19/04/2026 reseauinternational.net  5min #311518

Les partisans de Maga sont de plus en plus convaincus que la tentative d'assassinat de Trump était une mise en scène

par Raphael Besliu

Le mouvement MAGA est-il en train de se fissurer ? Les signes se multiplient, et ils sont d'une nature particulièrement révélatrice : une partie de la base trumpiste la plus engagée commence désormais à mettre en doute la réalité même de l'attentat de Butler, en Pennsylvanie, qui avait failli coûter la vie à Donald Trump en juillet 2024. Ce glissement conspirationniste n'est pas anecdotique. Il dit quelque chose de profond sur l'état d'un mouvement politique dont la cohésion reposait, depuis l'origine, moins sur un programme que sur une allégeance personnelle.

Le détonateur de cette nouvelle vague de défiance est identifiable. Joe Kent, ancien directeur du Centre national antiterroriste et récemment démissionnaire de l'administration Trump en désaccord avec la politique iranienne du président, a affirmé sur le plateau de Tucker Carlson que les investigations sur la fusillade de Butler avaient été interrompues avant leur terme. Sans apporter de preuves à l'appui de cette affirmation, il a ajouté, en guise d'avertissement prémonitoire : "Si vous ne voulez pas répondre à cette question, vous vous taisez et vous dites que vous ne pouvez pas la poser. Ce qui crée alors des situations où des gens surgissent de nulle part et tirent leurs propres conclusions". La prophétie s'est auto-réalisée avec une rapidité déconcertante.

"Depuis la tentative d'assassinat dont il a été victime, Trump n'a manifesté aucun intérêt pour enquêter sur ce qui s'est réellement passé. Il n'en parle jamais, comme si cela n'avait jamais eu lieu, sauf lorsqu'il nous dit qu'il a reçu une balle pour nous" Trisha Hope, déléguée républicaine du Texas à la convention nationale de 2024

Ce que pointe Trisha Hope, déléguée républicaine du Texas lors de la convention nationale de 2024, est moins une théorie complotiste qu'une observation politique : l'absence de Trump lui-même dans la demande de transparence sur un événement dont il fut la victime directe. Cette passivité étonne une partie de sa base, habituée à un personnage qui, d'ordinaire, n'hésite pas à s'emparer de chaque incident pour en faire un levier narratif.

Une partie de la base MAGA évoque désormais une possible "mise en scène" de l'attentat de Butler. En cause : l'absence d'enquête mise en avant publiquement, le silence relatif de Donald Trump sur le sujet, et les déclarations non étayées de certains anciens soutiens. Les...  pic.twitter.com/abaOIktlCr

- GÉOPOLITIQUE PROFONDE (@GPTVoff)  April 18, 2026

Quand le mythe fondateur vacille

L'attentat de Butler n'était pas un événement parmi d'autres dans la cosmologie MAGA. Il avait été érigé en moment christique : l'image de Trump, le poing levé, le sang sur la joue, avait fait le tour du monde et renforcé le récit d'un homme providentiel que ses ennemis cherchaient à abattre. Cette image avait une force politique considérable. Aujourd'hui, c'est précisément cette sacralisation qui se retourne contre lui.

Le comédien Tim Dillon, connu pour sa proximité avec l'univers trumpiste, a déclaré publiquement qu'il pensait que l'attentat avait peut-être été mis en scène. Candace Owens, figure de la droite radicale qui a depuis rompu avec Trump, va encore plus loin en désignant Miriam Adelson, milliardaire israélo-américaine et donatrice républicaine, comme commanditaire de l'attentat, au motif que Trump n'aurait pas tenu sa promesse d'autoriser l'annexion israélienne de la Cisjordanie occupée. Ali Alexander, figure du mouvement "Stop the Steal", propose quant à lui une lecture eschatologique : si Trump n'a pas bénéficié d'un miracle divin à Butler, il pourrait s'agir d'un signe annonçant l'Antéchrist.

Ces théories sont contradictoires entre elles, ce qui est en soi révélateur. Elles ne forment pas un récit alternatif cohérent : elles expriment une désorientation. Quand une base militante commence à produire des explications mutuellement exclusives d'un même événement fondateur, c'est le signe que le ciment idéologique qui la tenait ensemble s'effrite.

Photo en Jésus-Christ : Trump menace l'autorité du Vatican - GPTV

La mécanique d'un désenchantement

Ce phénomène ne surgit pas du néant. Il s'inscrit dans un contexte de ruptures multiples entre Trump et sa coalition originelle. La décision de s'engager militairement contre l'Iran, en contradiction frontale avec les promesses de campagne d'un retrait des aventures guerrières au Moyen-Orient, a provoqué des défections significatives, dont celle de Joe Kent. Des frictions avec l'Église catholique et certaines formulations présidentielles, perçues comme des comparaisons implicites avec le Christ, ont également contribué à troubler une fraction de l'électorat évangélique et conservateur traditionnel.

Ce qui se joue ici est une dynamique classique dans les mouvements à forte charge identitaire et personnaliste : lorsque le leader réel ne correspond plus au leader mythifié, la dissonance cognitive peut produire deux réactions opposées, soit le maintien inconditionnel de la loyauté, soit le rejet brutal accompagné d'une réécriture rétrospective de l'histoire. La théorie de l'attentat mis en scène appartient à cette seconde catégorie. Elle permet à ceux qui se sentent trahis de préserver leur cohérence interne : ils n'ont pas été dupes d'un homme, ils ont été victimes d'une manipulation.

Sur le plan de l'équilibre des forces internes au Parti républicain, ces fissures méritent d'être observées avec attention. Le trumpisme avait réussi l'exploit de fédérer des sensibilités très diverses, libertariens, évangéliques, nationalistes économiques, populistes anti-establishment, autour d'une figure et d'un style plutôt que d'une doctrine unifiée. Cette architecture, efficace en phase de conquête, se révèle fragile en phase d'exercice du pouvoir, quand les arbitrages concrets entrent en collision avec les promesses symboliques. La question qui se pose désormais est de savoir si ces turbulences constituent une crise passagère ou le début d'une recomposition plus profonde de la droite américaine, et qui, le cas échéant, en bénéficierait.

source :  Géopolitique Profonde

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