
Interview de Miguel Díaz-Canel
Interview de Miguel Díaz-Canel à Newsweek : Cette interview a été accordée par Miguel Díaz-Canel au magazine étasunien Newsweek le 3 avril 2026. Elle sera publiée dans la livraison du 22 avril, en tant que thème central, et la photo associée fera la couverture. J'ignore pour quelles raisons elle est déjà disponible à Cuba en espagnol. Je suppose que ce texte reprend les réponses originales de Díaz-Canel dans sa langue maternelle. LGS en a donc les prémisses en français... Traduit de l'espagnol par Jacques-François Bonaldi (Tiré de CubaDebate / 7 avril 2026)
NEWSWEEK : Vous avez confirmé que les États-Unis et Cuba soutiennent actuellement des conversations, et vous avez proposé une coopération dans des domaines tels que la science, la migration, des mesures contre le trafic de drogues. Le président Trump semble chercher un changement de régime. Pensez-vous qu'il est possible de parvenir à un accord et que la diplomatie pourrait s'imposer ?
DÍAZ-CANEL : Je crois que le dialogue est possible, et je crois que nous pouvons parvenir à certains accords, mais c'est difficile. Pourquoi peut-on dire ces deux choses ?
Nous pouvons avoir un dialogue car, au fil des années de Révolution, Cuba a toujours eu la volonté de maintenir une relation civilisée, entre voisins, avec les États-Unis, indépendamment de nos différences idéologiques.
Nous pouvons travailler dans de nombreux domaines communs ; non seulement travailler, mais parvenir aussi à des accords bénéfiques pour les deux peuples et les deux nations. Mais nous avons toujours soutenu qu'il doit s'agir d'un dialogue respectueux, à égalité de conditions, respectueux de notre souveraineté, de notre système politique, de notre autodétermination, sur une base de réciprocité et conformément au droit international.
Si je vous dis que le dialogue est possible, c'est que nous avons été capables de l'avoir avec d'autres administrations étasuniennes, dans d'autres circonstances, et de converser sur des questions d'intérêt commun, avec plus de succès dans certains cas que dans d'autres. Par conséquent, le dialogue est possible.
Mais quels sont les facteurs qui le rendent plus difficile ? Tout d'abord, le fait que certains secteurs de la société étasunienne s'y opposent catégoriquement, quel qu'en soit le type.
De plus, cette relation entre Cuba et les États-Unis est asymétrique : la puissance qu'est les États-Unis s'est toujours présentée en agresseur, et la petite île de Cuba a toujours été la nation, le pays en butte à cette agression.
Nous avons souvent eu des conversations et conclu des accords, et Cuba a toujours tenu ses engagements. Mais à plusieurs reprises, le gouvernement étasunien n'a pas tenu les siens.
Par ailleurs, depuis soixante-sept ans, les Etats-Unis suivent une politique d'hostilité, d'agression et de menaces, une politique de blocus, un blocus qu'ils n'ont cessé de renforcer et qu'ils viennent de durcir encore plus cruellement sur le plan énergétique.
Il est donc évident que notre pays est victime de la part des États-Unis d'une agression multidimensionnelle qui a des effets dévastateurs sur la vie de notre population.
Qui plus est, l'administration étasunienne actuelle propose censément des conversations avec d'autres nations rien que pour les attaquer ensuite, et tout cela génère sans aucun doute un climat de défiance parmi nous.
Mais je crois que nous pouvons engager un dialogue et négocier des accords sur des sujets tels que la migration, la sécurité, l'environnement, la science et l'innovation, le commerce, l'éducation, la culture et le sport. Nous pouvons également accueillir les investissements de compagnies étasuniennes à Cuba et développer le commerce bilatéral.
Nous pouvons aussi mettre en place des programmes concernant des projets mutuellement bénéfiques dans divers secteurs de notre économie. Et si le dialogue se consolide et que des accords sont conclus dans ce domaine, je suis certain qu'ils seront mutuellement avantageux pour les deux nations et les deux peuples.
Et cela nous permettrait d'avancer fermement vers la création d'espaces de compréhension qui nous éloignent de la confrontation. Je crois en effet que les peuples cubain et étasunien méritent d'avoir la possibilité de travailler dans un climat de paix, d'amitié et de coopération plutôt que d'entrer en guerre.
