
Cristi Pantelimon
La guerre en Iran est « avantageuse » du fait qu'elle a commencé après celle en Ukraine. En quoi ?
Nous avons tous vu que la guerre en Ukraine a été traitée dans la presse internationale (notamment anglo-saxonne) comme étant de nature morale : une guerre juste du côté de l'Ukraine, une guerre injuste du côté de la Russie.
Mais, à l'heure actuelle, il a été difficile de justifier la guerre en Iran avec ce concept « discriminatoire » de la guerre (selon la définition qu'en donne Carl Schmitt).
Déjà, en 1937, Carl Schmitt, le grand juriste allemand, analysant la littérature anglo-saxonne et française qui justifiait le nouveau concept de guerre du type préconisé par la « Société des Nations », avait observé un phénomène intéressant: la tendance des théoriciens américains et anglais à revenir à un concept prémoderne de la guerre, à savoir l'idée de « guerre juste et injuste », c'est-à-dire de droit et d'injustice.
Un système juridique formé uniquement par des États théoriquement égaux ne peut pas s'adapter à ce concept discriminatoire de la guerre.
Un système dans lequel il existe une guerre juste ou injuste représente un autre système juridique que celui dans lequel on a une guerre, tout simplement. Les deux concepts sont différents et ne peuvent être assimilés au sein d'un même système juridique. En réalité, il s'agit de deux types de guerres !
Soit nous admettons que les États ont le droit égal de faire la guerre ou de se défendre (ou de rester neutres, par conséquent), donc nous avons un certain concept juridique de la guerre, soit nous n'admettons pas cela et faisons une discrimination en divisant les guerres en justes et injustes — éliminant aussi la possibilité de neutralité, car face à une guerre injuste, on ne peut rester neutre, tout comme face à une guerre juste. De plus, celui qui « se défend » face à une attaque « juste » se trouve, d'une certaine manière, dans l'illégalité...
C'est pourquoi l'Ukraine a voulu que nous soyons tous à ses côtés, sans possibilité d'être neutres, et c'est aussi pour cette raison que les États-Unis ont demandé que le « monde » intervienne dans le détroit d'Ormuz (même si la justification morale de cette guerre contre l'Iran a été fortement atténuée par les conditions réelles de l'opération), en faisant appel une fois de plus au concept moral d'une guerre juste contre l'Iran...
Il faut cependant revenir en arrière et dire qu'un système juridique qui divise les guerres en guerres justes et en guerres injustes n'est pas un système unitaire. Nous avons deux concepts différents de guerre, et non pas un seul !
Inversement, si nous admettons que les États ont le droit de faire la guerre (ce qu'ils font, comme on le voit), nous disposons d'un système juridique cohérent, avec un seul concept de guerre et qui s'applique également à tous, sans discrimination.

Il faut que nous décidions: soit nous appliquons des connotations morales à la guerre, mais cela sort de la logique des relations internationales modernes (et on revient à Grotius ou Vattel (portrait), du 18ème siècle), soit nous rejetons la discrimination dans le concept de guerre et acceptons alors la neutralité et l'égalité des États entre eux. Pour la cohérence logique et juridique du système international, la dernière option est évidemment la seule possible !
Voici un extrait de l'écrit de Carl Schmitt (« La transition au concept discriminatoire de la guerre » - 1937) :
« Le concept de guerre qui a prédominé jusqu'à aujourd'hui permet, par la non-discrimination et par l'importance accordée à la parité entre les deux parties impliquées, qu'un conflit armé réciproque soit reconnu légalement comme un concept juridique unifié. La supposition d'un tel système est sa non-extension aux États tiers, en d'autres termes, la renonciation à une distinction juridique entre guerres justes et injustes valable pour les États tiers. Dès qu'une décision est prise concernant la légalité ou l'illégalité des guerres ou leur admissibilité pour les parties tierces, l'unité du concept de guerre se désagrège, laissant derrière elle, d'un côté, la guerre juste permise par le droit international, et de l'autre, la « guerre » injuste et illicite. Ces deux concepts représentent, en réalité, deux types de guerres, chacune ayant une signification complètement différente et opposée, et ne peuvent donc pas être désignés par le même terme — « guerre » — comme étant la contrepartie l'une de l'autre. La justice et l'injustice ne peuvent être juridiquement liées au même concept. » (p. 66)