Il semble que le front le plus important dans les guerres et subcrises de la GrandeCrise se trouve de plus en plus à Washington même. En jeu et enjeu : la situation du président Trump, et non plus seulement, - et de moins en moins, - sa situation politique, mais de plus en plus le cas personnel de l'évidente pathologie mentale dont il est frappé. Les reclassements se font à une vitesse extraordinaire, notamment selon les données suivantes :
• Un rapprochement très net entre ce qu'on pourrait nommer les populistes de droite, en révolte contre Trump et devenus ouvertement antiguerre, et les populistes de gauche, dont le caractère antiguerre est de plus en plus affirmé.
• Une situation de crise absolue installée au Pentagone où la majorité des chefs militaires et des dirigeants civils est hostile à Trump et au ministre Hegseth, en plus de la crainte que la "folie du roi Trump" emmène les forces US à une catastrophe face à l'Iran. Le dernier incident en date est la démission brutale du "ministre de la marine " (Secretary of the Navy) qu'on ne peut pas ne pas mettre en corrélation avec la position extrêmement vulnérable où les ordres de Trump placent l'US Navy face à l'Iran ; et cela quelles que soient les raisons de la démission : décision personnelle ou liquidation par la présidence.
"Le secrétaire à la Marine américaine, John C. Phelan, a démissionné de façon abrupte, une décision annoncée par le Pentagone sans aucune explication publique ni indication d'un lien avec le blocus naval imposé à l'Iran. [...]" Ce remaniement soudain intervient à un moment délicat pour les opérations navales américaines au Moyen-Orient, où Washington maintient un blocus des ports iraniens. La confrontation dans et autour du détroit d'Ormuz demeure active malgré un cessez-le-feu prolongé et l'impasse diplomatique."
Cette crise au Pentagone a été marquée déjà par plusieurs affrontements brutaux entre les généraux et Trump, dont le plus significatifs est le refus du président du JCS, en pleine réunion du cabinet de crise à la Maison-Blanche, de communiquer au président les codes-clef des armes nucléaires tactiques.
"Larry Johnson : "Ils reconnaissent avoir des problèmes. Ils doivent essayer de les régler. Et puis, samedi soir, d'après un compte rendu de cette réunion à la Maison Blanche, Trump voulait utiliser les codes nucléaires, et le général Dan Caine s'est levé et a dit "non". Il a invoqué son privilège de chef des forces armées, pour ainsi dire. Apparemment, ça a fait un sacré scandale. Il y a des photos de Caine sortant de la réunion la tête baissée... Alors, vous savez, il se passe des choses vraiment bizarres à Washington."
• Un tournant politique fondamental, directement lié à la guerre contre l'Iran, mais indirectement lié au comportement de Netanyahou vis-à-vis d'un Trump malade, c'est le formidable renversement de l'opinion publique US vis-à-vis d'Israël :
"A côté de cela, ou plutôt contre cette tendance, des sondages montrent une évolution sur le long terme catastrophique pour Israël, chez les citoyens américains adultes ; les résultats très changeants et anti-israéliens sont surtout perceptibles chez les jeunes. Les résultats de ces sondages montrent un déplacement de 18% des avis depuis 2022, dans un sens défavorables à Israël. Actuellement, 60% des Américains (42% en 2022) ont une perception défavorable à très défavorable d'Israël ; 37% des Américains (55% en 2022) ont une opinion très favorable ou assez favorable. Ces sondages rendent compte d'un changement énorme dans l'électorat, qui doit produire des effets à mesure dans les votes et dans les engagements des candidats. La dernière enquête de PEW Research Center, l'un des centres statistiques les plus prestigieux aux USA, a été effectuée entre le 23 et le 29 mars. Les plus récents événements, notamment l'attaque israélienne brutale contre le Liban qui a saboté le cessez-le-feu temporaire, - et volontairement bien entendu, comme le montre Larry Johnson, - devrait accentuer encore la tendance."
Etat du 'Fool on the Hill'
Les actes et actes manqués, les lapsus, les absences, les endormissements, les interférences de mémoire ainsi que des sautes d'humeur très dommageables illustrent évidemment l'état mental de Trump. Sa dernière "incartade" politique avec l'Iran est non seulement basée sur des mensonges mais aussi et surtout sur de grotesques invraisemblances, le tout étant destiné à écarter toute nécessité de reprise du conflit qui compromettrait son prochain Prix Nobel de la Paix que Trump, d'après des confidences, attend pour cette année :
• Repousser sine die l'ultimatum prévu pour s'achever hier ; ainsi est créé le phénomène de "l'ultimatum à perpétuité" ;
• on attend que les soi-disant fractures (?) existant au sein du gouvernement iranien soient comblées de façon à ce que ce gouvernement parvienne à établir une position unifiée, qui ne peut être que l'acceptation de toutes les exigences des USA ;
• à peu près tous les constats énoncés ci-dessus sont faux, sinon rêvés selon une vision ' Fantasy' de la situation ;
• ce qui restait de crédit de la présidence, donc de la diplomatie et de la politique étrangères des Etats-Unis, voire de la puissance militaire, en sort irrémédiablement réduit à néant
Bien entendu, la perception, fondée ou pas qu'importe, de la gravité du problème de santé de Trump préoccupe aujourd'hui tout le monde politique de Washington. Il a supplanté, en l'aggravant, le problème politique que ses décisions (soutien à Israël, guerre contre l'Iran) suscitaient. Désormais, on tient à jour une observation minutieuse des faits et gestes du président.