NEWSWEEK : Vous avez dit que cette administration étasunienne a précédemment recouru à l'action militaire en pleines négociations. Nous l'avons vu dans les cas de l'Iran et du Venezuela, et le président Trump a déclaré à différentes reprises que Cuba pourrait être le prochain objectif. Si la diplomatie échoue ou si les résultats escomptés ne sont pas atteints, craignez-vous une éventuelle opération militaire étasunienne contre Cuba ? Existe-t-il une stratégie défensive contre cela ?
DÍAZ-CANEL : Cuba n'est pas un pays belliciste. C'est un pays de paix qui favorise la solidarité et la coopération. Mais Cuba n'a pas peur de la guerre. Nous avons une doctrine de défense appelée "Guerre du peuple tout entier", qui n'est pas une doctrine agressive, mais plutôt défensive, avec la participation de tout le peuple.
Cuba ne représente pas une menace pour les États-Unis - encore moins une menace "inhabituelle et extraordinaire", comme le prétexte le récent décret exécutif. Et je ne dis pas cela seulement pour répondre à votre question, mais parce que Cuba l'a démontré tout au long de son histoire face aux États-Unis et au monde. Par conséquent, les Etats-Unis ne peuvent recourir à aucun prétexte, à aucune excuse, pour mener une agression militaire comme moyen de régler nos différends.
Cependant, surtout ces derniers mois et ces dernières semaines, un représentant officiel de l'administration étasunienne ne cesse d'annoncer une agression militaire contre Cuba, d'établir des échéances à la durée de la Révolution cubaine et de fixer des dates à notre résistance avant que nous soyons envahis.
Une phrase illustre très bien cette mentalité ultraconservatrice : "Nous avons exercé toutes les pressions possibles sur Cuba" - ce qui revient bel et bien à reconnaître l'existence d'un blocus brutal, même si on le nie maintenant - d'où la conclusion : "Par conséquent, notre seule option restante est d'en prendre le contrôle et de l'anéantir".
C'est là une position belliqueuse et agressive, bien éloignée de nos propositions de dialogue avec les États-Unis. Nous avons donc la responsabilité de préparer la défense de notre pays.
Ce n'est pas la première fois dans notre histoire. La possibilité d'une agression, la menace militaire ont toujours été présentes depuis soixante-sept ans,
Voilà pourquoi nous nous préparons à la défense - à la défense, pas à l'attaque - afin que cette préparation à la défense, cette fermeté, cette volonté du peuple de défendre la Révolution, de défendre sa souveraineté et son indépendance, serve aussi à éviter la confrontation.
Pour les dirigeants, pour ceux d'entre nous auxquels on a confié des responsabilités de dirigeants au sein de la Révolution, notre engagement est envers le peuple et la Révolution cubaine, envers son œuvre, envers la souveraineté et l'indépendance du pays.
Ce qui implique une autre conviction : nous sommes prêts à donner notre vie pour la Révolution - pour son existence, pour sa souveraineté et pour son indépendance. Notre sécurité personnelle ne nous préoccupe pas. Nous nous efforcerons toujours d'éviter la guerre. Nous travaillerons toujours pour la paix. Mais, en cas d'agression militaire, nous répondrons, nous nous battrons, nous nous défendrons, et si nous tombons au combat, nous disons : mourir pour la patrie, c'est vivre ! [Vers de l'hymne national cubain. N.d.T.]
Il nous faut donc préparer le pays afin d'éviter l'agression, le préparer à sa défense militaire, car ce qui nous intéresse, c'est le sort de notre peuple et l'avenir de la nation cubaine.
Je peux également affirmer avec une certitude et une honnêteté absolues qu'une action militaire contre Cuba - en plus d'être extrêmement honteuse - causerait d'immenses pertes tant à nos nations qu'à nos peuples. Les pertes en vies humaines et les destructions matérielles seraient incalculables. Cette agression serait extrêmement coûteuse à tous points de vue, et ce n'est pas ce que nos peuples méritent. Nos peuples, je le répète, méritent la paix, la possibilité de vivre dans un climat d'amitié, de coopérer et de jouir d'une liberté totale pour forger une relation de bon voisinage authentique.
Je crois que c'est ça qui est vraiment constructif et qui offre une vision émancipatrice concernant la possibilité de résoudre les différends bilatéraux par le dialogue.
