
Cet article est paru en anglais sur le site de Kevin MacDonald, www.theoccidentalobserver.net
Introduction
Dans plusieurs articles, j'ai avancé une série d'arguments selon lesquels la christianisation de l'Empire romain a été bénéfique pour les Juifs ( ici et ici) et néfaste pour les Gentils ( ici et ici), et qu'elle a ouvert la voie à la subversion et à l'asservissement de la civilisation occidentale par le pouvoir juif. Le christianisme étant une invention juive, il est difficile de résister à l'attrait de la théorie selon laquelle il s'inscrivait dans un vaste complot juif (ce "complot agressif et vindicatif [...] contre le reste du monde" qui est écrit "noir sur blanc" dans la Bible hébraïque, comme H. G. Wells a tenté de nous avertir dans The Fate of Homo Sapiens, 1939). Cependant, malgré tous mes efforts pour trouver un indice que le christianisme était dès le départ une opération psychologique juive visant à aliéner les Romains plutôt qu'à les sauver, je n'en trouve aucun. Le nombre considérable de Juifs (principalement des Juifs hellénisés) qui se sont convertis au christianisme au Ier siècle va à l'encontre de cette théorie. Je ne vois aucune raison de soupçonner Paul, le véritable fondateur du christianisme des Gentils, d'être une sorte d'agent israélien cherchant à tromper les goyim crédules pour leur faire croire des choses auxquelles il ne croyait pas lui-même. Le fait qu'il ait écrit "C'est la vérité" (Romains 9,1) ne prouve pas qu'il ment. Pourtant, on trouve bien dans ses lettres la conviction que lorsque la conversion des Gentils au Christ aura atteint un stade, "tout sera rendu [aux Juifs]" à la fin (Romains 11,12).
Nous sommes donc arrivés à la conclusion que la christianisation a fourni un avantage sélectif décisif à Israël dans sa guerre millénaire contre Rome, mais nous n'avons aucune preuve que le christianisme a été secrètement fabriqué à cette fin. Il est donc temps de faire appel au professeur Kevin MacDonald pour qu'il nous aide à résoudre cette énigme. Je vais examiner ici si le christianisme peut s'inscrire dans sa théorie générale, développée dans A People That Shall Dwell Alone: Judaism as a Group Evolutionary Strategy, With Diaspora Peoples (1994) et ses ouvrages ultérieurs.
Le grand avantage de la psychologie évolutionniste (ou évolutionnaire, au choix), qui est la discipline dans laquelle s'inscrit MacDonald, réside dans le fait qu'elle contourne la question de l'intentionnalité, ce qui nous permet d'étudier les "stratégies évolutives de groupes" (ou "stratégies adaptatives de groupes") sans avoir à rechercher des preuves d'un complot. La psychologie évolutionniste postule que les diverses stratégies que développent les groupes fondés sur la parenté (clans, tribus, nations) pour assurer leur survie, leur reproduction, leur expansion et leur domination dans un environnement concurrentiel peuvent être, au moins en partie, inconscientes plutôt que clairement formulées. Il existe, dans tout groupe ethnique, une volonté de pouvoir collective et transgénérationnelle qui opère en dessous du seuil de la conscience individuelle. Cette volonté ou mentalité collective du groupe n'est pas purement le produit de la nature biologique ; pour chaque groupe, elle possède une part culturelle particulière issue de certains choix historiques : mais au fil des générations, cette part culturelle devient elle-même une seconde nature, soit une part de l'inconscient collectif.
Ces hypothèses coïncident avec les conclusions de la sociologie (Durkheim, Lévi-Strauss, Le Bon), selon lesquelles les cognitions, les émotions et les comportements des individus sont en partie déterminés inconsciemment par une forme d'esprit de groupe. Dans une mesure qui dépend de la cohésion du groupe, lorsque les individus pensent, ressentent et désirent, c'est le groupe qui pense, ressent et désire à travers eux. Dans le cas d'un groupe très sophistiqué tel que la communauté juive, ce principe fonctionne de manière complexe, mais il s'applique tout de même à un certain niveau. Le paradigme de la psychologie évolutionniste permet donc de comprendre que, lorsqu'une stratégie juive semble être fondée sur la tromperie, elle n'est pas nécessairement perçue comme telle par la communauté juive en question.
