07/04/2026 reseauinternational.net  6min #310294

Est-ce que l'Iran est le second Vietnam des États-Unis ?

par Pierre Duval

Du fait de la résistance de l'Iran contre les États-Unis, les observateurs considèrent que Trump mène son pays dans une nouvelle guerre du Vietnam. Les similitudes sont frappantes.

Trump s'est lui-même piégé dans une spirale d'escalade. "Les États-Unis commettent les mêmes erreurs en Iran qu'au Vietnam",  annonce Neue Zürcher Zeitung."Donald Trump a été exempté de mission au Vietnam en 1968 grâce à un certificat médical pour une excroissance calcanéenne (une excroissance osseuse au talon) - le médecin était, paraît-il, un ami de la famille. C'est peut-être pour cela qu'il n'a rien appris de cette guerre", avertit le quotidien suisse.

Contrairement aux attentes, l'Iran résiste même aux frappes les plus massives des États-Unis. Donald Trump entend désormais " renvoyer le pays à l'âge de pierre par les bombardements". Le président américain envisage le recours à des troupes au sol et c'est là que commence le scénario du Vietnam.

Trump  a copié le discours du général de l'armée de l'air Curtis LeMay, qui avait lui aussi promis en 1967 de "bombarder le Nord-Vietnam pour le ramener à l'âge de pierre". De nombreux responsables politiques et militaires pensent aujourd'hui comme dans le passé qu'avec une supériorité militaire écrasante, il serait possible de mettre le pays à genoux par de simples frappes aériennes.

"Entre 1965 et 1968, les États-Unis ont lancé l'opération Rolling Thunder, une vaste campagne aérienne contre le Nord-Vietnam, sans réussir à briser la résistance communiste",  rappelle GEO. Dès 1967, les États-Unis avaient largué trois fois plus de bombes sur le Nord-Vietnam que pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais cette opération n'a pas ramené les Vietnamiens à l'âge de pierre et n'a pas brisé leur volonté.

Les États-Unis sous-estiment - comme dans le passé - leur ennemi. Les frappes aériennes en Iran et les discours de haine envers l'Iran alimentent le patriotisme de l'autre côté du front. Cela n'a rien à voir avec l'idéologie communiste ou le fanatisme religieux.

"Les Américains n'ont pas oublié comment, alors même que des centaines de soldats américains mouraient au Vietnam et que l'issue du conflit était déjà claire, que le général William Westmoreland a été rapatrié pour  rassurer tout le monde sur le bon déroulement de la guerre, sur le fait que les États-Unis étaient en train de gagner", a publié sur X Seyed Abbas Araghchi, le ministre des Affaires étrangères de République islamique d'Iran.

"Frapper des infrastructures civiles, notamment des ponts inachevés, ne contraindra pas les Iraniens à capituler. Cela ne fait que traduire la défaite et l'effondrement moral d'un ennemi désorganisé. Chaque pont et chaque bâtiment seront reconstruits, plus solides. Ce qui ne se remettra jamais: l'atteinte portée à la réputation des États-Unis",  stipule-t-il.

Seyed Abbas Araghchi a ainsi laissé entendre que les États-Unis, y compris dans leur couverture médiatique, appliquaient le "scénario vietnamien" en exagérant les succès sur le front pour dissimuler leurs propres pertes.

Time  note qu'il y a "moins de deux semaines après le début de la guerre contre l'Iran, le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, affirmait que les États-Unis avaient atteint une supériorité aérienne totale sur le pays et Trump déclarait encore mercredi que l'Iran n'avait ni observateurs, ni défense antiaérienne, ni radar, et que les avions américains survolaient simplement le pays à la recherche de cibles, et que nous les abattions". Mais comment, dès lors, ont-ils - les Iraniens - réussi à toucher le F-35, un chasseur furtif?

Les médias occidentaux  laissent entendre qu'il s'agissait d'un F-15. Les communiqués et les conférences de presse pendant la guerre du Vietnam étaient aussi excessivement optimistes et trompeurs en provenance du front. En réalité, la puissante armée américaine n'a perdu aucune bataille face aux Vietnamiens, mais elle a perdu la guerre dans son ensemble.

"Plusieurs avions et hélicoptères des États-Unis  auraient été abattus depuis vendredi dernier par les Iraniens", souligne Le Parisien citant le porte-parole des forces armées iraniennes, Ebrahim Zolfaghari. Cette situation rappelle la guerre du Vietnam. À l'époque, plus de 800 pilotes et membres d'équipage américains abattus avaient été  capturés et torturés. Certains avaient été contraints de faire des déclarations pacifistes.

"En comparant les chiffres de ciblage publiés par les armées américaine et israélienne avec des données historiques, l'analyse a révélé que les premiers jours de la campagne ont touché un nombre de cibles par jour nettement supérieur à celui de toute autre campagne des dernières décennies",  annonce Airwars, ce qui est un rythme record de frappes dans la campagne de bombardements en Iran.

Les États-Unis et Israël atteignent plus de cibles que lors de toute campagne précédente. En date du début du mois d'avril, plus de 12.300 cibles iraniennes  ont été bombardées par l'armée américaine lors de plus de 13.000 vols de combat pendant la guerre contre l'Iran. L'obsession des chiffres était systématique durant la guerre du Vietnam.

De 1961 à 1968, le secrétaire à la Défense, Robert McNamara, était responsable de cette politique. Sous les présidences de John F. Kennedy et de Lyndon B. Johnson, il chercha à transformer le conflit vietnamien en un problème arithmétique: l'armée se voyait imposer des quotas de bombardements, de "pacification" des villages et, surtout, d'élimination des combattants ennemis. Les conséquences de ce "décompte des victimes" furent catastrophiques: l'armée tenta d'atteindre l'"objectif" en tuant des civils, ou falsifia tout simplement les résultats. Cela ne fit que renforcer la détermination de l'ennemi. Des décennies plus tard, McNamara  présenta ses excuses, en larmes, pour sa conduite de la campagne du Vietnam.

Trump sera alors confronté au même choix que les présidents américains Kennedy, Johnson et Nixon au Vietnam: accroître l'engagement et envoyer de nouvelles troupes, ou rechercher une solution négociée. C'est précisément cette décision qui a finalement conduit au retrait américain d'Indochine en 1973.

source :  Observateur Continental

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