
Par Larry Johnson, le 24 avril 2026
J'ai déjà réfuté le mensonge selon lequel l'Iran serait le premier commanditaire du terrorisme. Je vais maintenant m'intéresser plus précisément à la question du nombre d'Américains, civils et militaires tués par des mandataires ayant reçu l'aide de l'Iran. Je vais ensuite inverser la perspective... Combien d'Iraniens, civils et militaires, ont été tués par des mandataires américains ? Les chiffres sont stupéfiants. Les mandataires américains ont tué près de 28 000 fois plus d'Iraniens que les mandataires iraniens n'ont tué d'Américains. Ces chiffres proviennent principalement des actes d'accusation du ministère américain de la Justice, des rapports du département d'État, de l'American Jewish Committee (AJC) et de bases de données compilées sur les victimes.
Les principaux mandataires iraniens régulièrement identifiés dans les rapports du gouvernement américain sur le terrorisme sont le Hamas, le Hezbollah et divers groupes chiites irakiens. Si on utilise la définition stricte du terrorisme - c'est-à-dire le recours à la violence contre des civils à des fins politiques -, le nombre réel de morts causées par des mandataires iraniens serait inférieur à 300 depuis 1979. Si l'on s'en tient uniquement à cette définition stricte, on doit exclure toutes les attaques contre des cibles militaires. Cependant, comme les statistiques américaines sur le terrorisme incluent l'attentat à la bombe de 1983 contre la caserne des Marines américains au Liban et les attentats à la bombe en bord de route visant les forces américaines en Irak entre 2003 et 2011, j'inclus les pertes militaires des deux camps.
Hamas
Au moins 60 à 70 Américains (y compris des double nationaux américano-israéliens) ont été tués dans des attaques attribuées au Hamas ou menées par celui-ci depuis sa fondation en 1987. Il s'agit d'un total approximatif basé sur les données du gouvernement américain, du ministère de la Justice et de diverses compilations de données. La grande majorité de ces attaques a eu lieu le 7 octobre 2023 ou après.
- Attaque du 7 octobre 2023 (l'incident le plus meurtrier)
- 43 à 46 Américains tués (l'acte d'accusation du ministère américain de la Justice contre les dirigeants du Hamas en 2024 a confirmé au moins 43 ; certaines sources, dont le département d'État, en citent 46). Ces chiffres incluent les personnes ayant la double nationalité américano-israélienne tuées dans des kibboutzim, au festival de musique Nova et sur d'autres sites près de Gaza.
- Plusieurs autres Américains ont été pris en otage, dont certains (par exemple, Hersh Goldberg-Polin) sont morts en captivité lors des bombardements aveugles de Gaza par Israël.
- Attaques antérieures au 7 octobre (1987-2023)
- Le Hamas a perpétré ou revendiqué de nombreux attentats-suicides, fusillades et autres attaques pendant la première et la deuxième Intifada ainsi que les périodes suivantes, qui ont entraîné la mort d'environ 15 à 25 Américains, d'après les chronologies et les listes de victimes recoupées du Département d'État (les chiffres exacts varient légèrement en raison de la double nationalité et des débats sur l'attribution de la responsabilité). Parmi les décès d'Américains documentés, on peut citer :
- Attentat à la bombe de l'Université hébraïque en 2002 (Jérusalem) : 5 Américains tués.
- Attentat à la bombe contre un bus à Jérusalem en 2003 : 5 Américains tués. Autres incidents notables (période de la deuxième Intifada, 2000-2005) : Américains tués lors d'attaques telles que l'attentat contre la pizzeria Sbarro, l'attentat contre le Park Hotel pendant la Pâque juive et divers attentats contre des bus (par exemple, Alan Beer, Malka Roth et d'autres).
- Attaques antérieures (années 1990) : un nombre plus restreint, comprenant des incidents tels que l'attentat à la bombe contre un bus à Jérusalem en 1996 (3 Américains) et d'autres. Quelques morts supplémentaires dispersées entre les années 1990 et 2010, suite à des agressions à l'arme blanche, des fusillades et des attentats à la bombe.
Hezbollah
Au moins 270 à plus de 300 Américains (dont des militaires et des civils, ainsi que certains citoyens à double nationalité américano-israélienne) ont été tués dans des attentats attribués au Hezbollah (ou à ses précurseurs directs comme l'Organisation du Jihad islamique) ou perpétrés par ce groupe depuis sa création en 1982.