En tant que groupe national, les Juifs présentent deux caractéristiques distinctives. La première est qu'ils forment une communauté mondiale. Dans leur grande majorité, ils ont vécu et lutté au sein de nations étrangères pendant plus de deux mille ans (depuis la période hellénistique). Pour cela, ils ont élaboré des stratégies uniques qui font désormais partie de leurs habitudes cognitives ancestrales. C'est presque comme s'ils avaient développé une double personnalité : une personnalité de base pour leur environnement juif, et une autre, plus flexible, pour leur environnement non juif. Ils ne perçoivent pas nécessairement cette complexité comme une incohérence ou une hypocrisie.
L'autre particularité des Juifs est qu'ils constituent une communauté à la fois ethnique et religieuse. Cela leur procure l'avantage unique que leur stratégie de survie la plus essentielle dans des environnements étrangers est également le commandement central de leurs Écritures religieuses : l'endogamie stricte. 1 Dans Du Yahvisme au sionisme, j'ai soutenu que le comportement collectif particulier des Juifs n'est pas déterminé génétiquement, mais programmé culturellement. Leur Bible enseigne aux Juifs que ce qui est bon pour les Juifs est bon en termes absolus, et doit donc être bon pour les Gentils aussi, même lorsque cela ne leur plaît pas. La mission des Juifs est d'obéir au dieu des Juifs en détruisant les dieux des Gentils, c'est-à-dire tout ce qui leur est sacré, y compris leurs identités ethniques ou nationales, car ces dieux sont soit mauvais, soit faux, contrairement au dieu des Juifs qui est le seul et unique vrai Dieu.
Outre la stratégie élémentaire de l'endogamie, MacDonald distingue deux grands ensembles de stratégies de groupe chez les Juifs de la diaspora : les stratégies par lesquelles ils s'adaptent à leur environnement, et celles par lesquelles ils modifient leur environnement. Le premier type de stratégies s'apparente aux méthodes de crypsis ou de mimésis que l'on observe dans le monde animal. Le second type n'a pas d'équivalent dans le monde animal, et peut même être considéré comme une faculté particulière des Juifs.
Je montrerai que, si l'on analyse la diffusion précoce du christianisme comme une "stratégie évolutive de groupe" juive, elle s'inscrit dans ces deux catégories : les Juifs qui se convertissaient au christianisme s'adaptaient à leur environnement dangereusement "antisémite", en se rendant moins juifs et plus gréco-romains (le christianisme étant, pour une part, une imitation des cultes à mystères), tout en préservant leur croyance fondamentale dans l'élection du peuple juif et leur haine primitive des dieux païens. Et les Juifs qui ont converti des Gentils au christianisme au cours de la même période ont modifié leur environnement en rendant la société romaine plus juive et moins païenne, et, surtout, plus encline à croire au rôle central des Juifs dans la providence divine. Dans un sens très profond, le christianisme a convaincu les Romains que "le salut vient des Juifs" (Jean 4,22), une idée que des Juifs hellénistiques comme Philon d'Alexandrie promouvaient déjà un siècle plus tôt, prêchant que "la nation juive est au monde entier ce que le prêtre est à l'État". 2 On peut d'ailleurs dire que "sauver les non-juifs" (de leurs valeurs étriquées, mais surtout de leur antisémitisme), est resté jusqu'à ce jour la mission première des Juifs "assimilés".
Le christianisme comme invention juive
De toute évidence, la théorie selon laquelle le christianisme a été une stratégie évolutive juive ne peut s'appliquer qu'au christianisme des premiers siècles, lorsque les Juifs en étaient les fondateurs et les dirigeants. On ne peut raisonnablement tenir les Juifs pour responsables de la conversion de l'Empire romain au IVe siècle, et encore moins de celle des barbares. Au moment où le christianisme devint la religion officielle de Rome, les Juifs n'en avaient plus la direction. Nous sommes en droit de soupçonner la présence d'un certain nombre de crypto-juifs influents dans les cours des dynasties constantinienne et théodosienne, mais aucun cas ne peut être mis en lumière. Sans aucun doute, l'Église était alors majoritairement d'origine non-juive. Les Juifs n'ont fourni que l'impulsion initiale.
Mais il est important de réaliser que l'influence des Juifs sur le christianisme romain fut bien plus intense et durable que ce que les historiens de l'Église nous ont laissé croire. Faisons le point sur ce sujet.