Prenez par exemple une chronique d'un influenceur parmi d'autres, Jack Cocchiarella (un antiTrump de gauche qu'il ne nous est jamais arrivé de citer et qui est connu à gauche pour un bon niveau d'information analytique) dont la diatribe est la simple description du dernier week-end de Trump. Il en arrive donc à la fin de sa chronique à réclamer à toutes forces le 25ième amendement et l'installation de JD Vance à la Maison-Blanche ("bien qu'il ne soit pas ma tasse de thé ", précise-t-il).
"Donald Trump, 79 ans, le président le plus âgé jamais investi, s'apprête à faire sa première apparition publique en trois jours, alors que l'on craint qu'il ne perde son sang-froid en privé. Sa dernière apparition publique remonte au samedi 18 avril au matin, à la Maison Blanche, où il a signé un décret ordonnant aux autorités d'accélérer l'examen des traitements psychédéliques. Plus tard dans la journée, il s'est rendu dans son club de golf en Virginie. Mais le président, d'ordinaire si sociable, est resté cloîtré chez lui tout le week-end et lundi. Il a préféré multiplier les appels téléphoniques aux journalistes et publier ou republier plus de 50 fois depuis samedi matin sur sa plateforme de médias sociaux "the truth"." Depuis sa dernière apparition samedi matin, il a publié une série de messages virulents sur les réseaux sociaux, s'en prenant à l'Iran, aux démocrates, aux alliés de l'OTAN, à Apple, et relayant des théories du complot électorales, entre autres. Parallèlement, il a montré des signes de confusion lors d'une série d'entretiens téléphoniques dimanche et lundi. Donald Trump ne sait pas où se trouve J.D. Vance. Carolyn Levit le corrige sans cesse. Il est complètement perdu. Lundi, la confusion s'est accentuée lorsque Trump a affirmé que Vance était en vol, alors que le vice-président se présentait à la Maison Blanche.
" Il a également évoqué la guerre du Vietnam sur CNBC ce matin, un sujet que nous aborderons plus loin dans cette vidéo. Cette mise à l'écart de Trump intervient après que plusieurs de ses anciens partisans ont réclamé l'application du 25e amendement. Le Wall Street Journal a par ailleurs rapporté que Trump avait été délibérément tenu à l'écart récemment, alors que l'armée américaine s'efforçait de secourir des aviateurs abattus en Iran, après qu'il se soit emporté pendant des heures contre son personnel. Donald Trump est caché au public. Donald Trump est exclu des réunions..."
Le 25ième dans les esprits
Donc, c'est bien cela : le 25ième Amendement à la Constitution des États-Unis est dans tous les esprits. Il est évident dans le cas qui nous occupe si le cas est confirmé, mais son application, elle, n'est nullement évidente, notamment à cause de la concurrence politique existante au sein du cabinet pour la succession de 2028 ; c'est notamment le cas entre JD Vance et Marco Rubio. Or, le vice-président doit obtenir le soutien d'au moins la moitié du cabinet, sinon les noms les plus importants, pour appuyer son éventuelle démarche.
On y ajoutera l'opposition forcenée qu'une telle démarche trouverait chez le secrétaire à la guerre Hegseth, qui est à peu près aussi fou que Trump. Une amorce de solution pour Vance serait que Hegseth soit destitué par le Congrès (il en est question) et remplacé par le secrétaire à l'US Army, Driscoll, un ami de Vance.
Anecdote symbolique, éventuellement révélatrice
On cite souvent l'influence au moins psychologique du film de 1953 'Mutiny on the Caine' (à bord du USS 'Caine', de l'US Navy) sur la décision et l'adoption en 1967 du 25ième Amendement.
Comme dit l'intertitre, coïncidence fortuite ou symbolique comme un signe du Ciel ? Curieusement, le président du JCS, qui est intervenu le premier comme acteur d'une mutinerie en refusant (voir plus haut) au cours d'une réunion dramatique d'un cabinet restreint de communiquer au président les codes de l'arme nucléaire est le général Dan Caine.
