
Par Scott Ritter, le 19 avril 2026
Pendant près de 40 jours, Israël et les États-Unis ont lancé une offensive aérienne massive contre l'Iran, avec pour objectif de renverser le gouvernement et neutraliser les capacités de défense du pays. Cette campagne n'a atteint aucun de ses objectifs déclarés. Elle s'est au contraire soldée par une manipulation des chiffres, militaires et politiciens vendant des résultats fantaisistes à un public peu averti. Le gouvernement iranien a non seulement résisté aux tentatives de décapitation du pouvoir, mais il a en réalité renforcé son autorité lorsque le peuple iranien, au lieu de se retourner contre la République islamique, s'est rallié à sa cause. En outre, plutôt que d'affaiblir la capacité des Iraniens à riposter avec des missiles balistiques et des drones contre les bases militaires américaines et les infrastructures sensibles des pays arabes du Golfe et d'Israël, l'Iran a non seulement renforcé sa capacité de frappe, mais a déployé de nouvelles générations d'armes capables de contourner n'importe quel système de défense antimissile tout en détruisant, grâce à des renseignements permettant un ciblage précis, des infrastructures militaires vitales évaluées à plusieurs dizaines de milliards de dollars.
Les experts régionaux mettaient depuis longtemps en garde contre les conséquences d'un conflit existentiel avec l'Iran, soulignant que l'Iran n'acceptera pas d'être rayé de la carte en tant qu'État-nation sans veiller à ce que les autres nations de la région soient elles-mêmes confrontées à des menaces existentielles similaires pesant sur leur survie, et que la sécurité énergétique mondiale soit perturbée au point de déclencher une crise économique mondiale. Ces évaluations ont été confortées par la conviction que l'Iran est non seulement capable de bloquer le trafic maritime transitant par le détroit d'Ormuz, mais aussi de cibler et détruire le potentiel énergétique essentiel des États arabes du Golfe.
Les responsables politiques et planificateurs militaires aux États-Unis et en Israël n'ont pas contesté la capacité de l'Iran à perturber les marchés énergétiques mondiaux ou à frapper des cibles en Israël et dans la région du Golfe.
Ils savent que l'Iran en a les moyens.
Ils pensaient simplement qu'ils parviendraient à renverser le gouvernement de Téhéran dans un délai relativement bref pour neutraliser toute menace potentielle de l'Iran sur les approvisionnements et les infrastructures énergétiques.
Ils ont eu tort, d'où l'urgence des États-Unis à trouver une issue à la guerre peu après son déclenchement.
Le résultat final est le cessez-le-feu actuel, conclu sous prétexte de permettre aux négociateurs américains et iraniens de se donner le temps d'élaborer un plan de paix durable.
Mais le problème de fond demeure.
Alors que l'Iran a abordé les négociations actuelles de manière pragmatique et réaliste, en s'attachant à résoudre les principaux points de divergence entre les États-Unis et l'Iran, les États-Unis sont otages des lubies politisées d'un président américain soucieux de façonner l'opinion publique nationale pour transformer la réalité d'une défaite humiliante en apparence d'une victoire éclatante.
Le président Trump s'est présenté aux élections sur un programme promettant de soustraire l'Amérique aux interventions militaires coûteuses et prolongées qui ont marqué les États-Unis depuis le début du XXIe siècle.
La guerre avec l'Iran a démenti cette promesse.
Ce mensonge, combiné à de nombreuses erreurs politiques au cours de la première année et demie de son second mandat, compromet l'héritage politique du président Trump, alors que des élections de mi-mandat décisives approchent et menacent de renverser l'équilibre des pouvoirs au Congrès américain au détriment du Parti républicain et au profit du Parti démocrate. Si les républicains perdent la Chambre des représentants, la destitution de Donald Trump est pratiquement inévitable. Cela suffirait à sceller la fin du programme législatif de Trump. Mais si les Démocrates remportent également le Sénat, avec une marge suffisante, Trump se retrouvera non seulement destitué, mais peut-être condamné.
Et cela signifierait non seulement la fin de la présidence Trump, mais aussi la fin de l'image de marque Trump, que le milliardaire a soigneusement cultivée tout au long de sa vie, pour en faire un véritable culte de la personnalité qui a redéfini la politique américaine.
L'Iran aborde le cycle actuel de négociations en se focalisant sur les aspects pratiques et les réalités de la géopolitique et de la sécurité nationale.
Trump cherche à façonner l'opinion publique à des fins politiques.
Ces ambitions ne sont pas compatibles, d'autant que l'Iran sort vainqueur d'une guerre qu'il voulait éviter, tandis que Trump tente de présenter une version consacrant sa victoire dans un conflit où il n'aurait jamais dû s'engager, un conflit qu'il a perdu, et dont il doit désormais présenter une version qui lui soit politiquement favorable.
Prenons l'impasse actuelle du détroit d'Ormuz.
L'Iran a pris le contrôle de l'ensemble du trafic maritime transitant par cette voie navigable stratégique et, en filtrant les navires autorisés, a provoqué une crise énergétique mondiale aux conséquences désastreuses pour les alliés des États-Unis en Europe et en Asie.
Les États-Unis, confrontés à une impasse militaire dans le détroit d'Ormuz, ont été contraints de se tourner vers la diplomatie pour résoudre une crise dont ils sont seuls responsables.
