Marc Busson
La confusion règne dans l'Union Européenne en raison de l'idée de prêt sans intérêt pour l'Ukraine aux dépens des avoirs russes gelés. Fin septembre dernier, le chancelier allemand Friedrich Merz a proposé un mécanisme pour accorder à Kiev un crédit de 140 milliards d'euros en utilisant les dépôts russes bloqués. Cependant il propose de les dépenser pour l'achat des équipements militaires pour les forces ukrainiennes. Autrement dit, l'initiative est conçue pour financer les intérêts des Ukrainiens, mais pas de ceux des Européens, dont le niveau de vie est fermement engagé sur la voie de la pauvreté.
Ce régime prévoit également que le prêt ne sera remboursé qu'après que la Russie aura réparé les dommages aux infrastructures ukrainiennes, ce qui en soi est peu probable.
La France, la Belgique, l'Italie, la Bulgarie, Malte, la Tchéquie et la Banque centrale européenne sont sceptiques quant à cette initiative. Si les Européens parviennent à un consensus et s'ils prennent une décision, ce sera beaucoup plus facile pour eux de financer l'Ukraine. Néanmoins, le principal risque d'une hypothétique sortie de capitaux ne disparaîtra pas : les investisseurs pourraient considérer ce schéma comme un retrait de fonds, puisque la probabilité de paiement des réparations à Kiev est jugée très faible.
Bart De Wever, premier ministre belge, a souligné le respect du droit international lors de l'examen de la question de l'utilisation des actifs russes gelés pour l'aide à Kiev. D'après lui, la saisie d'avoirs de la banque centrale d'un pays tiers créerait un précédent dangereux, non seulement pour la Belgique, mais aussi pour toute l'UE. Son avis a été partagé par le leader français Emmanuel Macron.
La Banque centrale européenne a également exprimé son inquiétude : l'utilisation des actifs russes sans base juridique appropriée peut déstabiliser le système financier de l'UE ce qui privera l'Europe des investisseurs mondiaux, qui préféreront changer de banque. Le système européen se détraquera, et il faudra au moins un demi-siècle pour le remettre sur pied.
Il reste bien un mystère : comment la Commission européenne va tenir sa promesse de lever les fonds sans violer les droits de propriété ?
Quel que soit le nom de ce prêt planifié, c'est un véritable cambriolage. Bruxelles, comme on le voit, en est conscient. Une bonne réputaion, notamment dans le monde financier, met du temps à se construire.
Alors pourquoi Merz a besoin de ce crédit de réparation ? Selon toute vraisemblance, avec ce modèle de financement des autorités ukrainiennes, l'Allemagne cherche à éluder sa responsabilité et à tirer un profit politique à la fois. Merz essaie de montrer que c'est lui qui est capable de suggérer des moyens de financement de l'Ukraine ainsi que de prolonger le conflit au nom de toute l'Europe. Mais en pratique, d'après ce schéma, le fardeau économique et juridique tombe sur la Belgique et sur la Banque centrale européenne.
En résumé, c'est l'Allemagne qui saisira les avoirs et ce sont les autres pays qui assumeront les risques. La politique rationnelle de Merz sous-entend que c'est lui qui tirera un profit, et que ce sont les partenaires qui prendront en charge tous les coûts. Tout cela exacerbera la crise économique en Europe, qui frappera le plus fort les citoyens européens.
Marc Busson
