22/04/2026 arretsurinfo.ch  5min #311803

Les colons israéliens utilisent les violences sexuelles pour accélérer les déplacements forcés

PHOTO D'ARCHIVE. © Getty Images / Wisam Hashlamoun ; Anadolu


Cisjordanie : la violence sexuelle alimente le déplacement des Palestiniens
Des colons israéliens soumettent les Palestiniens à des violences sexualisées et à d'autres formes d'abus fondés sur le genre dans un environnement coercitif plus large qui provoque des déplacements à travers la Cisjordanie, selon un nouveau rapport du West Bank Protection Consortium. Les conclusions mettent en évidence un schéma de coercition qui s'immisce dans les foyers, cible les corps et laisse les familles dans l'incapacité de rester.

Communiqué de presse
Publié le 20 avril 2026

Plus de 70 % des ménages déplacés interrogés ont identifié les menaces visant les femmes et les enfants, en particulier les violences sexualisées, comme le facteur décisif de leur décision de fuir. Les survivants ont décrit du harcèlement, des agressions et des actes d'intimidation commis par des colons israéliens à l'intérieur même de leurs foyers. Des hommes et des garçons ont signalé des dénudements forcés, des humiliations sexualisées et des traitements dégradants. Ces abus s'inscrivent dans un schéma plus large d'attaques de colons, combiné à des restrictions de mouvement imposées par Israël et à des démolitions, entraînant un déclin économique. Ensemble, ces pressions rendent la vie sur place intenable, forçant les communautés à quitter leurs foyers sous la contrainte plutôt que par choix.

"La violence sexuelle n'est pas accessoire dans cette crise. Elle constitue l'un des mécanismes qui poussent les populations à quitter leurs terres", a déclaré Allegra Pacheco, cheffe de mission du West Bank Protection Consortium. "Le rapport montre comment les auteurs ciblent femmes, hommes et enfants d'une manière qui fragmente les familles et prive les communautés de la capacité de rester. Lorsque des conditions coercitives ne laissent aux personnes aucun véritable choix autre que de partir, cela équivaut à un transfert forcé au regard du droit international."

Sous une pression constante, les familles adoptent des stratégies d'adaptation extrêmes. Beaucoup se séparent, envoyant femmes et enfants ailleurs en raison du risque accru, tandis que les hommes restent pour protéger les maisons, les terres et le bétail — un schéma qui précède souvent un déplacement total. D'autres retirent les filles de l'école ou organisent des mariages précoces afin de réduire leur exposition aux dangers.

Le déplacement transforme tous les aspects de la vie. Les ménages ont signalé les effets d'une exposition prolongée à la violence des colons, y compris les abus sexualisés documentés dans le rapport. 92 % des ménages affectés interrogés ont perdu l'accès à leurs terres, 88 % ont perdu leur logement et 84 % ont perdu des biens essentiels. Plus de la moitié ont perdu leurs moyens de subsistance, tandis que 40 % des enfants n'ont plus accès à l'éducation. Les femmes signalent des niveaux très élevés de détresse psychologique, ainsi qu'une peur persistante, une instabilité et une exposition à de nouvelles violences après leur relocalisation.

Les incidents se produisent fréquemment en présence des forces israéliennes, qui n'interviennent pas pour stopper les attaques ni faire respecter la loi, renforçant ainsi un climat d'impunité qui permet la poursuite des abus. Ce manque durable de responsabilité consolide l'environnement coercitif. Le rapport identifie ces conditions comme des signes avant-coureurs d'un risque croissant d'atrocités, notamment le ciblage systématique d'une population civile, une violence tolérée et facilitée par des acteurs non étatiques, et l'absence de protection juridique effective.

"C'est ainsi que les communautés sont vidées : non pas en un instant, mais par des attaques répétées, la peur au sein du foyer et une pression qui rend la vie ordinaire impossible", a ajouté Pacheco. "Lorsque des violations graves sont évidentes et que le risque est prévisible, le droit international impose aux États d'agir."

Le West Bank Protection Consortium appelle Israël à prévenir et à répondre à la violence contre les communautés palestiniennes, et les États à prendre des mesures concrètes pour mettre fin aux transferts forcés, garantir que les responsables rendent des comptes et démanteler les conditions qui permettent à la violence sexualisée de provoquer des déplacements.


Notes aux rédacteurs

Le rapport complet du West Bank Protection Consortium, Sexual Violence and Forcible Transfer in the West Bank: How the Exploitation of Gender Dynamics Drives Displacement, est disponible en téléchargement  ICI.

Le West Bank Protection Consortium, dirigé par le Norwegian Refugee Council, soutient les communautés palestiniennes par une assistance matérielle et juridique afin de prévenir les transferts forcés en Cisjordanie. Il fonctionne comme un partenariat stratégique de cinq organisations non gouvernementales internationales, soutenu par l'aide humanitaire de l'Union européenne, la Belgique, le Canada, le Danemark, la Finlande, la France, l'Allemagne, l'Irlande, l'Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, l'Espagne, la Suède et le Royaume-Uni.

Le rapport s'appuie sur 83 entretiens approfondis et 12 groupes de discussion menés dans 10 communautés palestiniennes affectées par la violence des colons, les restrictions de mouvement et les pressions au déplacement, ainsi que sur 26 entretiens avec des informateurs clés. La recherche a été réalisée entre mai et juillet 2025.

Les participants comprenaient des personnes menacées d'expulsion ou de violences de colons, d'autres déjà déplacées de force, ainsi que des membres de communautés bédouines et pastorales. Les conclusions combinent une analyse qualitative avec des données quantitatives issues d'enquêtes auprès des ménages afin d'illustrer des schémas récurrents dans ces communautés à haut risque, plutôt que des tendances statistiquement représentatives.

Les chercheurs ont mené tous les entretiens avec le consentement éclairé des participants, ont anonymisé les données pour limiter les risques de représailles et ont recoupé les résultats à partir d'entretiens, de données de terrain et de preuves documentaires.


Source: nrc.no

 arretsurinfo.ch