Journal dde.crisis de Philippe Grasset
12 avril 2026 (16H50) - On aurait pu croire qu'à ce jour, ce serait les "négociations" conçues comme un jeu de ping-pong entre les promesses abracadabrantesques de Trump et l'automatique violation du cessez-le-feu de Netanyahou. Même pas cela, malgré toure la tournure scandaleuse qu'on peut y trouver ; car cela est dépassé depuis longtemps (entre 24 heures et 48 heures) par une avalanche venue sans avertissement, - ce qui est le propre de l'avalanche postmoderne déclenchée d'au-dessus de nous.
Résumons substantiellement les "événements" nouveaux qui nous offrent un nouveau rebond-rebondissement dans ce qui apparaît comme un jeu de basket-ball développé par une sorte de spectacle du type "Harlem Globe-Trotter" revu à un rythme beaucoup plus élevé, comme un film projeté en accéléré. Ces "événements" sont essentiellement sinon complètement américanistes mais ils "rebondissent" directement sur la situation du monde, l'ensemble justifiant le classement dans la rubrique RapSit-USA, mais dans un cadre plus large que le simple cadre américaniste... Donc, résumons-les substantiellement :
• La guerre contre l'Iran où essentiellement la partie américaniste via l'action trumpiste ajoute chaque jour du nouveau, allant du vrai-faux au simulacre-bouffe entrecoupé de clins d'yeux au réel. Il y a donc les "négociations" qui ont démarré à Islamabad dans le plus complet désordre, qui renvoie l'essentiel du problème à la situation intérieure à Washington D.C., et dans ce cas la situation dans l'administration symbolisée par la direction américaniste dans ces "négociations", avec Witkoff-Kushner comme "seconds" de Vance, mis essentiellement en embuscade pour surveiller Vance, ses mouvements et ses pensées, et tenter de contrôler tout ce bazar.
• Une intervention officielle de la commission juridique de la Chambre demandant une évaluation officielle de l'état de santé du président Trump par le médecin de la Maison-Blanche, suivie par une confirmation sous serment, tout cela dans le cadre officiellement affirmé du 25ème amendement. On se mélange un peu le jugement à séparer une demande officielle directe de destitution ou la recherche de l'application du 25ème conduisant à la destitution ; ce n'est pas si grave, ce désordre implique que la question du maintien de Trump est désormais une crise officielle qui restreint sa capacité d'action et grandit sa capacité de désordre selon un schéma de désordre mental, - et nous voilà plus que jamais au cœur de la crise du pouvoir de l'américanisme ;
• La conférence de presse absolument impromptue et inattendue de la First Lady (FLOTUS) Melania Trump, qui remet l'affaire Epstein au centre du jeu avec comme l'un des effets indirects à venir de raviver les soupçons contre son mari et surtout comme effet direct de favoriser une procédure (témoignage au Congrès des "survivantes") contre laquelle le DoJ de Pat Mondi, sur instruction et au mécontentement de Trump quant aux résultats, lutte férocement depuis plusieurs mois. (Le témoignage de la FLOTUS a été diversement accueilli, mais plutôt avec bienveillance et reconnaissance par une "survivante", un peu porte-parole du mouvement, Lisa Phillips sur 'Meidas Touch' .) Là encore et à nouveau, il y a un facteur de fragilisation supplémentaire de Trump-le-président, et de renforcement du désordre général, ou bien du chaos si l'on veut user du mot et de son concept.
Du 25ème à la destitution
On comprend que ces trois affaires, prises sous l'angle que nous avons adopté, interfèrent directement dans les affaires du chaos de Washington D.C., donc de la guerre contre l'Iran, donc de la GrandeCrise qui nous passionne tant. Tout cela s'enchaîne en s'emboitant, - curieux phénomène à double correspondance complémentaire.
Mais parmi ces trois éléments, il faut en distinguer un qui est à la fois nouveau et fondamental, qui est l'intervention officielle des démocrates du Congrès par la lettre du député Raskin, en tant que chef des démocrates au sein de la commission judiciaire chargée notamment des procédures de surveillance et de contrôle de l'exécutif, lettre pour le médecin-chef de la Maison-Blanche Sean Barbabella. C'est sur cet élément qu'insiste précisément le site 'The Hill', l'une des meilleures sources sur le Congrès.
"Le représentant Jamie Raskin (démocrate du Maryland) a pressé vendredi le médecin de la Maison Blanche de procéder à une évaluation complète des capacités cognitives du président Trump." Dans une lettre adressée au capitaine de corvette Sean Barbabella, médecin officiel de Trump, Raskin a fait valoir que les propos et les actes de Trump ces derniers mois - notamment ceux concernant la guerre en Iran - ont soulevé suffisamment de questions quant à son acuité mentale pour justifier une évaluation cognitive complète. Raskin souhaite que les résultats soient rendus publics.
"Des experts ont averti à plusieurs reprises que le président présentait des signes compatibles avec la démence et le déclin cognitif. Et, ces derniers jours, le pays a vu les déclarations et les accès de colère du président Trump devenir de plus en plus incohérents, instables, vulgaires, délirants et menaçants". "Son état de santé, qui semble se détériorer, a suscité une vive inquiétude à travers le pays (et tout l'échiquier politique) quant à ses facultés cognitives et à son aptitude mentale à exercer la fonction présidentielle, et a soulevé des questions quant à son équilibre psychologique"."[...]
