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Un fusil d'assaut et ses munitions de petit calibre.
Un rapport parlementaire révèle la "forte dépendance" de la France vis-à-vis d'Israël pour les cartouches de 5,56 mm utilisées pour ses fusils d'assaut. Malgré les appels répétés à un embargo complet, Paris continue d'exporter des composants militaires. De son côté, Tel Aviv a annoncé le 31 mars mettre fin à tous ses achats français.
Le document d'information consulté par le journal Le Monde met en lumière la poursuite des exportations françaises de pièces militaires vers l'État hébreu, contrastant avec la position de déni de Paris et la décision israélienne de rompre unilatéralement ses importations en provenance de l'Hexagone.
Une fin de partie peu glorieuse pour la diplomatie française
Depuis deux ans, l'exécutif français n'a jamais assumé un embargo total sur les livraisons d'armes ou de composants vers Israël. Les arguments ont évolué : d'abord, "Israël se défend" puis "la France ne vend pas d'armes" et enfin, les composants "transitent" ou sont "réexportés".
Des enquêtes de presse ont pourtant démontré le contraire. Le ministre des Armées de l'époque, Sébastien Lecornu, avait même minimisé les volumes en jeu. Un rapport d'Urgence Palestine et de Palestinian Youth Movement révèle pourtant que plus de 525 cargaisons d'équipements français à usage militaire ont été expédiées vers Israël entre octobre 2023 et mars 2026.
🔫 Un rapport d'Urgence Palestine et de Palestinian Youth Movement révèle que plus de 525 cargaisons d'équipements français à usage militaire ont été expédiées vers Israël entre octobre 2023 et mars 2026. t.co- Urgence Palestine (@urgence_pal) April 6, 2026
Selon le rapport parlementaire non encore public, la France connaît une dépendance marquée pour les cartouches de 5,56 mm, produites par l'entreprise israélienne Elbit Systems, un fournisseur majeur de l'armée de Tel Aviv, notamment pour les drones Hermes 450 et les bombes MPR 500.
Le corapporteur de LFI Aurélien Saintoul insiste sur la nécessité de s'en "affranchir". C'est finalement Israël qui a pris la décision symbolique de "ramener à zéro" ses achats de défense auprès du deuxième exportateur mondial d'armes. Le 31 mars, une porte-parole du ministère israélien de la Défense a déclaré à l'AFP que le directeur général, le général de division Amir Baram, réorienterait ces fonds vers des achats "bleu et blanc" ou vers des pays alliés. Les commandes israéliennes s'élevaient à 27,1 millions d'euros en 2024 pour des livraisons de 16,1 millions, soit une part infime des exportations françaises totales (21,6 milliards d'euros cette année-là). Cette annonce, surtout symbolique, renvoie Paris à ses propres hésitations.
L'épisode illustre la fragilité de la position française : ni embargo assumé, ni rupture nette. Israël, furieux des restrictions sur les survols et de la reconnaissance de l'État de Palestine, a tranché. La France se retrouve renvoyée à sa passivité, sans que cette "fin de partie" ne modifie vraiment le cours des exportations déjà engagées ni d'ailleurs le cours de la guerre en Palestine.