Note de PhG-Bis : "L'acteur Michael Caine a choisi ce nom de cinéma sans aucun rapport de circonstance, parce qu'il était pressé au téléphone de trouver un nom d'emprunt par son impresario qui devait signer son premier contrat et son nom naturel était catastrophique (Micklewhite). Caine, sans idée, et se trouvant dans une cabine publique, jeta un coup d'œil autour de lui et vit l'affichage d'un cinéma qui projetait le film 'Mutiny on the Caine', - on était en 1954, - et jugea que le nom lui convenait. Plus tard, plaisantant à propos de ceux qui voyaient dans ce choix un signe de révolte de l'acteur, il observa : "Si j'avais voulu un nom symbolisant la révolte, j'aurais choisi Michael Mutiny !""
On a lu hier un extrait d'une réponse de l'IA à une question de PhG concernant le 25ème. L'IA démentit que le film avait eu la moindre influence directe, mais pour autant... Elle nous donna ces remarques intéressantes qui font du 25ième un Amendement autorisant "à regret" une "usurpation de pouvoir" et mettant tous les freins possibles au niveau du processus à sa réalisation constitutionnelle tout en la reconnaissant nécessaire, - un Amendement à la fois contradictoire et paradoxal
" 5. Lecture plus profonde (dans votre perspective)Dans une approche plus "grassetienne" (si je puis dire), on pourrait formuler ceci :
• Le film incarne une angoisse métaphysique moderne :
• le pouvoir peut être vidé de sa substance tout en conservant sa forme
• Le 25ᵉ amendement est une tentative inverse :
• préserver la substance du pouvoir en encadrant juridiquement sa défaillanceIl y a donc [entre l'Amendement et lle film] une convergence symbolique, mais pas une filiation causale."
Il s'agit au fond, - horreur et calamité ! - d'une version démocratique que sont forcés d'accepter les modernes, en geignant horriblement, de la doctrine des "deux corps du Roi". Le président (le roi) peut être liquidé pour sauver la fonction de la présidence (corps transcendant comme pendant de la royauté).
Quelle différence entre Biden et Trump ?
En effet, on peut s'interroger sur la différence de traitement des faiblesses de Joe Biden et de Donald Trump, - assez modéré pour Biden, et surtout ses faiblesses complètement niées du côté démocrate, au contraire de Trump. Il y a plusieurs hypothèses, qui sont autant de causes explicatives.
• Il y a d'abord la pathologie elle-même : elle se montra beaucoup plus faible et progressive chez Biden, cela correspondant éventuellement à la vigueur des symptômes de la maladie, également aux différences des psychologies.
• Ce dernier point est essentiel. Biden est un politicien américaniste classique, corrompu et pervers, sarcastique mais sans imagination ni volonté de se distinguer des courants classiques du Système. Trump partage les qualités de corruption et de perversité mais les enrobe d'un formidable narcissisme qui le pousse à inventer, à mentir, à parler haut et fort pour tenter de se distinguer et paraître un "grand homme" bouffi d'inculpabilité et d'indéfectibilité.
• Il en résulte que Biden ne s'est jamais laissé aller à lancer des idées ou des visions personnelles pour éviter de sortir des "courants classiques" et il a aisément accepté que ses politiques soient dirigées et orientées par d'autres. Il a exacerbé les oppositions politiques classiques, et notamment conservé un appui entier des démocrates.
•Trump a rompu avec tout cela. Il a "trahi" (terme assez inapproprié puisqu'il n'y a pas intention de sa part, mais plutôt incompréhension de la part de ceux qui le soutenaient, pour le génie de sa politique sinueuse et la gloire de son monde à lui) et abandonné tout le monde sans jamais satisfaire une faction, y compris les neocon ou les Israéliens qui le voient constamment reculer devant la guerre totale après en avoir brandi la possibilité. Du coup, il fait une sorte d'unanimité contre lui sauf le noyau des inconditionnels qui sont dans une sorte de culte. Cette unanimité est moins politique pour les courants classiques (le "Parti unique") qu'individuelle, sinon sanitaire et prédatrice des privilèges. Dans cette unanimité se trouvent par contre des factions (les populismes droite et gauche) qui, jusqu'alors, étaient conduites par le conformisme du politiquement correct à se détester et qui se rapprochent soudain à cause du danger commun de la guerre, - terrible et absurde dans le cas de l'Iran, et en plus au profit du complexe militaro-industriel et d'une puissance étrangère.
• Biden restera donc comme sans importance, Trump restera comme un "grand homme" "à l'insu de son plein gré". Pour le comprendre, il ne faut pas s'attacher à sa politique, - il n'en a eu aucune sinon l'outrance du pire de la " politiqueSystème" jusqu'à l'autodestruction, - mais bien à sa pathologie qui représente une combinaison révolutionnaire idéale, quasiment civilisationnelle et cosmique, pour " faire sauter (involontairement) le Système" ; "grand homme par déconstructuration totale et inconsciente du grand Déconstructurateur que furent la modernité et son Système.
Mis en ligne le 23 avril 2026 à 19H45