20/04/2026 reseauinternational.net  5min #311612

La guerre au Moyen-Orient : bilan du 19 avril

Le détroit d'Ormuz de nouveau officiellement bloqué

L'auteur, Youri Podoliakov, est un analyste militaire russe dont les commentaires sur les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine sont très suivis dans l'espace post‑soviétique. Dans le quatrième paragraphe, il insère une parenthèse très révélatrice de l'angle russe : "puisque nous n'arrivons pas à nous écarter nous-mêmes de ce paradigme". Podoliakov reconnaît ici implicitement que son propre pays reste prisonnier du même paradigme centré sur l'Occident et le dollar. Cette autocritique, qui n'est pas rare sous sa plume, suggère que Moscou n'a pas su ou pas pu s'émanciper de ce cadre. Dès lors, l'Iran devient le "suppléant" qui ose ce que la Russie n'a pas fait : montrer aux USA leur véritable place. C'est à la fois une admiration pour Téhéran et un reproche voilé adressé aux propres élites russes.

Fausto Giudice

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par Youri Podoliakov

Derrière les fanfaronnades publiques de Trump sur la guerre, il est aux prises avec ses propres peurs. Le style impulsif du président n'a encore jamais été mis à l'épreuve dans le cadre d'un conflit militaire de longue haleine ; en repensant à Jimmy Carter. WSJ, 18 avril 2026

Cela s'est produit alors que l'Iran n'avait reçu aucun geste en retour de la part des États-Unis, à savoir la levée du blocus naval américain sur les exportations iraniennes.

En général, je suis stupéfait par l'arrogance du soi-disant Occident, qui continue de penser qu'il est le "nombril du monde" et que tout tournera toujours autour de lui, guettant ses paroles dans l'espoir d'entendre un "approbateur" et de voir de la "bienveillance" dans ses actions.

Ces mouffettes qui ont infesté la planète de haine et de méfiance continuent de penser dans le paradigme selon lequel le monde tourne autour d'eux, et l'économie mondiale autour de leur système du dollar.

Et apparemment, l'Iran (puisque nous [la Russie] n'arrivons pas à nous écarter nous-mêmes de ce paradigme) sera le pays qui montrera aux USA (et derrière eux, à l'Europe) leur véritable place dans la configuration mondiale actuelle.

Bref, l'Iran a exprimé son mécontentement et l'a soutenu par des actes concrets. À l'heure actuelle, le détroit est fermé. Les seuls navires que l'Iran a accepté de laisser sortir (contre de l'argent, probablement) sont deux grands paquebots de croisière bloqués dans le golfe Persique depuis février. Cela a de nouveau fait grimper les prix du pétrole à des niveaux élevés. De plus, toutes les tentatives des "manipulateurs boursiers" menés par Trump pour faire baisser le prix réel de l'or noir se soldent par des échecs.

Certains pétroles (particulièrement rares) livrés "dans les jours à venir" se négocient déjà à près de 200 dollars le baril. Et rien n'indique pour l'instant que les choses vont s'améliorer pour les consommateurs dans un proche avenir.

Dans ce contexte, le journal WSJ  a publié hier [18 avril] un article dans lequel, citant ses sources au Pentagone (et il en a bien), Trump aurait eu peur de s'emparer de l'île iranienne de Kharg, craignant de lourdes pertes. Et ce genre de fuites ne fait qu'encourager les Iraniens à pousser Trump jusqu'au bout...

Par ailleurs, visiblement en serrant les dents de rage mais sans aucun moyen de changer la donne, les USA ont été contraints d'autoriser (jusqu'au 16 mai) les transactions avec le pétrole russe. Et ce n'est pas seulement à cause du prix élevé. De toute évidence, même sans leur accord, dans les conditions actuelles, le pétrole russe aurait de toute façon été vendu. La raison en est la décision de l'Inde (avant cette nouvelle "autorisation") de continuer à acheter à la Russie. Ainsi que la visite du président indonésien [à Moscou], qui a également (à ce moment-là contre la volonté des USA) exprimé son souhait de faire de même à long terme.

Ainsi, le lien de cause à effet est le suivant : après avoir constaté que tout le monde se moquait de leurs interdictions, Trump, pour ne pas passer pour un perdant complet, a "gracieusement" permis aux pays de faire ce qu'ILS AVAIENT DÉJÀ FAIT EN RÉALITÉ.

Et il est clair que cela n'a trompé personne. Mais cela a montré une fois de plus que les USA deviennent de plus en plus édentés en matière de pression par les sanctions. Autrement dit, cet instrument de pression sur le monde, autrefois très important, se transforme en un leurre. Plus encore, comme le montre l'expérience des contre-sanctions de la Chine contre les USA, c'est Pékin qui peut aujourd'hui utiliser cet outil plus efficacement que Washington.

Et la seule chose que Trump peut faire maintenant, c'est lancer des nouvelles fracassantes et s'enrichir personnellement (via ses amis). Ainsi, cette fois encore, quelques minutes seulement avant son annonce sensationnelle sur la levée du blocus du détroit d'Ormuz (qui, après 24 heures, s'est déjà transformée en une profanation), quelqu'un a parié 760 millions de dollars sur une chute brutale des prix du pétrole. Et, ô miracle, il a encore gagné.

Dans ce contexte, l'Iran continue de perfectionner les mécanismes financiers et juridiques de son contrôle désormais total sur le détroit d'Ormuz. De nombreux pays établissent une coopération avec lui (via les cryptomonnaies et le yuan) pour le paiement du passage. Et Téhéran transforme progressivement cela en un système. De plus, sa justification (pourquoi il prélève une taxe) est qu'il garantit ainsi la sécurité du passage. Contrairement à tous les autres (lisez les USA), qui ne peuvent pas le garantir.

C'est donc à la fois une gifle pour Trump et... un flux financier qui pourrait devenir l'une des sources les plus importantes de revenus pour le trésor iranien.

Également, compte tenu de tout ce qui précède, l'Iran a déclaré hier qu'il ne savait pas quand pourrait commencer le prochain cycle de négociations avec les USA (on avait écrit plus tôt que ce serait aujourd'hui [19 avril]). Mais elles ne commenceront certainement pas tant que le blocus de la côte iranienne par la marine usaméricaine sera en place. Et il n'est pas difficile de comprendre cette fermeté. Car les USA semblent avoir perdu aussi ce round (diplomatique) de la lutte contre Téhéran. Comme ils ont déjà perdu la bataille pour le contrôle physique du détroit d'Ormuz. Et maintenant, sur le plan diplomatique, l'Iran tente de consolider cette victoire. Et pour longtemps.

Dans ce contexte, comprenant qu'il ne faut plus se retenir (et n'ayant pas tenu ne serait-ce qu'un jour), Israël a de nouveau commencé à frapper le sud du Liban. Et a poursuivi, avec les unités de Tsahal, son occupation lente et rampante.

source :  Yura Sumy via  Fausto Giudice

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