Des membres du Congrès exigent des conséquences pour des responsables au sein de l'équipe de la Maison Blanche en lien avec la guerre au Moyen-Orient.
Une proposition de loi a été déposée à la Chambre des représentants du Congrès américain visant à destituer de ses fonctions le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth. On lui reproche ses agissements au cours de la guerre contre l'Iran. Le projet de loi bénéficie d'un soutien au sein du Parti démocrate, mais pas parmi les républicains qui détiennent la majorité dans les deux chambres du Congrès. Tout pourrait cependant changer si l'opération américaine en Iran se prolongeait jusqu'à la fin du mois. Fin avril-début mai, le Congrès entamera l'examen du budget de la défense pour 2027. Or la recherche d'un compromis sur les questions budgétaires suppose certaines concessions de la part du président. Il n'est pas exclu que celles-ci soient aussi d'ordre de ressources humaines.
L'initiative d'engager une procédure de destitution contre le chef du Pentagone a été portée par la représentante Yassamin Ansari, membre du Parti démocrate. D'origine iranienne et née aux États-Unis, elle accuse ni plus ni moins Hegseth de crimes de guerre.
"Seul le Congrès a le droit de déclarer la guerre, et non un président voyou ou ses sbires. La mise en danger inconsidérée des militaires américains par Hegseth, les crimes de guerre répétés, notamment le bombardement d'une école pour filles à Minab, en Iran, ainsi que les frappes délibérées contre des infrastructures civiles constituent des motifs de destitution", a déclaré Ansari.
Ainsi, on entend faire porter à Hegseth la responsabilité des actes de Donald Trump. Ansari appartient à cette frange du Parti démocrate qui prône la destitution du président américain, tout en étant parfaitement consciente qu'au vu du rapport de forces actuel au Congrès, une telle démarche est impossible. En revanche, la destitution du chef du Pentagone, dont le travail a suscité des critiques jusque dans les rangs d'une part non négligeable des républicains, apparaît plus réaliste.
Aux États-Unis, le renvoi des ministres est une prérogative du président. Celui-ci a le droit légal de maintenir à son poste un responsable, même s'il suscite le mécontentement des parlementaires ou de l'opinion publique.
Cela étant, une telle décision était toujours politiquement risquée, car elle a pour effet de réduire les chances de victoire du chef de l'État ou de son parti aux élections suivantes. Mais la législation américaine prévoit également un cas de figure où le Congrès lui-même œuvrerait au départ d'un membre du gouvernement.
Conformément à la section 4 de l'article II de la Constitution des États-Unis, "le président, le vice-président et tous les hauts fonctionnaires civils peuvent être destitués de leurs fonctions sur mise en accusation pour trahison, corruption, ou autres crimes et délits majeurs".
En réalité, en raison de la complexité de la procédure, la destitution d'un responsable est très rarement engagée. Ces derniers temps, au sein de l'équipe de Trump, des hauts fonctionnaires impitoyablement critiqués par l'opposition ont été démis de leurs fonctions. Pam Bondi a quitté le poste de secrétaire à la Justice, et Kristi Noem a fait ses adieux à la tête du département de la Sécurité intérieure. Mais elles ont été renvoyées par décision de Trump, et non en raison de la guerre en Iran.
Le journal The Guardian a affirmé que le président envisageait la possibilité de démettre la directrice du Renseignement national des États-Unis Tulsi Gabbard. Elle aurait prétendument suscité la colère de Trump pour n'avoir pas publiquement condamné l'un de ses subordonnés, qui avait démissionné par désaccord avec la décision d'attaquer l'Iran. Le service de presse de la Maison Blanche a cependant opposé un démenti catégorique.
Si la démission de Hegseth devait se concrétiser, il deviendrait le premier membre de l'équipe de Trump à payer le prix de la politique de la Maison Blanche sur le dossier iranien. Du reste, les griefs à l'encontre du chef du Pentagone ne manquent pas. Dès son entrée en fonction, ou presque, il est accusé au Congrès d'incompétence, d'atteinte aux règles de confidentialité (le scandale de la discussion des frappes contre le Yémen sur une messagerie grand public), d'un comportement extravagant et d'un manque de qualifications. Il faut dire que Hegseth est le premier chef du Pentagone à n'avoir servi dans l'armée qu'à des postes de commandement subalterne. Aux États-Unis, la tradition veut que le département de la Défense soit dirigé par d'anciens hauts gradés, généralement au moins au rang de général.
La démission de Hegseth, ou éventuellement d'un autre membre de l'équipe de Trump, deviendra une option très probable si la guerre en Iran venait à s'éterniser. Il reste au président américain très peu de temps pour conclure les hostilités par une victoire (ou par quelque chose que l'on puisse présenter à l'opinion publique américaine comme une victoire). Vraisemblablement seulement le mois d'avril, car au-delà, le Congrès sera plongé dans le débat sur les crédits de la défense. C'est pourquoi Trump est contraint de faire vite et se montre aussi résolu.
Alexandre Lemoine
La source originale de cet article est Observateur continental
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