La première chose à reconnaître est l'importance de la population juive dans les mégapoles de l'Empire romain, où le christianisme s'est d'abord épanoui. Au Ier siècle, on estime qu'il y avait un million de Juifs en Palestine et environ cinq millions dans la diaspora, en particulier dans les grandes villes telles qu'Alexandrie, Antioche et Rome. Une partie de la population juive de Rome descendait des milliers de captifs juifs que Pompée avait ramenés après la prise de Jérusalem en 63 avant notre ère, et leur nombre augmenta en 70 de notre ère, lorsque Vespasien et Titus amenèrent à Rome 97 000 captifs juifs supplémentaires, selon Flavius Josèphe (Guerre des Juifs VI,9). Beaucoup d'entre eux furent affranchis, à l'instar de Josèphe, qui œuvra sans relâche pour faire l'éloge de sa nation auprès des Gentils. La réalité et l'ampleur du prosélytisme juif aux Ier et IIe siècles font l'objet d'un débat, mais nous savons au moins par Cassius Dio qu'un membre de la famille impériale, Flavius Clemens, fut exécuté par l'empereur Domitien pour "athéisme" et "déviation vers les coutumes judaïques" (les Juifs étaient considérés comme athées en raison de leur mépris des dieux), tandis que son épouse Flavia Domitilla fut bannie.
L'autre donnée à prendre en compte est que nous disposons de très peu d'informations sur la manière dont le christianisme s'est répandu dans les villes romaines depuis l'époque de Paul jusqu'au milieu du IIe siècle. En effet, comme l'a noté Bart Ehrman dans The Triumph of Christianity : "en dehors de l'œuvre de Paul elle-même, nous n'avons connaissance d'aucune activité missionnaire chrétienne organisée - non seulement pour le Ier siècle, mais pour aucun siècle antérieur à la conversion de la majeure partie de l'empire. [...] Cela peut sembler difficile à croire, mais si l'on comptait tous les missionnaires chrétiens dont on a entendu parler ne serait-ce qu'une seule fois, de la période postérieure au Nouveau Testament jusqu'aux quatre premiers siècles, on n'aurait pas besoin de tous les doigts d'une main." 3 C'est remarquable en soi.
Comme l'affirme Rodney Stark dans The Rise of Christianity, il existe de nombreuses raisons de croire que les Juifs, qui étaient très mobiles et interconnectés, ont été les principaux propagateurs des évangiles à travers l'Empire, même après le IIe siècle. 4 L'archéologie confirme que les lieux de culte et les objets chrétiens se trouvent toujours dans les quartiers juifs. Eric Meyers rapporte que des données provenant de Rome et de Venosa montrent que "les sépultures juives et chrétiennes reflètent une communauté interdépendante et étroitement liée de Juifs et de chrétiens, au sein de laquelle les marques distinctives de démarcation étaient floues jusqu'aux IIIe et IVe siècles de notre ère". 5
Dans la seconde moitié du IIe siècle, Juifs et chrétiens commençaient tout juste à se considérer comme appartenant à des religions différentes, et les premiers apologistes connus, bien que non-juifs, étaient encore engagés dans un dialogue avec les Juifs, comme l'illustrent le Dialogue avec Tryphon de Justin Martyr, le Dialogue de Jason et Papiscus d'Aristo de Pella (aujourd'hui perdu), ou encore, un peu plus tard, la mention par Origène de sa participation à un débat théologique arbitré avec des juifs. 6
À l'appui de son point de vue selon lequel le christianisme était principalement contrôlé par les Juifs jusqu'au milieu du IIe siècle et au-delà, Rodney Stark mentionne la défaite des marcionites, qui voulaient rejeter l'Ancien Testament :
"En effet, la rapidité avec laquelle Marcion a mis en place un mouvement important suggère que sa solution plaisait à beaucoup. Mais le point crucial est le suivant : la faction chrétienne traditionnelle semble avoir facilement évincé Marcion et réussi à condamner les Antithèses comme hérésie. Je ne crois pas que les traditionalistes l'aient emporté grâce à une théologie supérieure. Au contraire, toute cette affaire me suggère qu'au milieu du IIe siècle, l'Église était encore dominée par des personnes ayant des racines juives et des liens actuels étroits avec le monde juif. Notez que cela s'est passé après la révolte de Bar-Kokhba." 7
Stark suggère que la rupture définitive entre juifs et chrétiens s'est produite sous Constantin, et qu'elle ne s'est pas faite sans résistance. Lorsque, dans les années 390, Jean Chrysostome se plaint que de nombreux chrétiens "se joignent aux Juifs pour célébrer leurs fêtes et observer leurs jeûnes" (Première homélie I,5), voire se font circoncire (Deuxième homélie II,4), nous devons le considérer comme "l'un des premiers leaders du mouvement visant à séparer une Église et une synagogue qui étaient encore étroitement liées". 8
Après avoir établi que le christianisme était un mouvement juif s'adressant à la fois aux Juifs et aux Gentils au cours des Ier et IIe siècles, et qu'il restait sous une forte influence juive au cours des IIIe et IVe siècles, nous pouvons examiner s'il répond aux critères de MacDonald pour une "stratégie évolutive de groupe" juive.