NEWSWEEK : Compte tenu des méthodes employées contre des pays étrangers, n'êtes-vous pas préoccupé en ce moment pour votre propre sécurité et pour votre liberté, ou par les efforts que fait cette administration pour trouver des collaborateurs au sein de votre gouvernement ?
DÍAZ-CANEL : Comme je l'ai dit au début, je ne m'inquiète pas pour ma sécurité personnelle. La direction de l'État cubain, du parti et de la Révolution est collective. Et les décisions sont prises collectivement.
Nous fonctionnons sur la base d'une unité monolithique, d'une cohésion idéologique et d'une discipline révolutionnaire. De plus, il existe une ample connexion avec le peuple, qui participe à la prise de décision concernant les processus fondamentaux en cours. Par conséquent, la sécurité du pays est aussi une construction collective dans laquelle le protagoniste fondamental est le peuple, agissant et montant la garde.
Dans de telles circonstances, la trahison devient extrêmement difficile. Il devient extrêmement difficile pour quiconque de conclure avec succès un accord parallèle qui sape notre ordre constitutionnel ou menace la souveraineté et l'indépendance du pays. Par conséquent, je pense qu'il n'y a pas de place pour cela.
Surtout, compte tenu de la capacité de notre peuple à résister et à se défendre, je ne pense pas que des comparaisons avec ce qui s'est passé dans d'autres pays soient appropriées. Ce serait méconnaître l'histoire de la Révolution cubaine, l'histoire de notre peuple, ce serait méconnaître la force de nos institutions, ce serait méconnaître notre propre unité.
NEWSWEEK : Si l'on regarde les soixante-sept années de Révolution déjà écoulées, beaucoup de choses ont changé à Cuba, comme nous l'avons commenté, mais le Parti communiste est toujours au pouvoir. Compte tenu de la situation actuelle dans le pays, comment évaluez-vous le succès durable de cette idéologie et estimez-vous qu'elle reste la meilleure garantie pour l'avenir du peuple cubain ?
DÍAZ-CANEL : C'est une question très intéressante, à laquelle il est très difficile de répondre en peu de temps.
Je suis satisfait et admiratif du rôle que le Parti communiste de Cuba a joué en soixante-sept ans, ce qui ne veut pas dire que nous voyons tout d'un œil complaisant. En tout cas, pendant soixante-sept ans, en butte à une agression permanente, soumis à des sanctions, à des mesures coercitives, à une politique de pression maximale, à un blocus, à un blocus renforcé et, désormais, à un blocus énergétique, ce parti a été capable de mener de l'avant en tant que force directrice de notre société, de concert avec l'État, le gouvernement et le peuple, la construction socialiste de notre Révolution.
Vue sous n'importe quel angle et dans de telles conditions, la Révolution cubaine a, sous la direction de ce parti, atteint des conquêtes très significatives et que nul ne peut nier, même ceux qui s'opposent à la Révolution et à son idéologie, pourvu qu'ils soient honnêtes.
Un pays soumis aux conditions que j'ai dites a pu, sous la direction de ce parti, mener une bataille et éliminer l'analphabétisme. Et des décennies plus tard, grâce à une méthode pédagogique cubaine appelée "Oui, je peux !", quatre autres pays d'Amérique latine l'ont réussi à leur tour. Aujourd'hui, cette méthode est appliquée dans de nombreuses communautés et régions de divers pays du Sud global.
Cette révolution a réussi - dans des conditions de blocus, ce qui est extrêmement difficile - à mettre en place et à maintenir un système de santé gratuit et universel qui touche toute la population, ce qui a permis de lui fournir des soins, d'éradiquer des maladies qui existaient avant la Révolution, d'améliorer tous les indicateurs de santé et de nous placer au niveau des principales puissances mondiales. Nous avons aussi accumulé une grande richesse de ressources humaines dans le domaine de la santé, ce qui nous a permis d'apporter une assistance basée sur la solidarité avec d'autres pays du monde.
Nous disposons également d'un système éducatif qui garantit une éducation gratuite et inclusive pour tous, depuis l'école primaire jusqu'aux trois cycles de l'université.
Nous avons été capables de former des ressources humaines importantes ; nous avons été capables de développer la science et l'innovation. Les avancées cubaines dans les industries biotechnologique et pharmaceutique sont bien connues. Pendant le COVID, nous avons fait partie des quelques rares pays qui ont mis au point leurs propres vaccins qui se sont avérés efficaces.
