16/04/2026 reseauinternational.net  4min #311215

Production mondiale de semi-conducteurs : la Russie interdit les exportations d'hélium

par Russia's Pivot to Asia

Nouveau coup dur pour les économies occidentales : la Russie a interdit l'exportation d'hélium vers les pays hostiles jusqu'à fin 2027.

L'hélium est un composant essentiel du secteur de la fabrication des semi-conducteurs, et des pénuries mondiales apparaissent actuellement en raison des perturbations des chaînes d'approvisionnement engendrées par la guerre en Iran. La Russie est le troisième fournisseur mondial après le Qatar et les États-Unis.

L'hélium est un sous-produit du traitement du gaz naturel, qui a subi d'importantes perturbations au Qatar en raison de la guerre en Iran, entraînant une forte hausse des prix au comptant.

En vertu de cette nouvelle mesure, les exportations d'hélium vers les pays situés en dehors de l'Union économique eurasienne dirigée par Moscou devront être supervisées par le ministère de l'Industrie et du Commerce et approuvées directement par le Premier ministre Mikhaïl Michoustine ou ses adjoints.

Les autorités russes ont déclaré que ce régime d'exportation visait à privilégier la stabilité de l'approvisionnement sur le marché intérieur. Ces contrôles à l'exportation ont été instaurés dans le cadre d'un décret présidentiel plus large signé par Vladimir Poutine peu après l'invasion de l'Ukraine en 2022, qui définissait des "mesures économiques spéciales" destinées à protéger l'économie russe des sanctions occidentales.

Suite à la perturbation des approvisionnements du Qatar, les États-Unis sont désormais le premier producteur mondial d'hélium, assurant plus de 40% de l'offre mondiale (81 millions de mètres cubes) début 2026, principalement au Texas, au Kansas et au Wyoming. La production est concentrée dans des installations comme celle de Shute Creek (ExxonMobil), tandis que de nouvelles capacités, notamment grâce à des projets comme Rudyard dans le Montana, contribuent à renforcer l'offre intérieure face aux pénuries mondiales. Les exportations américaines sont cruciales pour le maintien de la production de semi-conducteurs chez les alliés des États-Unis, comme la Corée du Sud, où les prix au comptant ont flambé de 35% à 100% selon les volumes. De ce fait, les États-Unis exigent désormais de leurs alliés des contrats d'approvisionnement à plus long terme en hélium. Des entreprises comme Samsung et SK Hynix sont particulièrement touchées.

L'Union européenne a activement stimulé sa production de semi-conducteurs afin de regagner une part de marché mondiale de moins de 10% à 20% d'ici 2030, grâce notamment à l'European Chips Act de 43 milliards d'euros. Pourtant, elle subit désormais elle aussi des pressions pour s'approvisionner exclusivement auprès des États-Unis. L'hélium est également utilisé pour fabriquer des câbles à fibres optiques, comme ceux utilisés actuellement dans les drones en Ukraine, alors que l'UE dans son ensemble dépend à près de 100% des importations d'hélium. Ce besoin se traduit désormais par des profits réalisés par les États-Unis en l'absence d'approvisionnements russes.

Le Premier ministre russe, Mikhaïl Michoustine, a déclaré que l'approvisionnement mondial en hélium avait diminué de près d'un tiers, ce qui affecte les tomodensitomètres médicaux, la fibre optique, la production de semi-conducteurs, les systèmes d'intelligence artificielle et la recherche scientifique de pointe. La Russie a récemment annoncé son intention d'augmenter sa capacité de production d'hélium de 700 millions de pieds cubes standard par an à partir du troisième trimestre de cette année. Elle possède l'usine de traitement de gaz d'Amour, le plus grand producteur mondial d'hélium, d'une capacité de 60 millions de mètres cubes par an.

D'autres grands producteurs de semi-conducteurs et de hautes technologies, comme la Chine, s'approvisionneront en hélium auprès de la Russie à des prix certainement plus raisonnables que ceux pratiqués par les Américains ; la différence réside dans la stratégie de développement mondial face à la recherche du profit par les États-Unis. Le ministre russe des Affaires étrangères s'est rendu à Pékin en début de  semaine.

Ce problème illustre une fois de plus comment certains marchés - notamment ceux alliés aux États-Unis - se sont retrouvés piégés en sous-estimant l'impact des sanctions contre la Russie et la tendance des États-Unis à maximiser leur propre influence financière lorsqu'ils sont appelés à proposer des solutions alternatives. L'impact sur les industries scientifiques et des semi-conducteurs européennes risque d'être dévastateur, tout comme pour les acheteurs actuellement dépendants des États-Unis. La manière dont la Russie gérera ses exportations de ce gaz essentiel dépendra largement des relations que les autres pays entretiennent avec Moscou.

source :  Russia's Pivot to Asia via  China Beyond the Wall

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