Le christianisme bon pour les Juifs
Les Juifs qui se sont convertis au christianisme au cours des premiers siècles étaient très comparables à ceux qui se sont convertis au cours des siècles suivants, tout en restant attachés à la pureté de leur sang juif. MacDonald fait la remarque suivante sur la sincérité de certains de ces convertis :
"on pourrait noter que les nouveaux chrétiens qui maintenaient un séparatisme de groupe tout en acceptant sincèrement le christianisme s'engageaient en réalité dans une stratégie évolutive très intéressante - un véritable cas de crypsis entièrement analogue à la crypsis dans le monde naturel. Ces personnes seraient encore plus invisibles aux yeux de la société environnante que les crypto-juifs, car elles fréquentaient régulièrement l'église, ne se faisaient pas circoncire, mangeaient du porc, etc., et n'avaient aucun scrupule psychologique à le faire. [...] L'acceptation psychologique du christianisme a peut-être été le meilleur moyen possible de perpétuer le judaïsme en tant que stratégie évolutive de groupe pendant la période de l'Inquisition. 9
Qu'ils aient été sincères, hypocrites ou quelque part entre les deux, les Juifs qui se sont convertis au christianisme au Moyen Âge ont immédiatement récolté des avantages sociaux. Ils pouvaient espérer être considérés comme des égaux par les Gentils, tout en n'étant pas obligés de marier leurs enfants à des non-Juifs. Il en va exactement de même pour les débuts du christianisme paulinien, qui se présentait comme brisant les barrières entre Juifs et Gentils. 10 L'affirmation qu'"il n'y a ni Juif ni Grec" (Galates 3,28) était particulièrement utile pour les convertis juifs.
Le christianisme paulinien doit être considéré comme une extension du judaïsme hellénistique, qui s'employait déjà à affaiblir les barrières entre Juifs et Grecs. Avant, pendant et après les guerres juives dévastatrices (66-135 de notre ère), la plupart des Juifs hellénistiques, en particulier à Alexandrie, prirent leurs distances par rapport à la fièvre messianique des Juifs nationalistes et tentèrent de donner à leur tradition un aspect aussi grec que possible. La théorie obséquieuse de Flavius Josèphe, selon laquelle les Juifs nationalistes n'avaient pas compris que leurs prophéties désignaient en réalité Vespasien comme le véritable Messie (Guerre juive IV), en est un bon exemple. Le christianisme en est un autre. Selon Rodney Stark, "de nombreux Juifs hellénisés de la diaspora trouvaient le christianisme si attrayant précisément parce qu'il les libérait d'une identité ethnique avec laquelle ils n'étaient plus à l'aise". C'est pourquoi "un flux constant et significatif de Juifs hellénisés se convertissant au christianisme s'est probablement poursuivi jusqu'à la fin du IVe ou au début du Ve siècle". 11 Tant que le christianisme restait lié à sa matrice juive, c'est-à-dire pratiquement jusqu'à la fin du IIIe siècle, Les Juifs qui se convertissaient au christianisme ne se détournaient pas entièrement du judaïsme, et ils ne se convertissaient absolument pas à un autre Dieu, mais simplement à une nouvelle identité juive flexible avec une prétention universaliste.
