par Rorik Dupuis Valder
Admettons-le, nous avons tous une façon de discriminer nos congénères, positivement ou négativement. Nous avons tous des préjugés, liés à notre culture, à notre environnement social et familial, à notre éducation ; des préjugés liés à des évènements passés, marquants ou traumatisants ; des préjugés nés de la propagande médiatique, etc. Nous avons tous des grilles de lecture simplificatrices, des cadres essentialisants, pour appréhender les autres. Les voyages, les rencontres, les expériences professionnelles, les lectures et les échanges, permettent précisément de relativiser, de gommer ces préjugés, de s'en défaire complètement.
Certains, au contraire, choisissent de s'enfermer dans leur peur, leur erreur, leur ressentiment, au point de développer des idéologies xénophobes, racistes et totalitaires. Ceux-là nient l'altérité. Ceux-là nient l'universalité des sentiments, des comportements, des savoirs et savoir-faire. Ceux-là nient dans le même temps l'unicité de l'être. Ils tombent et finissent par se complaire dans le piège de la catégorisation. Ils refusent de se débarrasser de leurs grilles de lecture simplificatrices, de leurs cadres essentialisants, par crainte de l'inconnu. Par malhonnêteté. Par paresse intellectuelle. Ou par pure malveillance.
Pour ma part, je n'ai jamais cru juste de discriminer autrui selon des critères ethniques, religieux ou financiers, bien que j'aie pu parfois, comme tout le monde naturellement, être tenté de penser que "ma" civilisation - celle qui m'a vu naître et grandir - est la meilleure. Je ne discrimine pas les individus selon leur apparence physique (sauf s'il y a négligence manifeste !), leur nationalité ou leur entourage, pour la simple et bonne raison qu'ils ne les ont pas choisis. Eh oui, on ne peut juger les gens que sur leurs choix.
Seulement, il y a, chez les hommes, une race que je ne peux définitivement pas tolérer : les cons. Les cons m'angoissent. La nuit, il m'arrive d'imaginer des programmes de déconnisation massive, avant de me rappeler mon ascendance germanique... Non, je n'ai pas parlé de "camps", mais de "programmes" ! Soyez rassurés, c'est une tout autre forme de pédagogie, bien plus proche de la raison grecque que de l'"Endlösung" !
Certes, chacun a sa définition du "con", et j'en suis peut-être un pour ceux qui ne partagent pas ma vision ni ne valident ma définition, mais voici, en gros, comment je perçois le con : un type dépourvu d'esprit, de fantaisie, d'imagination ; quelqu'un qui prend résolument tout au premier degré ; donneur de leçons, lourd, psychorigide, soumis, ambitieux, narcissique. Évidemment, le con se décline au féminin.
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, il me semble que les vrais cons ne sont pas si nombreux que ça. Peu nombreux mais redoutablement efficaces. Ce n'est guère par provocation, ni par arrogance, que je dis cela. Je pense sincèrement que les cons constituent une minorité agissante qui nous pourrit fondamentalement la vie. Alors je me suis attelé à dresser une liste (!) de cons typiques de notre époque. Bien entendu, cette liste (non exhaustive) est tout à fait subjective. Voici donc pour moi les profils rédhibitoires :
les gens qui inondent les réseaux sociaux de photos de leur reflet dans la glace (le "selfie salle de bain" avec la lunette des chiottes levée en arrière-plan étant sans doute le plus redoutable) ; les gens qui ont scrupuleusement respecté tous les "gestes barrières" pendant la dictature du Covid ; les premiers arrivés au "vaccinodrome" ; les sympathisants du "passe sanitaire" ; les gens qui portent des Crocs, ces horribles sabots en plastique (je pardonne le porteur de Crocs si celles-ci lui ont été données par charité) ; les gens toujours blasés ; les gens toujours souriants ;
les gens qui citent plein de références littéraires ou scientifiques (qu'ils ne maîtrisent pas ou qu'ils viennent de choper sur Wikipédia) pour se donner une crédibilité ; les gens qui jurent sur leurs diplômes ; les gens qui donnent du "Monsieur" et "Madame" à tout-va ; les gens qui ont voté et revoté pour Macron ; les gens qui laissent leurs enfants s'engager dans l'armée (dans celle de Macron c'est encore pire) ; les gens qui se mettent à brailler La Marseillaise, cet hymne ringard et sanguinolent, à la première occasion de montrer leur appartenance au groupe ;
les gros chauvins expressifs du sport (le chauvinisme me file des boutons) ; les "coachs" qui se croient indispensables ; les "conseillers en..." ; les ethnocentriques paniqués ; les gauchistes et les droitistes ; les électeurs enthousiastes ; ceux qui intellectualisent le moindre pet ; celles et ceux (celleux) qui agitent des drapeaux arc-en-ciel en pensant être utiles à la société ; les obsédés du fric ; les adeptes de la méchanceté gratuite ; les gros susceptibles ; les auxiliaires du pouvoir qui s'ignorent ;
tous les pleurnichards, amateurs ou professionnels ; tous les fayots et les larbins en costard-cravate ; les pauvres qui jouent aux riches et vice versa ; les suiveurs qui se croient branchés ; les incompétents qui se croient compétents (une vraie plaie) ; les trumpolâtres du Net, plus informés des plans de Trump que Trump lui-même... ; les idolâtres en général ; les lecteurs de Libération qui espèrent se cultiver ; les fans de Patrick Bruel ; les touristes heureux de se faire arnaquer ; les tatoués du mollet ; les utilisateurs de trottinettes électriques à selle (là on ne peut plus grand-chose pour eux) ;...
Et vous, quels sont vos "cons" ?
Au fond, la question n'est pas tant de savoir comment vous discriminez (négativement) les gens, mais de savoir ce qui vous encourage à les respecter. La gentillesse, la volonté, la loyauté, c'est déjà beaucoup pour une seule personne. Puis vient le travail : ce qui est produit par la personne. La qualité et l'intérêt de ce qui est donné au monde par celle-ci, selon son potentiel et son domaine d'activité.
Mais force est de constater que dans nos sociétés modernes, les deux premiers facteurs de discrimination négative restent votre statut social et vos opinions - autrement dit, votre faculté ou non de plaire et vous soumettre à l'autorité. Pour la "méritocratie", on repassera un peu plus tard.