"Ces derniers mois, Trump a franchi un nouveau cap. Après avoir lancé des frappes conjointes avec Israël contre l'Iran fin février, il a menacé de détruire les infrastructures civiles, un crime de guerre au regard du droit international, et de bombarder le pays "pour le ramener à l'âge de pierre". "Ouvrez ce putain de détroit, bande de cinglés, ou vous irez en enfer ! Vous verrez ! Louange à Allah", a posté Trump sur son compte Truth Social la semaine dernière.
"Plus récemment, il a averti que la population entière pourrait être anéantie si les dirigeants iraniens n'ouvraient pas le détroit d'Ormuz."Une civilisation entière va mourir ce soir, pour ne jamais renaître", a-t-il posté mardi."Je ne veux pas que cela arrive, mais c'est probable."
" Cette série de messages belliqueux a relancé les efforts des démocrates pour destituer Trump... [...] Raskin a demandé que le test cognitif soit effectué avant le 25 avril et que les résultats soient rendus publics. Il souhaite également que Barbabella témoigne devant le Congrès sur les conclusions de ce test. [...]
"La Maison Blanche a rapidement rejeté cette demande, affirmant que Trump était toujours aussi vif d'esprit et accusant les Démocrates de dissimuler le déclin mental de l'ancien Président Biden."Le superficiel Jamie Raskin est l'incarnation même de l'idée qu'un personnage stupide se fait d'un personnage intelligent", a déclaré Davis Ingle, porte-parole de la Maison Blanche, dans un courriel."
La guerre est déclarée
L'importance de l'intervention du "superficiel Raskin" est qu'elle implique officiellement le Congrès dans une affaire qui n'était jusqu'ici faite que de rumeurs. Parallèlement à la lettre de Raskin, une procédure de destitution se trouve engagée à la Chambre également par un démocrate. Elle n'a aucune chance d'aboutir mais elle permettra de juger de l'ampleur de l'engagement des parlementaires, particulièrement démocrates, dans cette affaire. Il y a déjà une centaine de députés démocrates qui ont déclaré soutenir cette proposition malgré les consignes de prudence de la direction du parti qui recommande d'attendre les élections et leur résultat pour lancer une offensive. La direction démocrate veut confirmer une victoire qui semble probable mais non encore assurée, avant d'entrer dans une guérilla politique, craignant le comportement de Trump en cas de victoire-surprise, quelque improbable qu'elle soit, des républicains.
Quoi qu'il en soit et qu'en veuille la direction du parti toujours très politicarde, la guerre est effectivement déclarée, ouverte, officialisée par la lettre de Raskin et le regroupement des démocrates. Pour autant les choses ne sont si simples. La guerre est aussi ouverte, et diablement, entre Trump et ses principaux soutiens indépendants qui ont tant fait pour lui dans ses diverses élections et m-péripéties ( Tucker Carlson , Megyn Kelly , Candace Owens, Marjorie Taylor Greene [MTG], Alex Jones, etc., auxquels on peut ajouter des nouveaux venus tel Joe Kent démissionnaire du gouvernement Trump). Il commence à y avoir des réseaux organisés totalement antitrumpistes, tel ' Shadow MAGA' que viennent de former Carlson, Joe Kent et MTG. Comme nous l'avons déjà signalé, des organisations populistes de gauche (telle ' The Young Turks') observent avec intérêt cette tendance en songeant qu'une alliance antiwar droite-gauche n'est pas impossible, - et elle sera nécessairement antiTrump.
"Trump a a fait le job"
Qu'est-ce que nous annonce tout cela ? Une victoire démocrate ? Une surprise républicaine ? Ces vieilles structures, ossifiées, épuisées, sans aucune autorisation d'imaginer autres choses qu'elles-mêmes, qui semblent comme des brontosaures échappés d'un zoo réservé aux dinosaures, ne présentent vraiment qu'un intérêt marginal pour la période qui s'ouvrira en novembre prochain. Quel que soit le résultat des élections, on observe simplement que le désordre a été officiellement institué en chaos américaniste et en définition incontestable de la modernité globalisante et hégémonique.
Nous voilà rassurés sur l'essentiel, les amis : "Trump a fait le job", celui de " cocktail Molotov humain jeté par l'électeur sur le Système", - même si tant d'autres, y compris lui-même, l'ont manipulé comme il s'est auto-manipulé en croyant maîtrisé la tempête pour finalement accomplir d'incroyables prouesses de catastrophes en chaîne dans le genre de la tragédie-bouffe. Le résultat est bien le chaos, même si "chaos-bouffe" est une expression bienvenue.
Bref, Trump a bien mérité de la GrandeCrise.
Cela signifie bien entendu que ces élections US à mi-mandat sont d'une importance considérable, une fois de plus, et même encore plus considérable. C'est le cas pour le processus d'effondrement et d'effritement des États-Unis, mais c'est aussi et même bien autant pour le moins, le cas pour nous qui sommes du 'Rest Of the World'. Tout va très bien, la situation est désespérément désespérée.