En diffusant le christianisme parmi les Gentils, les chrétiens d'origine juive contribuaient également à l'effort général du judaïsme hellénistique visant à rendre la société païenne plus réceptive à la contribution unique et positive des Juifs au monde. À terme, la conversion de l'Empire romain impliquerait la sacralisation de la nation juive en tant qu'ancien peuple élu de Dieu. Le judaïsme devint la seule religion non chrétienne légale. Par sa "théorie du témoignage", l'Église déclara que la nation juive avait un droit divin d'exister jusqu'à la fin des temps, et que l'Église et l'Empire partageaient la responsabilité divine de la protéger. C'était une amélioration radicale par rapport aux tentatives répétées des empereurs romains, de Vespasien à Hadrien, d'éradiquer complètement la nationalité juive. Cette théorie du témoignage fut inscrite dans la sotériologie catholique par Augustin, et réaffirmée à maintes reprises pour lutter contre les sentiments populaires anti-juifs. Informé des persécutions des Juifs à Cologne et à Mayence pendant sa campagne pour la deuxième croisade, saint Bernard de Clairvaux protesta : "Les Juifs sont pour nous les paroles vivantes de l'Écriture, car ils nous rappellent sans cesse ce que notre Seigneur a souffert. Ils sont dispersés dans le monde entier afin que, par l'expiation de leur crime, ils puissent être partout les témoins vivants de notre rédemption. [...] Si les Juifs sont complètement exterminés, que deviendra notre espoir de leur salut promis, de leur conversion éventuelle ?" 12
Certes, l'Église a également donné aux Gentils une nouvelle raison de haïr les Juifs en tant que tueurs du Christ. Et le christianisme n'a pas rendu les Romains moins "antisémites" qu'ils ne l'étaient lorsqu'ils étaient païens. Mais d'un point de vue stratégique et évolutif, ce n'était pas négatif, car l'hostilité des Gentils a toujours été le meilleur stimulant de la cohésion juive. Les Juifs de la diaspora ont autant besoin de se sentir "choisis pour la haine universelle" (Léon Pinsker, Auto-émancipation, 1882) que de se sentir choisis par Dieu. La situation idéale, d'un point de vue adaptatif, est une société qui maintient les Juifs séparés tout en minimisant la violence à leur égard. La politique de l'Église était en fait très favorable aux intérêts ethniques juifs en interdisant aux Chrétiens de se marier avec des Juifs non baptisés, tout en interdisant aux Chrétiens d'imposer le baptême aux Juifs sous la contrainte ou la menace.
Dans l'ensemble, la christianisation de l'Empire romain a été très favorable au développement de la communauté juive, tant d'un point de vue démographique qu'économique. Le grand historien de l'Antiquité tardive Peter Brown écrit :
"Dans la législation de l'époque, l'humiliation rhétorique du judaïsme en tant que religion coexistait avec de vastes privilèges collectifs accordés aux dirigeants juifs et aux synagogues juives. Bien que le judaïsme ait été qualifié à maintes reprises de "folie impie" (Codex Theodosianus XV,5,5), les dirigeants de la communauté juive - une succession de patriarches en Palestine et d'autres groupes de représentants dans d'autres provinces - reçurent de tous les empereurs chrétiens l'assurance répétée que le judaïsme, contrairement au polythéisme et à de nombreuses formes de christianisme hérétique, n'était "pas une secte interdite par les lois" (C. Th. XVI,8,9). Les synagogues juives bénéficiaient des exemptions associées aux "lieux saints" (C. Th. VII,8,2). Le personnel des synagogues jouissait des mêmes privilèges que le clergé chrétien : car eux aussi étaient des personnes "véritablement dévouées au service de Dieu" (C. Th. XII,1,99)." 13
On peut même affirmer que l'interdiction faite aux Chrétiens de pratiquer l'usure conférait un immense avantage sélectif aux Juifs, et c'est exactement ce que le quatrième concile du Latran a admis en 1215, dans sa Constitution 67, "Sur les usures juives" : "Plus les chrétiens sont empêchés de pratiquer l'usure, plus ils sont opprimés en la matière par la traîtrise des Juifs, de sorte qu'en peu de temps, ceux-ci épuisent les ressources des chrétiens." 14
Le christianisme néfaste pour les Gentils
L'Empire romain constituait un vaste réseau de villes reliées par près de 320 000 kilomètres de routes, sans compter la navigation sur la mer Méditerranée (medius terra). Dans The First Urban Christians, Wayne Meeks écrit que "les habitants de l'Empire romain voyageaient plus loin et plus facilement que quiconque avant eux ou après eux jusqu'au XIXe siècle", et il rapporte pour l'illustrer l'inscription funéraire d'un marchand en Phrygie lui attribuant soixante-douze voyages à Rome, une distance de plus de mille six cent kilomètres. Cette grande mobilité a donné naissance à une population urbaine cosmopolite composée d'individus déracinés souffrant d'une "incohérence de statut". C'est d'eux, estime Meeks, que sont issus la plupart des convertis au christianisme paulinien. Dans l'Église, ils ont trouvé une famille de substitution, des frères et sœurs. "La structure de parenté naturelle dans laquelle la personne est née et qui définissait auparavant sa place et ses liens avec la société est ici supplantée par un nouvel ensemble de relations." 15
Le revers de la médaille est que le christianisme a contribué de manière non négligeable à désacraliser et à déstabiliser la famille romaine traditionnelle. C'est un sujet bien connu, sur lequel j'ai déjà écrit. Il suffit de rappeler Matthieu 10,35-37 : "Car je suis venu mettre la division entre l'homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l'homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi, et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi." Voilà bien l'essence de ce qu'E. Michael Jones appelle "l'esprit révolutionnaire juif". Opposer les fils aux pères, et les épouses aux maris, c'est exactement ce que les milieux juifs ont fait au cours des dernières décennies, comme MacDonald l'a abondamment documenté dans The Culture of Critique.
