11/04/2026 reseauinternational.net  5min #310674

Immigration et intégration : on en parle sérieusement ?

par Rorik Dupuis Valder

J'ai eu l'occasion de croiser plusieurs fois Éric Zemmour il y a une quinzaine d'années, alors que j'exerçais dans une école privée parisienne - près de la gare Saint-Lazare - où étudiait sa fille. L'homme était particulièrement courtois, et la fille fort bien élevée. Ce qui tranche quelque peu avec l'infamie et la malhonnêteté des propos qu'on lui connaît.

Éric Zemmour est un homme cultivé, intelligent : il sait ce qu'il fait. En étant l'une des premières personnalités publiques à banaliser les propos discriminatoires à la télévision, il aura contribué à répandre un discours raciste et essentialisant chez des gens frustrés, légitimement agacés par ce qu'ils estiment être une "insécurité" grandissante en France.

Pourquoi idéologiser le problème de la criminalité ? L'explication en semble pourtant assez simple : la défaillance des autorités d'une part, et l'absence de prévention efficace d'autre part.

En associant systématiquement la délinquance à l'immigration et à l'islam, notre apprenti fauteur de troubles, juif d'origine berbère, allait se voir en sauveur de la "race blanche" et de la civilisation chrétienne... Cherchez l'erreur !

Ce que refuse d'assimiler le sieur Zemmour, comme beaucoup d'autres tribalistes de son genre, c'est que l'homme de notre siècle ne se définit pas par son appartenance ethnique ni religieuse, mais par son engagement social - c'est-à-dire à travers un métier, une conduite, un projet de vie.

Donnons à chacun l'opportunité d'un engagement social et la question de la délinquance sera en grande partie réglée.

Qu'apportez-vous à la société ? Voilà ce qui vous définit réellement : le produit de votre effort. Et la question s'adresse à tous, y compris à Zemmour, grand intellectuel devant l'Éternel... On peut en effet sincèrement se demander ce que son fiel idéologique apporte à la société sinon toujours plus de tensions, de divisions...

Éric Zemmour n'est pas une exception : dans un autre registre, la présence sur toutes les chaînes depuis cinquante ans du philosophe des génocides, de l'apologète de crimes contre l'humanité Bernard-Henri Lévy, résume à elle seule la situation. L'expression d'une telle haine ne relève-t-elle pas en principe, tant pour l'auteur que pour le diffuseur, d'une violation de l'article 24 de la Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse ? Ben oui, je me suis un peu renseigné, du coup. Ça mérite au minimum 5 ans de taule, ces conneries.

Monsieur Zemmour, comme Monsieur Lévy, serait-il intouchable du fait de sa confession ? La judaïté offre-t-elle des passe-droits en France ? L'argent offre-t-il des passe-droits en France ? Je ne sais pas, j'essaie de trouver un dénominateur commun, histoire d'y voir plus clair. "Lobby juif" ? Théorie du complot antisémite, fantasme de néo-nazi arriéré, n'y pensons même pas ! Ce sont d'ailleurs les éminents Rudy Reichstadt, Tristan Mendès France et David Medioni, pour Judeocracy Watch, qui nous le disent... Je les crois, je les crois.

Revenons-en à nos moutons. Pardon pour l'analogie un peu facile, mais en tant que prof je ne peux m'en empêcher : dans une classe où sévissent des éléments perturbateurs, qui, d'après vous, est le premier responsable de l'agitation générale ? Sont-ce les élèves turbulents ? leurs parents ? l'enseignant ? le directeur de l'établissement ?...

Dans mes premières années d'exercice, avec l'orgueil, j'en ai d'abord voulu aux jeunes et à leurs parents, avant de comprendre que l'enseignant, en tant que figure tutélaire, est le premier responsable du comportement de ses élèves. Évidemment, une telle démarche demande un peu de pratique, mais surtout une prise de conscience de sa fonction fédératrice, voire paternelle - aussi délicate soit-elle -, vis-à-vis de la micro-société qu'est la classe.

En tant qu'enseignant, vous avez la responsabilité d'intégrer chacun de vos élèves (même ceux que vous ne pouvez pas encadrer !), de composer avec tous les caractères, tous les manques, tous les talents. Vous avez la responsabilité d'associer et d'élever. Ceci demande une certaine exigence, mais aussi de l'écoute. Et vous serez toujours respecté pour votre exigence et votre écoute - quel que soit votre public.

Ainsi, Monsieur Zemmour - comme d'autres confusionnistes qui officient à droite et à l'extrême droite - voudrait, s'il était prof, exclure d'emblée tous les agitateurs et les basanés de sa salle de classe sans même s'être donné la peine de penser à les élever, à leur trouver une place. Sans même s'être donné la peine de les écouter.

Dommage, celui-ci n'aurait jamais appris qu'un comportement déviant ne s'explique pas par la volonté de nuire, encore moins par l'origine ethnique ou l'appartenance religieuse, mais par un parcours de vie et un environnement socio-familial, où la confrontation à la violence, la discrimination et la précarité est malheureusement déterminante. Le rôle des politiques étant d'assainir et fertiliser les environnements.

Quant à l'accueil et la prise en charge d'élèves analphabètes au sein d'une classe de collégiens ou de lycéens, cela relève, nous en convenons, de l'absurde, de l'illusoire. Le risque pour le groupe étant un nivellement par le bas, dans la mesure où celui qui ne veut pas apprendre pénalise ceux qui le veulent (avant de se pénaliser lui-même). Il s'agit là de demander des comptes au chef d'établissement, chargé de valider l'inscription des élèves.

Non, il n'y a aucune excuse à trouver aux "éléments perturbateurs", simplement des souffrances à identifier et à résoudre, puis d'éventuels phénomènes de groupe à anticiper et réguler. C'est un travail de longue haleine, de la part de toute l'équipe éducative, mais il vaut la peine.

Discours de démago ? d'idéaliste ? Il n'y a rien de plus pragmatique que de vouloir l'épanouissement des autres : l'ordre, c'est d'abord la paix.

Morale de tout ceci : la souffrance est universelle. Tout comme la volonté.

Et si vous donnez aux gens les moyens de se réaliser, alors ils vous en seront reconnaissants. Faites-les se rendre utiles. Responsabilisez-les. Ils s'engageront volontiers pour la collectivité, pourvu que celle-ci soit digne d'engagement - c'est là tout le problème...

Mais encore faut-il savoir aimer - indifféremment - les gens. C'est-à-dire accepter et comprendre l'Autre. (À ce sujet, que dit votre religion, Zemmour ? Je serais curieux d'en savoir plus.)

Inutile de préciser que de la classe d'élèves à la nation de citoyens, il n'y a qu'un pas.

 Rorik Dupuis Valder

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