D'autres questions en suspens demeurent, comme le stock d'uranium enrichi à 60 % détenu par l'Iran (que les États-Unis auraient apparemment tenté de saisir lors d'un raid des forces spéciales qui a échoué), ou encore le programme nucléaire iranien en général, dont les États-Unis affirment qu'il ne peut se poursuivre que si l'Iran renonce définitivement à l'enrichissement, ce que l'Iran refuse catégoriquement.
Les États-Unis veulent également mettre un frein aux programmes de missiles balistiques de l'Iran, alors que ce sont précisément ces missiles qui ont permis à Téhéran de dominer militairement les États-Unis, Israël et les États arabes du Golfe.
Les États-Unis insistent également pour que l'Iran rompe ses relations avec ses alliés régionaux comme le Hezbollah au Liban (engagé dans un conflit sans issue avec Israël depuis l'occupation permanente du sud du Liban par l'État hébreu) et le mouvement Ansar Allah au Yémen, opposé depuis 2014 à l'agression menée par l'Arabie saoudite.
On sait pertinemment que l'Iran n'acceptera jamais aucune de ces conditions, surtout après être sorti vainqueur grâce notamment aux moyens non nucléaires que le pays a déployés.
Et c'est là que le bât blesse.
Trump a largement adhéré à la vision d'Israël, pour qui la victoire passe par la capitulation de l'Iran sur tous les points susmentionnés.
Une capitulation que l'Iran n'acceptera jamais.
Trump se caractérise par l'absence totale de talent politique en matière de communication au service de son électorat.
Au lieu de s'attribuer le mérite d'avoir convaincu l'Iran d'ouvrir le détroit d'Ormuz, Trump s'obstine à jouer les durs en maintenant un blocus naval fictif, incitant ainsi l'Iran à revoir sa position et à boucler le détroit.
Et à mettre fin aux négociations.
Trump est donc coincé dans l'impasse où il s'est lui-même engagé.
Avec pour seule issue la reprise des opérations militaires dont l'inefficacité face à l'Iran est pourtant avérée et qui, si elles reprennent, auront des implications dévastatrices sur les marchés énergétiques mondiaux - ce que Trump tentait précisément d'éviter en négociant le cessez-le-feu.
Mais d'autres conséquences pourraient s'ensuivre.
L'Iran en est à un stade du conflit où tenter de maîtriser l'escalade s'avère contre-productif.
Si les États-Unis choisissent de reprendre leur offensive contre l'Iran, avec ou sans Israël, l'Iran n'aura d'autre choix que de frapper en plein cœur, et sans attendre.
De frapper non seulement les capacités de production énergétique des acteurs régionaux, comme les Émirats arabes unis, l'Arabie saoudite, le Koweït et Bahreïn, qui continuent d'apporter leur soutien aux États-Unis dans le conflit avec l'Iran, mais aussi leurs usines de dessalement d'eau et leurs centrales électriques.
Pour priver ces nations de l'accès à l'eau dont elles ont besoin pour survivre.
Et de l'électricité nécessaire au fonctionnement du système de climatisation des gratte-ciel symboles de leur statut d'"oasis des civilisations modernes".
Les mois chauds de l'été approchent.
Si l'Iran prive ces pays d'eau et de climatisation, les États arabes modernes du Golfe seront inhabitables.
Des villes comme Dubaï et Abou Dhabi deviendront invivables. Idem pour Kuwait City, Riyad et Manama.
Tout ce que les dirigeants de ces nations du Golfe ont rêvé d'accomplir ces dernières décennies sera réduit à néant, et des villes fantômes succéderont aux métropoles florissantes.
Et l'Iran fera probablement de même en Israël, détruisant les infrastructures essentielles dont la petite enclave sioniste dépend pour survivre en tant qu'État-nation moderne.
La terre d'abondance, de lait et de miel, sera alors inhabitable pour des millions d'Israéliens qui n'auront d'autre choix que de regagner leurs pays d'origine.
Ce sont là des certitudes - les conséquences de la reprise des opérations militaires contre l'Iran n'ont rien d'un mystère.
On cite souvent Albert Einstein pour avoir un jour déclaré que la définition de la folie consiste à répéter sans cesse le même schéma et en s'attendant à un résultat différent.
Les États-Unis et Israël ont lancé une attaque surprise contre l'Iran en mobilisant toute la puissance de leurs forces aériennes respectives.
Et ils ont échoué.
Aujourd'hui, l'Iran est prêt à affronter une frappe conjointe américano-israélienne dont la puissance destructrice égalera, sans la surpasser, la puissance des frappes initiales.
Et l'Iran ripostera par des attaques de missiles et de drones dont l'ampleur dépassera de loin ses représailles précédentes.
L'Iran va mettre fin au cycle d'escalade en frappant directement à la jugulaire.
Et Trump n'aura pas le temps de comprendre ce qui lui tombe dessus.
Les effets de l'incompétence sont bien réels.
C'est ce que Trump et le peuple américain sont sur le point de réaliser en temps réel si les États-Unis mettent leurs menaces à exécution et reprennent les bombardements contre l'Iran dans les jours prochains.
Traduit par Spirit of Free Speech