Tout en attirant des individus désocialisés pour les resocialiser par la conversion, le christianisme a aggravé la désocialisation dont il se nourrissait. En tant que religion du salut, le christianisme enseignait que l'homme n'était pas avant tout un être social trouvant son épanouissement dans la cité, comme l'avait enseigné Aristote, mais un être spirituel aspirant à la "cité de Dieu", où les liens de parenté ne comptent pour rien. La religion romaine était centrée sur la famille, cellule de base de la cité. Il existait des cultes domestiques de Vesta (qui symbolisait la continuité de la vie familiale), des Penates (qui exprimaient la continuité des moyens de subsistance du foyer), des Manes (les ancêtres défunts) et du génie du paterfamilias. 16 Mais le christianisme qualifiait ces cultes de démoniaques, et en 391, l'empereur Théodose promulgua une loi les interdisant même dans l'intimité du foyer. 17
Il peut sembler contre-intuitif de tenir le christianisme pour responsable de la perte des liens familiaux, puisque les chrétiens pratiquants d'aujourd'hui sont les défenseurs des valeurs familiales en Occident. Cela tient au paradoxe que le christianisme est à la fois révolutionnaire et conservateur. Il était révolutionnaire à ses débuts, et conservateur à la fin. Toutes les religions établies sont conservatrices. Mais le conservatisme du christianisme occidental consiste à préserver le peu de structure familiale qu'il n'a pas détruit lors de sa phase révolutionnaire : la famille nucléaire, étape finale avant la désintégration sociale complète. 18 D'une manière très fondamentale, l'individualisme chrétien entre en concurrence avec les valeurs du sang. La morale chrétienne de l'altruisme universel est également intrinsèquement hostile aux valeurs de race, de parenté, de généalogie et de procréation. Cette hostilité s'est traduite dans la politique sociale de l'Église. Comme l'a documenté Jack Goody 19 et comme Kevin MacDonald l'a lui-même reconnu dans Individualism and the Western Liberal Tradition, l'influence de l'Église catholique "visait à détourner la culture occidentale des réseaux de parenté élargis et d'autres institutions collectivistes". 20 Ainsi, la christianisation a progressivement créé la vulnérabilité psychologique et sociologique que les intellectuels et militants juifs exploiteront plus tard pour affaiblir la cohésion syngénique des nations blanches. Si "faire des États-Unis une société multiculturelle a été un objectif juif majeur dès le XIXe siècle", 21 alors il est logique de reconnaître ce même objectif juif dans la fondation du christianisme gentil par Paul de Tarse. Encore une fois, cela ne signifie pas que Paul et ses associés conspiraient contre les Romains. Parce que les Juifs de la diaspora se sentent plus en sécurité dans une société multiculturelle aux valeurs individualistes et universalistes, ils pensent sincèrement qu'une telle société est plus saine - tant que les Juifs peuvent garder le dessus. De ce point de vue, le christianisme a été sans aucun doute utile.
Conclusion
MacDonald a écrit : "Toute discussion sur les Juifs et le judaïsme doit commencer et probablement se terminer par ce lien incroyablement fort qui unit les Juifs entre eux - un lien créé par leur étroite parenté génétique et par l'intensification des mécanismes psychologiques sous-jacents à la cohésion du groupe. Cette puissante complicité entre Juifs se traduit par une capacité accrue à coopérer au sein de groupes très soudés." 22 Si nous nous demandons ce que le christianisme a fait pour affaiblir ce lien incroyablement fort qui unit le peuple juif, la réponse évidente est : absolument rien. Au contraire, il a fourni l'environnement idéal pour le maintien et le renforcement de ce lien. Et alors qu'aucun Romain païen instruit n'avait jamais pris au sérieux la prétention ridicule des Juifs d'être spécialement aimés par le Créateur de l'Univers, les chrétiens ont été sommés de croire à la véracité de cette affirmation. Les Juifs avaient écrit un livre affirmant que Dieu avait choisi les Juifs, et les chrétiens l'ont accepté comme parole de Dieu. Ce faisant, les chrétiens n'ont pas seulement rendu hommage aux Juifs ; ils les ont confortés dans leur illusion. Il est fort probable que sans le christianisme, la nationalité juive se serait effectivement dissoute au IVe ou au Ve siècle.