Incidents majeurs et répartition
Attaques de Beyrouth en 1983 (la période la plus meurtrière) :
- 18 avril 1983 : attentat à la bombe contre l'ambassade américaine à Beyrouth - 17 Américains tués (dont 8 agents de la CIA).
- 23 octobre 1983 : attentat contre la caserne des Marines américains à Beyrouth - 241 Américains tués (220 Marines, 18 marins de la Marine, 3 soldats de l'Armée de terre). Il s'agit toujours de l'attaque la plus meurtrière contre les Marines américains depuis Iwo Jima et de la plus grande perte de vies américaines causée par le Hezbollah.
- 20 septembre 1984 : Attentat contre l'annexe de l'ambassade américaine à Beyrouth - 2 Américains tués.
Autres attentats marquants :
- Crise des otages des années 1980 et violences associées : plusieurs Américains sont enlevés et assassinés, notamment le chef de station de la CIA William Buckley (1984-1985) et le colonel des Marines américains William Higgins (enlevé en 1988, tué en 1989).
- Attaques sporadiques dans les années 1980-2000 : Autres victimes de détournements d'avions (par exemple, le vol TWA 847 en 1985, au cours duquel le plongeur de la marine américaine Robert Stethem a été tué) d'attentats à la bombe et d'opérations en Irak (milices chiites entraînées par le Hezbollah prenant pour cible les forces américaines après 2003).
La principale conclusion à tirer de ces données est que le Hezbollah a cessé d'attaquer des cibles américaines dans les années 1990 et ne représentait pas le visage de l'extrémisme islamique. Le Hezbollah a concentré ses efforts sur des attaques contre des cibles militaires israéliennes.
Autres proxies iraniens
Au moins 620 à 650 Américains (principalement des militaires américains, ainsi que quelques sous-traitants et civils) ont été tués dans des attaques menées par des proxies iraniens à l'exclusion du Hamas et du Hezbollah depuis 1979. La grande majorité de ces décès a eu lieu en Irak entre 2003 et 2011.
Chiffre principal : milices chiites irakiennes (2003-2011)
- Au moins 603 soldats américains ont été tués par des milices chiites soutenues par l'Iran en Irak entre 2003 et 2011, selon l'évaluation du département américain de la Défense/Pentagone. Ces milices comprennent des groupes tels que Kata'ib Hezbollah (KH), Asa'ib Ahl al-Haq (AAH), l'Organisation Badr, Harakat Hezbollah al-Nujaba et d'autres.
L'Iran a fourni des armes de pointe (en particulier des munitions perforantes à charge explosive ou EFP), une formation et des directives par l'intermédiaire de la Force Qods du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI). Cela a représenté environ 17 % de l'ensemble des pertes américaines au combat en Irak pendant cette période.
Le terrorisme par procuration des États-Unis contre l'Iran
Abordons maintenant les mesures hostiles des États-Unis contre l'Iran, où plusieurs présidents américains ont eu recours à des mandataires pour attaquer l'Iran.
Commençons par le cas de l'Irak... En 1980, la CIA, agissant en vertu d'une décision signée par le président Jimmy Carter, a commencé à apporter son soutien à Saddam Hussein afin que l'Irak déclenche une attaque contre l'Iran. Saddam a attaqué l'Iran en septembre 1980. Lorsque l'administration Reagan est arrivée au pouvoir en janvier 1981, le soutien à l'Irak s'est considérablement accru : les États-Unis ont fourni des substances chimiques nécessaires à la fabrication d'armes chimiques, une aide financière et des renseignements classifiés régulièrement partagés avec l'état-major irakien. La CIA s'est chargée de la transmission des renseignements jusqu'en 1986, date à laquelle, à la suite des révélations sur l'affaire Iran-Contra, Saddam a refusé de traiter davantage avec la CIA et n'a accepté que l'aide de l'armée américaine.
La mission de transmission des renseignements américains à l'Irak, à partir de 1987, a été confiée au colonel Walter Patrick Lang, alias Pat. Pat, aujourd'hui disparu, a été un ami proche pendant plus de 20 ans.
Si l'on applique le même critère et que l'on reproche à l'Iran les actions du Hezbollah, les États-Unis sont eux aussi responsables du soutien massif à Saddam Hussein pendant la guerre contre l'Iran. On ne connaît pas le nombre exact de victimes iraniennes de la guerre Iran-Irak (1980-1988, également connue sous le nom de première guerre du Golfe) en raison de la confusion qui a entouré le conflit, de la propagande de part et d'autre et du manque de transparence des archives. L'Irak, sous Saddam Hussein, a déclenché la guerre par une invasion surprise de l'Iran le 22 septembre 1980. Les États-Unis ont apporté un soutien direct et secret à l'Irak (renseignements, aide économique et autorisation donnée à leurs alliés de fournir des armes) pendant une grande partie du conflit.
