03/04/2026 reseauinternational.net  5min #309895

Les vents d'Ormuz font dérailler le train des armes : l'Ukraine, première victime de « Israël d'abord »

par Nournews

L'examen par le Pentagone d'un éventuel transfert d'armes d'Ukraine vers l'Asie occidentale ne constitue pas un simple changement logistique ; il signale une évolution des priorités stratégiques américaines et équivaut à une reconnaissance implicite des lacunes sur le champ de bataille - une évolution aux conséquences considérables pour la dynamique de sécurité régionale et le système international.

Un récent article du Washington Post sur le réexamen du redéploiement d'armes initialement destinées à l'Ukraine vers l'Asie occidentale révèle une réalité importante de la politique étrangère américaine : un changement de priorité, passant du "soutien aux alliés" à la "protection des intérêts vitaux". Ces armes - qui comprendraient des missiles intercepteurs de défense aérienne et des éléments de l'initiative de l'OTAN visant à soutenir Kiev - sont désormais dirigées vers une région que Washington considère comme plus cruciale.

Cette évolution intervient alors que les États-Unis cherchent à gérer l'environnement psychologique et militaire de la région face à la pression croissante sur le terrain, conséquence des réponses fermes de l'Iran. Toutefois, ce redéploiement des armements apparaît moins comme une démonstration de force que comme un réajustement d'urgence face à une nouvelle réalité - une réalité où les stratégies américaines précédentes se sont avérées inefficaces.

Ukraine : Première victime du "Israël d'abord"

L'une des conséquences les plus importantes de cette décision est la mise en lumière d'un fossé entre le slogan "L'Amérique d'abord" et la réalité d'"Israël d'abord". Alors que les responsables de la Maison Blanche ont constamment insisté sur la primauté des intérêts nationaux américains, les événements de l'année écoulée indiquent que les politiques de Washington ont, dans les faits, été calibrées pour garantir la sécurité d'Israël.

Dans ce contexte, l'Ukraine apparaît comme la première victime de cette nouvelle hiérarchisation des priorités. La poursuite des opérations militaires russes, conjuguée à une réduction des livraisons d'armes américaines à Kiev, laisse penser que même des partenaires comme l'Ukraine peuvent être facilement marginalisés lorsque leurs actions entrent en conflit avec les priorités stratégiques de Washington.

Les déclarations de Volodymyr Zelensky concernant les pressions américaines visant à obtenir la cession de portions de territoire ukrainien renforcent l'idée que le soutien américain est conditionnel et temporaire. Même les efforts diplomatiques de Zelensky, y compris sa visite en Arabie saoudite, n'ont pas permis d'infléchir cette tendance. De ce fait, l'Ukraine se trouve aujourd'hui dans une situation où, non seulement elle ne bénéficie pas d'un soutien inconditionnel, mais elle doit également supporter le coût de sa dépendance aux assurances de Washington.

L'Europe et la répétition d'une erreur stratégique

De l'autre côté de la barrière se trouve l'Europe, confrontée aujourd'hui à une grave erreur d'appréciation. Les pays européens avaient supposé que l'engagement américain au Moyen-Orient pourrait leur offrir l'opportunité de renforcer leur position dans la guerre en Ukraine. Cette analyse erronée les a conduits au silence, voire à un alignement sur les actions des États-Unis et de leurs alliés.

Face au détournement d'armes et à la hausse concomitante des prix de l'énergie, l'Europe est confrontée à des conséquences importantes. La flambée des prix du pétrole, qui, selon les responsables européens, renforce la capacité financière de la Russie, a directement accru les capacités militaires de Moscou tout en affaiblissant la position de l'Ukraine.

Dans le même temps, l'Europe doit supporter des coûts accrus pour assurer sa propre défense et continuer à soutenir l'Ukraine, alors même que la confiance envers les États-Unis est fortement ébranlée. Cette situation place l'Europe dans un dilemme complexe qui exigera une réévaluation fondamentale de son approche stratégique.

L'ascension de l'Iran et l'évolution de la dynamique régionale

Dans ce contexte, le rôle de l'Iran comme acteur décisif s'affirme de plus en plus. Ses réponses fermes et stratégiques aux actions américaines et à celles de ses alliés ont non seulement modifié la dynamique des champs de bataille, mais ont également marqué la fin de l'unilatéralisme dans la région.

Le transfert d'armes vers l'Asie occidentale - faisant suite à des redéploiements antérieurs de systèmes de défense - semble moins un signe de puissance qu'une manifestation d'inquiétude face à l'influence et à la puissance croissantes de l'Iran. La guerre en Ukraine a également démontré que la supériorité militaire ne garantit pas à elle seule la victoire ; des facteurs tels que la détermination nationale et la conscience stratégique jouent un rôle décisif.

Dans ce contexte, tout renforcement de la présence militaire américaine dans la région a peu de chances de faire pencher la balance en faveur de Washington et pourrait au contraire engendrer des coûts supplémentaires. Les pays accueillant ces systèmes d'armes pourraient également être confrontés à des risques sécuritaires accrus.

Mirage de puissance et nouvelles réalités géopolitiques

La politique de transfert d'armes peut être perçue comme une tentative de redorer l'image de la puissance américaine, une démarche qui ne correspond pas aux réalités du terrain. Le long conflit ukrainien et l'échec des objectifs fixés démontrent que la puissance militaire américaine se heurte à de sérieuses limites.

Dans le même temps, l'évolution de la situation régionale, notamment dans des zones comme le détroit d'Ormuz, témoigne d'une transformation des équilibres géopolitiques. Les outils traditionnels ne suffisent plus à imposer un ordre établi. Dans ce contexte, le maintien des stratégies passées ne fera qu'aggraver les crises existantes.

La réalité est que le monde entre dans une nouvelle phase, où les acteurs régionaux jouent un rôle plus prépondérant et où les grandes puissances sont contraintes de reconnaître leurs limites. Le transfert d'armes n'est pas un signe de force, mais plutôt la reconnaissance de ce changement fondamental.

source :  Nournews via  China beyond the Wall

 reseauinternational.net