
par AAFC
Après la défaite du Troisième Reich, d'anciens Waffen-SS français ont poursuivi leur combat contre le "bolchévisme" en s'engageant pour les uns au Vietnam, pour les autres en Corée, comme ont permis de le documenter les travaux d'archives conduits sur les quelques 3 421 hommes de bataillon français de Corée que dirigeait le général Monclar.
Le Parti communiste français, qui dénonçait la guerre au Vietnam et en Corée, avait souligné le profil d'anciens engagés du bataillon Monclar qui avaient naguère revêtu l'uniforme de la Waffen-SS. Comme le rappelle le journal La Marseillaise, ce sont "en très grande majorité d'anciens vétérans () Parmi eux, énorme scandale pour l'armée française, il y a d'anciens Waffen-SS français (de la division SS"Charlemagne"), engagés sur serment de ne pas avoir pris les armes contre d'autres Français pendant le second conflit mondial". Les convictions politiques jouaient un rôle souvent décisif dans l'engagement sur le front coréen.
Pour l'armée française, ces engagés volontaires étaient des soldats comme les autres, devenus des combattants indépendamment de leur passé, et qui pouvaient se racheter - y compris lorsqu'ils avaient été poursuivis pour faits de collaboration.
On doit aux travaux de l'historien Jean-François Boulagnon, qui a soutenu une thèse de doctorat à Montpellier en 2008 puis publié un ouvrage aux éditions Grancher en 2011, d'avoir pu documenter officiellement cet aspect occulté - du moins dans la mémoire officielle de l'armée française - de l'histoire du bataillon français de l'ONU en Corée.
Jean-François Boulagnon a dépouillé, au Service Historique de la Défense, les 3421 dossiers des hommes ayant combattu dans le bataillon de Corée : il a pu identifier formellement une quinzaine d'anciens de la Waffen-SS, principalement de la division Charlemagne. Il s'agit d'une estimation minimale, car beaucoup de combattants pouvaient dissimuler leur nom sous une identité d'emprunt. D'autres, sensiblement plus nombreux, avaient servi dans la Légion des volontaires français contre le bolchévisme (LVF) et la Milice.
Un phénomène certes minoritaire, mais pas totalement marginal, qui rappelle que pour nombre d'anciens pétainistes, voire nazis, la défaite de l'Allemagne hitlérienne exigeait à présent de lutter contre le communisme. Et certains, toujours baroudeurs, ont pu voir dans la guerre de Corée la possibilité d'une rédemption.
sources :
Le bataillon français de l'ONU en Corée : 1950-1953, thèse soutenue par Jean-François Boulagnon à l'Université Montpellier III en 2008 sous la direction de Jules Maurin.
Jean-François Boulagnon, Le Bataillon français de l'ONU en Corée, Éditions Grancher, 2011.
source : Association d'amitié franco-coréenne