Le sport est un droit de toute la population. Nos réalisations sportives aux niveaux olympique et mondial sont bien connues. Malgré sa petite taille, Cuba est l'un des pays à plus forte proportion de médailles olympiques par habitant.
La culture est promue comme un patrimoine de l'humanité, elle fait partie de notre identité, et l'activité culturelle est à la portée de tous.
Les infrastructures productives dans tous les secteurs de l'économie ont subi une transformation. La transformation numérique a été portée par l'utilisation de l'intelligence artificielle. Une transition énergétique a été promue pour faire place aux sources d'énergie renouvelables.
Plus de trente-deux programmes sociaux ont été mis en place pour répondre aux situations de vulnérabilité concernant des individus, des familles et des communautés. Les personnes en situation de handicap reçoivent une attention différenciée.
La justice sociale, l'équité et la participation ont été instaurées. Nous avons pu offrir notre solidarité. Nous disposons d'un système de relations internationales qui nous permet de maintenir de vastes échanges avec la communauté internationale.
Ces réalités, et bien d'autres, ont suscité un sentiment d'admiration pour Cuba dans de larges secteurs de la population mondiale, ainsi qu'une reconnaissance du travail de ce parti, des réalisations de la Révolution et de l'héroïsme du peuple cubain, qui en a été le principal protagoniste, puisque les membres et les dirigeants du parti proviennent du peuple cubain, qui reconnaît l'œuvre de la Révolution.
Cela dit, nous ne faisons pas preuve de complaisance envers ce qui a été accompli. En fait, la satisfaction dont je vous ai parlé envers le travail du parti au fil des années - mené dans des conditions difficiles - ne repose pas uniquement sur les réalisations de la Révolution, mais, surtout, sur le fait d'avoir réussi à maintenir celle-ci vivante au milieu de ces circonstances.
Cependant, il est naturel que nous ne puissions pas nous sentir pleinement satisfaits, car nous n'avons pas encore pu réaliser tout ce que nous avons rêvé et imaginé en tant que nation. Nous avons des choses à conquérir, à perfectionner ; il y a des domaines où nous devons avancer, mais où le blocus joue un rôle clé dans ce qui nous fait du tort et nous freine.
Nous ne pouvons donc pas tomber dans la complaisance face à la situation que nous vivons actuellement, une situation marquée par tant de privations et de difficultés dans la vie. Et c'est là que réside cette relation entre satisfaction et complaisance.
D'un côté, j'ai reconnu que nous avons été capables de mettre en place un système de santé universel, gratuit et de haute qualité. Cependant, malgré ces capacités actuelles en matière de soins et de services de santé, plus de 90 000 Cubains sont sur liste d'attente pour des opérations chirurgicales, dont plus de 11 000 enfants.
Et ça fait mal, car nous en avons la capacité, mais le blocus nous empêche d'obtenir les intrants et l'énergie nécessaires pour les réaliser.
Nous ne sommes complaisants ni face aux erreurs que nous avons commises, ni face aux analyses autocritiques que nous avons faites. Et nous ne sommes pas complaisants parce que les révolutionnaires ont toujours une vocation à la perfection : progresser, consolider et améliorer.
Mais je peux résumer en disant que oui, je ressens de la fierté et de la satisfaction, car ce parti a résisté au passage du temps grâce aux réalisations de la Révolution cubaine.
C'est la source, j'insiste, d'une immense fierté et d'un profond respect pour ce peuple héroïque qui affronte l'adversité chaque jour, et non seulement l'affronte, mais s'élève à la hauteur des circonstances qu'elle lui impose.
NEWSWEEK : Dans ces conditions défavorables, combien de temps pensez-vous que Cuba peut réellement se maintenir et quel est votre message à ses opposants, y compris de nombreux Cubano-Américains, qui estiment que l'occasion est venue d'un changement de régime dans leur pays ?
DÍAZ-CANEL : Il y a là beaucoup de manipulation médiatique et de pression. Aujourd'hui, la guerre qu'on nous livre est idéologique, culturelle et médiatique. Il y a une intoxication médiatique massive. On sème beaucoup de haine, surtout sur les réseaux numériques.
Cependant, nous continuons de nous battre, de rêver, attachés à ne pas cesser d'améliorer notre construction socialiste, toujours animés par la quête de la justice sociale et traversant des moments incessants de transformation, enracinés dans l'analyse critique et autocritique que mènent notre peuple et nos institutions, et que dirige le parti.