Le nombre de morts parmi les militaires iraniens, d'après une analyse méthodique publiée en 2013 dans l'Iranian Journal of Public Health (sur la base des archives iraniennes), est estimé entre 188 015 et 217 489 (soit environ 70 personnes par jour sur les 2 887 jours de guerre). Le nombre de victimes civiles iraniennes, selon les estimations occidentales et de la CIA, est estimé entre 50 000 et 60 000 morts.
MEK
En plus d'utiliser l'Irak comme une arme contre l'Iran, les États-Unis ont également suivi l'exemple de Saddam Hussein. Saddam a fourni asile et financement, ainsi que des armes, au Mujahedin-e Khalq (MEK). Non seulement ils ont combattu aux côtés des forces de Saddam Hussein pendant la guerre contre l'Iran, mais, après la guerre, ils ont continué à mener des attaques terroristes en Iran.
À la suite de l'invasion de l'Irak menée par les États-Unis en mars 2003, les forces de la coalition ont bombardé les bases du MEK (le groupe s'était allié à Saddam Hussein). Le MEK a rendu ses armes lourdes et s'est regroupé au camp d'Ashraf. En 2004, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld a désigné les membres du MEK comme "personnes protégées" au titre de la quatrième Convention de Genève. Les forces américaines ont assuré la sécurité du camp, les protégeant des forces irakiennes et empêchant leur rapatriement en Iran.
À partir de 2004-2005, les États-Unis ont fourni un soutien clandestin au MEK dans le cadre d'efforts plus larges visant à faire pression sur le programme nucléaire et le régime iraniens. Cette coopération comprenait des échanges de renseignements, des canaux de financement vers des groupes dissidents et une assistance opérationnelle. Selon le journaliste Seymour Hersh, lauréat du prix Pulitzer (dans un article publié dans The New Yorker en 2012), le Commandement des opérations spéciales interarmées (JSOC) des États-Unis a dispensé une formation secrète à des agents de l'OMPI dans un centre situé au Nevada (le Nevada National Security Site du Département de l'Énergie) à partir de 2005. La formation portait sur les communications, la cryptographie, les tactiques des petites unités, l'armement et d'autres compétences en matière d'opérations spéciales. Elle se serait poursuivie jusqu'en 2007 (voire plus tard).
Des fonds ont été versés secrètement au MEK et à d'autres groupes dissidents iraniens pour la collecte de renseignements à l'intérieur de l'Iran et des activités anti-régime. Le MEK a fourni des renseignements sur les sites nucléaires iraniens (par exemple, Natanz) et a mené des opérations parrainées par la CIA, telles que l'assassinat de scientifiques nucléaires iraniens. Ce soutien s'est poursuivi alors même que le MEK figurait toujours sur la liste des organisations terroristes étrangères (FTO) des États-Unis, témoignant des tensions internes au sein du gouvernement américain (par exemple, entre le Pentagone et le Département d'État).
En septembre 2012, la secrétaire d'État Hillary Clinton a retiré le MEK de la liste des organisations terroristes étrangères (FTO), invoquant son renoncement à la violence et sa coopération en matière de relocalisation. Cette décision a permis d'apporter un soutien politique et logistique accru à la relocalisation des membres... dont beaucoup se sont finalement réfugiés en Albanie où ils ont continué à bénéficier du soutien et de la formation de la CIA.
Le gouvernement iranien affirme que le Mujahedin-e Khalq (MEK) a tué plus de 12 000 à 17 000 Iraniens par le biais d'attaques terroristes, d'assassinats, d'attentats à la bombe et d'opérations armées depuis le début des années 1980. C'est le chiffre le plus fréquemment cité dans les déclarations officielles iraniennes, les médias d'État et les procédures judiciaires.
En fait, le MEK à lui seul a tué 12 à 17 fois plus d'Iraniens que les mandataires iraniens n'ont tué d'Américains. Les chiffres sont sans commune mesure.
Gardez ces chiffres à l'esprit la prochaine fois que vous entendrez un politicien ou un expert américain incompétent pérorer sur le soutien de l'Iran au terrorisme. Sans conteste, les États-Unis sont un plus grand soutien du terrorisme que l'Iran, avec un écart d'au moins un facteur 12.
Traduit par Spirit of Free Speech