En résumé, le christianisme a introduit dans le système d'exploitation (le paradigme cognitif dominant) de la société romaine deux chevaux de Troie qui confèrent tous deux à la nation juive un avantage sélectif décisif : il a enseigné aux Gentils que, en vertu de son élection divine, la nation juive est la seule à pouvoir rester distincte, séparée et, à bien des égards, privilégiée ; et il a enseigné aux Gentils que, contrairement aux Juifs, ils ne possèdent aucune identité ethnique ayant une quelconque valeur spirituelle. D'une part, on a postulé que les Juifs formaient une seule nation et qu'ils seraient sauvés collectivement à un moment donné, et d'autre part, on a affirmé que la nationalité n'avait aucune importance pour les Gentils, puisque leur salut est strictement individuel. Les Juifs peuvent continuer à sacraliser la pureté de leur sang, tandis qu'on dit aux Gentils chaque dimanche que seul le sang (juif) du Christ les sauvera. Les chrétiens se sont clairement mis la corde au cou.
Vu sous cet angle, le christianisme ressemble assurément à un complot juif. Mais il ne s'agit pas d'un complot au sens traditionnel du terme : il s'agit plutôt d'une stratégie évolutive (ou adaptative) juive de groupe, au sens où l'entend le professeur Kevin MacDonald.
Post scriptum
Je ne crois pas à la théorie darwinienne ou néo-darwinienne de l'évolution - cette théorie selon laquelle toutes les espèces, des bactéries aux mammifères, auraient évolué les unes à partir des autres simplement par des mutations génétiques aléatoires ou accidentelles, triées par sélection naturelle. Par conséquent, je ne souscris pas aux fondements théoriques de la psychologie évolutionniste. Je pense néanmoins que l'approche de MacDonald possède un grand pouvoir explicatif à un certain niveau général (tout comme, par exemple, la physique newtonienne est suffisante au niveau macroscopique).
En fait, la plupart des arguments de MacDonald sont indépendants de la théorie de Darwin, puisqu'ils traitent exclusivement de groupes humains - qui, cela va sans dire, appartiennent tous à la même espèce. Bien que MacDonald prétende documenter les "stratégies évolutives" de la nation juive, l'expression alternative "stratégies adaptatives", qu'il utilise parfois, est plus appropriée, car ces stratégies ne visent pas à créer une nouvelle espèce et ne sont donc pas évolutives au sens darwinien.
La seule hypothèse nécessaire pour suivre les arguments de MacDonald est que les groupes de parenté (clan, tribus, nations) développent diverses stratégies dans leur lutte pour la survie. Il s'agit là d'une notion évidente, frôlant la tautologie. L'historien du XIVe siècle Ibn Khaldoun n'avait pas besoin de Darwin pour comprendre que la force des Bédouins du désert résidait dans le fait que "chaque combattant n'a qu'une seule pensée, celle de protéger sa tribu et sa famille", c'est-à-dire dans leur solidarité collective.
En réalité, certains ont fait valoir que la notion de sélection de groupe contredit le dogme darwinien, puisque les individus prédisposés à se sacrifier pour le groupe ont moins de chances de survivre et de se reproduire. Les théoriciens darwiniens nient l'existence d'une quelconque contradiction à ce sujet, et Richard Dawkins prétend l'avoir résolue grâce à sa théorie du "gène égoïste" - qui n'est en réalité, comme il l'admet lui-même, qu'une métaphore. Peut-être.
