14/04/2026 elucid.media  3min #310975

Inégalités mondiales : et si la misère était d'abord un choix politique ?

Par  Alexandra Buste, Xavier Lalbin

Réduire les inégalités n'est pas seulement une question d'équité visant à permettre à chaque être humain de vivre dignement, quelle que soit sa condition de départ ; c'est aussi une nécessité pour la stabilité des démocraties et la viabilité de la planète. Or, les inégalités demeurent extrêmes et persistent alors même qu'elles pourraient être atténuées grâce à la redistribution, à une fiscalité progressive, à l'éducation et au renforcement des droits des travailleurs. Ainsi, pour les auteurs du  rapport 2026 sur les inégalités mondiales du World Inequality Lab (WID) : "L'inégalité est un choix politique".

Certains observateurs objecteront que la mondialisation a apporté de nombreux bienfaits, notamment la réduction de la pauvreté grâce à la croissance du produit intérieur brut (PIB),  une rhétorique fallacieuse dénoncée par de nombreux chercheurs et que nous avons précédemment déconstruite. En réalité, une large part de la population mondiale peine toujours à assurer ses moyens de subsistance, tandis qu'une petite minorité accumule revenus et patrimoine de manière disproportionnée, tout en évitant de contribuer aux mécanismes de redistribution à la même hauteur.

Désormais, la question est de savoir si l'économie mondiale poursuit sa trajectoire de concentration extrême des richesses ou si elle s'oriente vers une prospérité partagée. Les outils pour y parvenir existent ; le défi relève essentiellement de la volonté politique.

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Des inégalités mondiales qui persistent depuis deux siècles

Malgré une croissance économique soutenue depuis deux siècles, la répartition mondiale des revenus demeure profondément inégalitaire. Et pour cause : si les inégalités paraissent immuables, c'est parce qu'elles constituent une caractéristique structurante de l'économie mondiale moderne. En deux siècles, la population mondiale a été multipliée par huit pour s'établir aujourd'hui à plus de 8 milliards d'individus, dont environ 5,6 milliards d'adultes. Le revenu annuel moyen par habitant a, quant à lui, été multiplié par seize sur la période et s'élève désormais à près de 14 000 € par an.

Cependant, comme dans bien d'autres domaines, l'"habitant moyen" n'existe pas. Le revenu mondial est en réalité distribué de manière extrêmement inégale, une petite minorité s'accaparant une part disproportionnée des gains. Depuis 1820, les 10 % d'adultes les plus riches (environ 560 millions d'individus en 2025) captent plus de la moitié du revenu mondial. Pour la moitié la plus pauvre (un peu moins de 2,8 milliards d'adultes aujourd'hui), le caviar n'est pas au menu : elle n'a jamais perçu plus de 15 % de ce même revenu - et encore, durant la première moitié du XIXe siècle. À mesure que le revenu mondial a augmenté, la part dévolue à la moitié de la population la plus pauvre a diminué pour représenter aujourd'hui moins de 9 % du total.

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