09/04/2026 reseauinternational.net  4min #310481

Tzipi Livni, ancienne ministre et ancienne responsable du Mossad, s'exprime : « Netanyahou est en train de désintégrer l'État d'Israël »

par Paolo Hamidouche

Un message très virulent, véritable coup de tonnerre dans le débat public israélien. Tzipi Livni, ancienne vice-Première ministre, ancienne ministre des Affaires étrangères et de la Justice - l'une des figures les plus influentes de la politique israélienne de ces vingt dernières années -, ancienne députée et ancienne agente du Mossad,  a publié sur X un message qui a déjà dépassé le million de vues et suscite de vives discussions.

L'accusation, formulée en hébreu à l'encontre du Premier ministre Benjamin Netanyahou, est extrêmement dure : "Un État souverain possède un territoire, une loi pour tous et le monopole des armes. Israël n'a pas de frontières reconnues, il n'y a plus de loi unique ni de justice pour tous, mais un système de droit et de justice religieux parallèle au droit étatique, et des milices armées et violentes déclenchent des émeutes à leur guise. Le gouvernement israélien est en train de désintégrer l'État d'Israël".

Tzipi Livni et son accusation explosive

Tzipi Livni est une figure marquante de la scène politique israélienne. Née en 1958, ancienne agente du Mossad, elle a occupé neuf postes ministériels, a été négociatrice en chef lors des pourparlers de paix avec les Palestiniens et, en 2009, a failli devenir Première ministre. Elle a débuté sa carrière au sein du Likoud, le parti de Netanyahou, avant de se tourner vers des positions centristes, dirigeant les partis Kadima et Hatnua, puis de se retirer de la vie politique. C'est Netanyahou lui-même qui l'a limogée en 2014 pour ses critiques internes.

Aujourd'hui, bien qu'elle ne siège plus au Parlement, elle demeure une voix respectée sur la scène internationale pour son expérience et son approche modérée. Cette prise de position intervient à un moment délicat pour Israël, engagé dans une guerre existentielle sur de multiples fronts, notamment contre la République islamique d'Iran, une situation qui ne se déroule pas aussi favorablement qu'espéré pour la coalition Tel-Aviv-Washington.

Dans un pays où le gouvernement de Benjamin Netanyahou est soutenu par une coalition de droite et ultra-religieuse, et où le discours dominant depuis le 7 octobre est celui de "l'unité nationale" contre les ennemis extérieurs, les propos de Livni résonnent comme une bombe. Il ne s'agit pas d'une critique de gauche ordinaire : elle émane d'une femme qui a servi l'État pendant des décennies, qui a négocié avec les Palestiniens et qui comprend les rouages du pouvoir de l'intérieur. Le message est clair : il ne s'agit pas d'un simple désaccord politique, mais d'une désintégration institutionnelle orchestrée par Bibi, un président belliciste qui risque de mener Israël à l'autodestruction.

La crise de la justice et les pressions de Trump

Le système judiciaire, en particulier, est extrêmement sensible et problématique. Pilier fragile d'une démocratie déjà assiégée, elle traverse une crise sans précédent sous la menace directe de Benjamin Netanyahou. Comme le souligne  Haaretz dans une analyse, cinq ans après sa mise en examen et en plein procès, Netanyahou a sollicité une grâce présidentielle. Quelques mois auparavant, lors d'un discours à la Knesset en octobre dernier, Donald Trump avait ironiquement lancé : "Monsieur le président, pourquoi ne lui accordez-vous pas une grâce ?" Ce qui avait commencé comme une suggestion sur le ton de la plaisanterie s'est rapidement transformé en une véritable demande, puis a dégénéré en attaques personnelles virulentes contre le président israélien Isaac Herzog, coupable, selon Trump, de ne pas avoir accordé immédiatement la grâce.

Normalement, le ministre de la Justice aurait transmis son avis à la présidence. Mais Yariv Levin, le ministre en charge du dossier, est si proche du Premier ministre qu'il s'est abstenu lors du vote. Non par crainte de conflits d'intérêts, mais plutôt par crainte que sa signature ne rende la recommandation trop vulnérable à des contestations, comme le rapporte Haaretz. Dans une manœuvre grotesque, son double idéologique fut nommé à sa place : le ministre du Patrimoine, Amichai Eliyahu, membre du parti suprémaciste blanc Otzma Yehudit et fanatique religieux notoire. La révélation la moins surprenante ne tarda pas : Eliyahu recommanda d'accorder une grâce.

"Les justifications contenues dans son document de 17 pages", écrit Haaretz, "offrent un aperçu des plus choquants de la culture politique israélienne actuelle : une théocratie mafieuse, fondée sur la volonté divine, des décrets arbitraires et une multitude de systèmes juridiques conçus pour ceux qui s'arrogent le droit de choisir et qui cherchent à anéantir les droits et protections garantis par la loi à tous". Une dérive fanatique très dangereuse, que certains en Israël ont le courage de dénoncer.

source :  Divergence Politique

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