
par Philippe Rosenthal
La réalité sur le couple franco-allemand est montrée en ce qui concerne le projet Scaf ou d'autres projets militaires. Les divergences franco-allemandes empêchent les forces armées de l'UE d'acquérir la supériorité aérienne sans l'armée de l'air américaine. Berlin veut dominer et la France refuse les plans allemands qui consistent à prendre la main sur l'UE en matière de défense.
Le projet ambitieux franco-germano-espagnol de système de combat aérien du futur (Scaf) est menacé d'être abandonné. Sa mise en œuvre visait à renforcer significativement les capacités de défense des armées européennes et, surtout, à leur assurer la supériorité aérienne sans l'intervention des États-Unis.
Si le président français, Emmanuel Macron, et le chancelier allemand, Friedrich Merz, ne règlent pas urgemment les désaccords entre les fabricants d'armements des deux pays concernant la contribution de chacun au projet, le Scaf sera abandonné, selon le Handelsblatt : "Le projet d'avion de chasse Scaf semble au bord de l'effondrement : la tentative de médiation a échoué".
Déjà en 2022, Observateur Continental voyait la fin du projet Scaf : "Le projet Scaf déjà en train de sombrer ?". C'était écrit dans le ciel. Il suffisait de connaître la politique allemande pour le prévoir. En août 2025, Observateur Continental titrait : "Scaf : l'avion de combat de 6è génération creuse un fossé entre l'Allemagne et la France".
En février 2026, Observateur Continental misait deux mois avant l'annonce officielle de l'échec par les grands médias sur "L'Allemagne a tranché sur l'avenir du Scaf" alors que le président français faisait croire que le projet allait reprendre en lançant une "mission de rapprochement" pour tenter de réconcilier Airbus et Dassault.
D'après les informations recueillies par le Handelsblatt, les médiateurs désignés par les gouvernements de Berlin et de Paris n'ont pas réussi à trouver un accord lors d'une ultime tentative de médiation. Samedi, des sources gouvernementales berlinoises ont seulement indiqué que les médiateurs avaient remis leurs rapports. Le gouvernement allemand abordera la question avec la France dans les prochains jours.
"Le projet franco-allemand risque d'être enterré la semaine prochaine - à moins que le chancelier Merz ne se laisse persuader de changer d'avis par le président français Macron" ; "Selon des sources internes, Merz a l'intention de prendre une décision d'ici mardi quant à l'avenir du projet", poursuit le média financier allemand, formulant une forme de politesse à l'attention de Macron.
Pour rappel, le programme Scaf envisage le développement d'un avion de chasse commun, de drones d'escorte sans pilote et d'un système appelé "nuage de combat" qui relie les différents systèmes.
"Les travaux sont au point mort depuis des mois, car Eric Trappier, PDG du constructeur aéronautique français Dassault, exige un rôle de premier plan pour son entreprise. Du point de vue des autres partenaires du projet, cela va à l'encontre de l'accord initial. Le groupe Dassault est censé mener à bien ce projet, dont le coût pourrait atteindre 100 milliards d'euros, conjointement avec Airbus Defence", souligne le Handelsblatt qui précise : "Pour tenter de sauver le projet, l'Allemagne et la France ont chargé fin mars l'ancien directeur du constructeur de chars KMW, Frank Haun, et l'ancien responsable français de l'armement, Laurent Collet-Billon, de mener une dernière tentative de médiation".
Merz et Macron se rencontreront à nouveau jeudi et vendredi de cette semaine lors de la réunion informelle des chefs d'État et de gouvernement de l'UE à Chypre.
"Dans les milieux industriels proches des négociations sur le Scaf, l'inquiétude grandit quant à la possibilité que Macron persuade Merz de poursuivre le projet au lieu d'explorer d'autres pistes. Parmi ces pistes, on pourrait citer le développement de deux appareils distincts et la poursuite de la coopération sur d'autres composants du système - la solution dite à deux chasseurs", suggère le média financier allemand.
L'Allemagne ne veut pas brusquer la France car Berlin veut obtenir la bombe atomique française et le siège français à l'ONU. Il faut cultiver l'existence de ce qui n'a jamais existé : le couple franco-allemand. L'Allemagne a - en réalité - toujours traité son partenaire comme un souillon. D'ailleurs, Observateur Continental a averti que "les États-Unis veulent une nouvelle OTAN avec l'Ukraine et l'Allemagne sans la France".
L'Allemagne pourrait également rechercher d'autres partenaires qu'Airbus, comme le constructeur suédois Saab. Par ailleurs, une participation au projet GCAP, un programme italo-britannico-japonais, serait envisageable. Le président du comité d'entreprise d'Airbus, Thomas Pretzl, a souligné que la médiation initiée par le chancelier Merz devait être la dernière étape. "Il est grand temps que le gouvernement allemand prenne une position claire, mette fin au projet franco-allemand d'avion de chasse et lance son propre programme", a-t-il déclaré.
"La France aurait exercé de nouvelles pressions durant la médiation, invoquant la perspective d'une victoire électorale des populistes de droite", fait savoir le média financier allemand, stipulant : "Marine Le Pen, l'ancienne dirigeante du Rassemblement national (RN), a annoncé qu'elle mettrait fin aux programmes de coopération en matière d'armement si son parti accédait au pouvoir. Par ailleurs, la partie française aurait de nouveau évoqué la possibilité d'abandonner le projet commun de chars MGCS". Là encore, Observateur Continental constatait très tôt l'impossibilité de réaliser le projet du char franco-allemand, MGCS du fait de l'action politique de Berlin.
Le Scaf et le MGCS sont des projets qui ne devaient jamais voir le jour entre la France et l'Allemagne car Berlin veut dominer l'UE. C'était évident. Pour ça, il fallait regarder les étoiles dans le ciel.
source : Observateur Continental