09/04/2026 linvestigateurafricain.tg  4min #310476

Corridor Abidjan-Bamako : Le dégel par le commerce

TONY Ametepe

La Côte d'Ivoire supprime l'obligation de visa douanier pour le Mali et le Burkina Faso, simplifiant considérablement le transit des marchandises. Grâce à la digitalisation avec le module T1, les procédures deviennent plus rapides, fluides et efficaces. En supprimant une formalité douanière vieille de 26 ans, la Côte d'Ivoire facilite l'accès à la mer pour le Mali et le Burkina Faso. Derrière cette avancée logistique majeure se dessine une volonté politique de normalisation des rapports entre Abidjan et ses voisins sahéliens. 

Le pragmatisme économique aurait-il pris le pas sur les tensions diplomatiques ? Depuis le 31 mars 2026, une petite révolution administrative secoue les bureaux de douane du port d' Abidjan. Par une circulaire officielle, les autorités ivoiriennes ont supprimé l'obligation de visa douanier préalable pour les marchandises en direction du Mali et du Burkina Faso.

La fin d'une ère bureaucratique en Côte d'Ivoire

Depuis avril 2000, les commissionnaires en douane devaient se plier à un rituel chronophage. Celui de faire viser chaque déclaration par les représentations douanières malienne ou burkinabè basées en Côte d'Ivoire avant même de pouvoir entamer les procédures locales. Ce "verrou" administratif, qui fêtait ses 26 ans, appartient désormais au passé. Aujourd'hui, la technologie prend le relais. Grâce à la généralisation du module T1 pour le Mali et du système SIGMAT pour le Burkina Faso, le suivi des marchandises se fait en temps réel et de manière numérique. Cette digitalisation rend le visa papier obsolète et, surtout, elle accélère considérablement la sortie des camions et des trains du port d'Abidjan.

 Francophonie : Kinshasa sollicite l'onction de Lomé sur la candidature de Juliana Lumumba
linvestigateurafricain.tg

Pour le Mali et le Burkina Faso, deux nations enclavées, l'accès au Golfe de Guinée est une question de survie économique. Le corridor Abidjan-Bamako (via Bouaké et Korhogo) et l'axe ferroviaire Abidjan-Ouagadougou sont les poumons de ces pays. Hydrocarbures, denrées alimentaires et matériaux de construction : tout passe par ces veines logistiques. En réduisant les délais et les coûts administratifs, Abidjan renforce sa position de "premier port de transit" de la sous-région, un titre férocement disputé par les ports de Dakar, Lomé ou Cotonou.

Lire Aussi :  Pétrole, transport et vie chère : Le lourd tribut de l'Afrique face au conflit Iran-Israël-USA

Vers une intégration renforcée ?

Au-delà des chiffres et des flux de conteneurs, cette mesure porte une charge symbolique indéniable. Les relations entre la Côte d'Ivoire et les pays de l'Alliance des États du Sahel (AES) ont été marquées, ces dernières années, par des périodes de fortes turbulences politiques et des sanctions économiques. En facilitant ainsi le transit, la Côte d'Ivoire envoie un message clair : le commerce doit rester un trait d'union. Cette décision peut être interprétée comme un acte d'apaisement, une "main tendue" économique visant à stabiliser une région éprouvée par les crises. "Cette simplification administrative est une preuve de solidarité régionale", explique un expert en logistique ouest-africaine. "Elle montre qu'indépendamment des désaccords politiques, l'interdépendance économique reste le moteur de la stabilité."

 Cacao : la fin d'un modèle économique pour les pays producteurs ?
linvestigateurafricain.tg

Si l'impact immédiat se fera sentir sur le prix des marchandises et la rapidité d'approvisionnement des marchés de Bamako et Ouagadougou, la portée à long terme pourrait être plus vaste. En modernisant ses corridors, l'Afrique de l'Ouest prouve que l'intégration économique n'est pas qu'un concept de sommet international, mais une réalité qui se construit à coups de clics numériques et de levées de barrières administratives. Alors que les chaînes logistiques mondiales sont sous pression, le corridor ivoirien choisit la carte de la fluidité. Un choix stratégique pour l'économie, et un pari audacieux pour la paix régionale.

Komla YAWO

 linvestigateurafricain.tg