Aux Etats-Unis, on ignore ces transformations, on les nie ou on les passe sous silence.
Pourtant, en ce moment même, nous transformons le système de gestion de l'économie afin d'atteindre le juste équilibre entre centralisation et décentralisation ainsi que le bon équilibre entre planification et marché.
Nous nous proposons de restructurer l'ensemble de l'appareil administratif, entrepreneurial et institutionnel de l'État. Nous nous proposons de promouvoir une plus grande autonomie dans le système des entreprises publiques. Nous avons approuvé des mesures permettant la création d'alliances économiques entre le secteur public et le secteur privé.
Le secteur privé n'a cessé ces dernières années de croître et de participer à notre économie, et ce de façon significative.
Nous renforçons également l'autonomie des municipalités et la mise en place de systèmes de production locaux capables d'en accroître la prospérité en tirant parti de leurs capacités.
Nous avons mis à jour et assoupli la réglementation concernant l'investissement direct étranger à Cuba. Nous promouvons des mécanismes de financement en circuit fermé en devises étrangères. Nous avons ouvert de nouvelles voies pour que les Cubains vivant à l'étranger participent à notre programme de développement socio-économique. Nous perfectionnons les relations appropriées qui devraient exister entre les secteurs étatiques et non étatiques de l'économie.
Nous promouvons une transition énergétique profonde orientée vers les sources d'énergie renouvelables. Nous promouvons la production alimentaire dans le pays pour atteindre la souveraineté dans ce domaine, nous améliorons notre système bancaire et financier, en visant toujours la manière de traiter les vulnérabilités et de réduire et d'atténuer les inégalités sociales existantes, sans renoncer pour autant à l'aide solidaire, à la collaboration et à la coopération avec d'autres pays.
Nous sommes engagés dans tout ça ; nous rêvons de tout ça ; et, dans tout ça, nous nous efforçons de mettre en place des mesures d'amélioration. Et nous sommes sûrs de pouvoir le faire.
Ce dont nous avons besoin, c'est qu'on nous fiche la paix. Je me demande toujours : si les États-Unis croient que l'économie cubaine est si fragile et que nous sommes si incapables, s'ils croient que notre modèle est si mauvais, pourquoi, depuis soixante-sept ans, dépensent-ils des millions de dollars de leurs fonds publics pour nous bloquer, nous saboter, nous attaquer ? Si nous sommes si incapables, pourquoi ne nous laissent-ils pas échouer comme ça nous chante ?
Ou, vu ce que nous avons accompli en butte à un blocus, est-ce qu'ils ont tellement peur de l'exemple de ce que nous pourrions faire et accomplir si nous n'étions pas sous blocus ?
Voilà ce qu'on pense dans un pays où plus de 80 p. 100 de la population est née après la victoire de la Révolution. Ma génération est née sous le blocus, nos enfants sont nés sous ce blocus, nos petits-enfants sont nés sous ce blocus, et nous continuons tous de vivre sous ce blocus.
À quoi ressemblerait Cuba si elle exploitait tout son potentiel et que ne pourrait-elle apporter au reste du monde sans ce blocus ?
Une brève anecdote, et excusez-moi cette digression. Chaque semaine, je participe à des échanges avec des scientifiques cubains pour aborder des questions spécifiques de science et d'innovation en vue de résoudre nos problèmes.
Ces derniers jours, un groupe de scientifiques a présenté les résultats d'un médicament cubain contre l'Alzheimer en cours de mise au point. Une partie de l'essai clinique a été menée auprès de patients étasuniens dans une clinique du Colorado. Je vous invite à aller sur les réseaux sociaux pour voir la vidéo où le directeur de la clinique informe des résultats de ce médicament sur ses patients : les résultats sont supérieurs à ceux des médicaments traditionnels ! Il reconnaît le potentiel de cette innovation développée par Cuba, tout comme il reconnaît combien il serait important de pouvoir mener ce travail dans le cadre d'une coopération élargie, plutôt que sous les restrictions imposées par le blocus, qu'il condamne d'ailleurs.
Tel est l'avenir sur lequel nous misons, tel est l'avenir que nous voulons, tel est l'avenir que, j'en suis sûr, nous pouvons atteindre.
Miguel DIAZ-CANEL