Mais à mon avis, l'évolution des mentalités collectives ne peut s'expliquer par un mécanisme purement darwinien de sélection naturelle, mais nécessite une part de lamarckisme. Un esprit de groupe se constitue par l'accumulation, sur de nombreuses générations, de caractères acquis. Puisque la judéité est étroitement liée à un traumatisme transgénérationnel, je ne peux mieux faire que de citer Sigmund Freud à ce sujet :
"En étudiant les réactions aux traumatismes précoces, nous sommes fréquemment surpris de constater qu'elles ne tiennent pas exclusivement aux événements vécus, mais qu'elles en dérivent d'une façon qui conviendrait bien mieux au prototype d'un événement phylogénique; [...] À y bien réfléchir, avouons que nous avons discuté depuis longtemps comme si la question d'une existence de résidus mnésiques des expériences faites par nos ancêtres ne se posait pas tout à fait indépendamment de la communication directe ou des effets de l'éducation, par exemple. Quand nous parlons de la persistance, chez un peuple, d'une tradition ancienne, de la formation d'un caractère national, c'est à une tradition héréditaire et non à une tradition oralement transmise que nous pensons. Tout au moins ne distinguons-nous pas entre les deux et, ce faisant, nous ne nous rendons pas compte de l'audace que cette négligence implique. Cet état de choses s'aggrave encore, il est vrai, du fait de la biologie qui, à l'heure actuelle, nie absolument l'hérédité des qualités acquises. Avouons, en toute modestie, que malgré cela, il nous paraît impossible de nous passer de ce facteur quand nous cherchons à expliquer l'évolution biologique." (Moïse et le monothéisme)
La nouvelle science de l'épigénétique a également réintroduit un facteur lamarckien, remettant en cause la nécessité de recourir uniquement à la "sélection naturelle" pour expliquer la nature évolutive de la psychologie collective et de la psychopathologie des groupes humains.
1 Le commandement de la circoncision au huitième jour constitue également un facteur puissant de cohésion et de séparation, précisément parce qu'il est traumatisant.
2 Scot McKnight, A Light Among the Gentiles: Jewish missionary activity in the Second Temple period, Fortress Press, 1991, pp. 39, 46, cité dans Kevin MacDonald, A People That Shall Dwell Alone: Judaism as a Group Evolutionary Strategy, with Diaspora Peoples, Praeger, 1994, p. 63.
3 Bart D. Ehrman, The Triumph of Christianity, Simon & Schuster, 2018, p. 99.
4 Rodney Stark, The Rise of Christianity: A Sociologist Reconsiders History, Princeton UP, 1996.
5 Graydon F. Snyder, Ante Pacem: Archaeological Evidence of Church Life Before Constantine, Mercer UP, 1985, p. 2, et Eric M. Meyers, "Early Judaism and Christianity in the Light of Archaeology", Biblical Archaeologist 51, pp. 69-79, cité dans Stark, The Rise of Christianity, op. cit., p. 9.
6 Stark, The Rise of Christianity, op. cit., p. 70.
7 Stark, The Rise of Christianity, op. cit., p. 64.
8 Stark, The Rise of Christianity, op. cit., p. 66.
9 Kevin MacDonald, Separation and Its Discontents: Toward an Evolutionary Theory of Anti-Semitism, Praeger, 1998, p. 277.
10 Par opposition au mouvement issu de l'Église de Jérusalem, qui tenait à rester une secte juive.
11 Stark, The Rise of Christianity, op. cit., pp. 214, 138.
12 Leonard B. Glick, Abraham's Heirs: Jews and Christians in Medieval Europe, Syracuse UP, 1999, p. 122.
13 Peter Brown, "Christianization and religious conflict", dans Averil Cameron et Peter Garnsey, éd., The Late Empire (The Cambridge Ancient History, vol. XIII), Cambridge UP, 2008, p. 632.
14 John Gilchrist, The Church and Economic Activity in the Middle Ages, MacMillan, 1969, p. 182, cité dans MacDonald, A People That Shall Dwell Alone, op. cit., p. 243.
15 Wayne A. Meeks, The First Urban Christians: The Social World of the Apostle Paul, Yale UP, 1983, pp. 17, 88.
16 William Warde Fowler, Roman Ideas of Deity in the Last Century before the Christian Era, MacMillan, 1914.
17 Bart D. Ehrman, The Triumph of Christianity: How a Forbidden Religion Swept the World, Oneworld Publications, 2018, p. 252.
18 David Brooks, "The Nuclear Family was a Mistake", mars 2020, www.theatlantic.com
19 Jack Goody, The Development of the Family and Marriage in Europe, Cambridge UP, 1983. Joseph Henrich s'appuie sur les travaux de Goody dans The WEIRDest People on the World: How the West Became Psychologically Peculiar and Particularly Prosperous, Farrar, Strauss & Giroux, 2020.
20 Kevin MacDonald, Individualism and the Western Liberal Tradition: Evolutionary Origins, History, and Prospects for the Future, éd. rév., KDP, 2023, p. 159.
21 Kevin MacDonald, The Culture of Critique: An Evolutionary Analysis of Jewish Involvement in Twentieth-Century Intellectual and Political Movements, Praeger, 1998, p. 259.
22 Kevin MacDonald, Insurrections culturelles : Essais sur les civilisations occidentales, l'influence juive et l'antisémitisme, The Occidental Press, 2007, p. 34.