22/04/2026 linvestigateurafricain.tg  3min #311880

Le géant aux pieds d'argile : pourquoi le Nigeria s'enfonce dans une spirale de violence et d'instabilité

Komla YAWO

Le ciel du  Nord-Est nigérian s'est de nouveau obscurci au-dessus du village de Jilli. En frappant de plein fouet des civils au nom de la traque contre Boko Haram, l'armée nigériane vient d'ajouter un chapitre sanglant à une crise sécuritaire qui semble sans issue. Ce drame, dont le bilan dépasserait la centaine de morts selon Amnesty International, ne constitue pas seulement une tragédie humanitaire. Il agit comme le révélateur d'une institution militaire à bout de souffle, dont les nerfs à vif se traduisent désormais par des fissures politiques majeures au sommet de l'État.

L'inculpation récente d'un général de division retraité et de ses complices pour une tentative de coup d'État déjouée en 2025 confirme que la menace ne vient plus seulement des maquis jihadistes, mais des casernes elles-mêmes. Ce complot, qui visait à intimider le président Bola Tinubu et à déclarer la guerre à l'État, s'inscrit dans un climat de méfiance généralisée. En réalité, les arrestations massives d'officiers pour indiscipline dès octobre 2025 n'étaient que les prémices d'une purge préventive. Le gouvernement tente désespérément de reprendre la main sur une armée qui, historiquement, a toujours considéré le désordre civil comme une invitation à s'emparer du pouvoir.

Les racines économiques d'une colère profonde au  Nigeria

L'explication de cette violence endémique réside dans une convergence de facteurs critiques. D'un côté, l'échec d'une réponse purement militaire au terrorisme crée un sentiment d'impuissance qui exaspère les officiers de terrain. De l'autre, la politique économique du président Tinubu, marquée par la fin brutale des subventions sur l'essence et une dévaluation massive du naira, a plongé la population et les rangs subalternes de l'armée dans une précarité extrême. Ce mécontentement social devient le terreau idéal pour les putschistes, qui justifient souvent leurs ambitions par la nécessité de sauver la nation de la faillite économique et du chaos sécuritaire.

L'ombre persistante de l'histoire et du voisinage

Le Nigeria n'en est pas à son premier sursaut autoritaire. Bien que le pays connaisse une stabilité démocratique depuis 1999, l'ombre des bottes n'a jamais totalement disparu. Sous la présidence de Muhammadu Buhari, les rumeurs de déstabilisation étaient déjà légion lors de ses absences prolongées pour raisons médicales. Aujourd'hui, la contagion des coups d'État au Sahel, du Mali au Niger voisin, crée un effet d'entraînement psychologique dangereux. Bola Tinubu se retrouve ainsi dans la position inconfortable d'un président qui doit non seulement combattre des insurrections sur plusieurs fronts, mais aussi surveiller son propre état-major.

Bola Tinubu, un président sur la sellette

Pour le chef de l'État, la cible est désormais permanente. Depuis son élection contestée en 2023, il incarne pour une partie de l'armée et de la jeunesse une vieille garde politique jugée déconnectée des souffrances du peuple. Ce n'est pas la première fois que sa sécurité est mise à l'épreuve, mais l'inculpation de hauts gradés marque un tournant. Le pouvoir civil à Abuja joue actuellement sa survie : chaque bavure comme celle de Jilli fragilise un peu plus l'autorité du président et renforce l'argumentaire de ceux qui, dans l'ombre, attendent l'heure de la revanche militaire.

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