoi, en effet, réveiller les morts et déranger la quiétude des justes quand ceux-ci sont si occupés à regarder ailleurs ?

Par  Guy Mettan

 Arrêt sur info - 3 avril 2026

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