Par Scott Ritter
L'heure est critique pour les États arabes du Golfe.
Les États-Unis et Israël ont pris le pari de lancer leur attaque surprise contre l'Iran le 28 février dernier. Ceux qui ont été consultés au préalable, parmi les alliés arabes du Golfe des États-Unis, ont fait de même.
Ils ont perdu.
Ni le changement de régime, ni la neutralisation des missiles, ni le contrôle du détroit d'Ormuz, aucun des objectifs politiques ou militaires discernables n'a été atteint par les instigateurs de cette fourberie.
Au contraire, la conspiration anti-iranienne a dû négocier un cessez-le-feu qui confère à l'Iran le contrôle total du détroit stratégique d'Ormuz, asphyxiant les économies régionales et mondiales en bloquant le transit de l'énergie même dont elles ont besoin pour fonctionner, tandis que l'armée iranienne reste intacte, opérationnelle et combative, capable d'infliger des coups dévastateurs aux bastions ennemis.
La guerre de 40 jours qui a opposé la coalition États-Unis/Israël/États arabes du Golfe à l'Iran a souligné une réalité difficile à admettre pour beaucoup - la capacité militaire des États-Unis à projeter leur force au Moyen-Orient s'est dégradée au point de quasi-impuissance, et l'architecture de sécurité centrée sur les États-Unis, en place depuis des décennies, n'a pas su empêcher l'Iran d'acquérir le contrôle de facto sur les points stratégiques énergétiques que les États-Unis étaient censés sécuriser. Cette nouvelle réalité va contraindre la région et le monde à délaisser les concepts centrés sur une dissuasion militaire américaine pour s'orienter vers un cadre de sécurité multipolaire issu des réalités économiques, incluant la Russie, la Chine et des pays tels que ceux appartenant aux BRICS. La doctrine militaire traditionnelle reposant sur les anciennes alliances sécuritaires n'est plus viable, et toute tentative de la ressusciter impliquerait des coûts prohibitifs et s'avérerait in fine irréalisable.
En bref, les États-Unis ont perdu parce que leur approche militaire traditionnelle de règlement des problèmes régionaux ne fonctionne plus, et aucun budget de défense, aussi colossal soit-il, ne pourra inverser cette réalité.
Elle sera particulièrement difficile à encaisser pour les pays comme les États arabes du Golfe et l'Inde, qui ont fondé leur stratégie sur la prémisse et la promesse de la domination militaire américaine.
Aujourd'hui, ces nations mettent le monde en garde contre un affaiblissement de l'État de droit en cas de perte de contrôle du détroit d'Ormuz, soulignant qu'il existe de nombreux autres points névralgiques susceptibles d'être menacés si le précédent d'Ormuz venait à s'établir, au risque d'un conflit plus large et du bouleversement de la mondialisation. Ces dirigeants prônent désormais une paix fondée sur la prospérité partagée, les pipelines, le commerce et des réseaux économiques durables plutôt que sur l'occupation militaire ou l'escalade.
Il s'agit bien sûr précisément des orientations défendues par l'Iran depuis des décennies, mais auxquelles ses voisins arabes ont tourné le dos, rassurés par le prétendu bouclier sécuritaire américain s'avérant finalement illusoire.
Les responsables indiens vivent eux aussi dans un monde imaginaire qui aspire au retour au statu quo pré-conflit. Mais il est trop tard. L'Inde s'est systématiquement rangée du mauvais côté de l'équation concernant l'Iran, prenant le parti d'Israël (où le Premier ministre Modi s'est rendu à la veille de la guerre) et des États-Unis face à l'Iran et à ses partenaires stratégiques, comme la Chine. L'implication de l'Inde dans le Quad ne passe pas inaperçue à un moment où les États-Unis encouragent le blocus naval du trafic maritime iranien.
La réalité pour les États arabes du Golfe est que le détroit d'Ormuz est de fait bouclé et que leurs hypothèses antérieures sur la réouverture immédiate par la marine américaine, grâce à une intervention militaire, se sont évaporées. Alors que les pays producteurs d'énergie de la région cherchent des solutions concrètes, telles que le recours accru aux pipelines est-ouest en Arabie saoudite et des propositions de pipelines supplémentaires pour augmenter la capacité de chargement à Yambour et à Fujaïrah, l'essentiel de la production énergétique de la région reste bloquée dans le golfe Persique, privé de l'accès aux marchés. Même si la guerre prenait fin aujourd'hui, la réouverture du détroit d'Ormuz et la remise en état des infrastructures régionales prendraient des mois.
L'arrogance des États arabes du Golfe persiste toutefois. Ces nations affirment que les États du Golfe n'ont pas à faire de concessions à l'Iran, et attendent que Téhéran prouve sa bonne foi avant de travailler à la résolution des problèmes actuels.
Comme si les États arabes du Golfe n'avaient pas collaboré pendant des décennies avec les États-Unis et Israël contre l'Iran, notamment en fournissant des installations et des territoires utilisés par ces deux nations pour déployer leurs forces militaires, ainsi que les ressources en matière de renseignement et de logistique qui ont permis l'attaque surprise du 28 février. Les États arabes du Golfe se sont rendus complices de ce coup bas, et pourtant, ils jouent aujourd'hui la carte de la victimisation.
L'Iran n'y croit pas.
Les États arabes du Golfe ont effectivement perdu toute l'influence stratégique dont ils jouissaient avant la guerre. Au lieu de chercher à rétablir une situation où leur complicité existait sans être ouvertement reconnue, les États arabes du Golfe devraient, s'ils souhaitent sortir indemnes de la crise actuelle, accepter la défaite stratégique de l'alliance anti-iranienne régionale sous l'égide des États-Unis, et reconnaître les fondements et le rôle prépondérant de la République islamique. Pour ce faire, ces États arabes du Golfe doivent apprendre à penser au-delà d'un paradigme dominé par les États-Unis et, au contraire, s'adapter à une nouvelle réalité où la Russie, la Chine et les puissances orientales auront leur mot à dire dans la planification future des questions de sécurité.
En d'autres termes, reprendre la guerre n'est pas un choix envisageable pour les États arabes du Golfe, ne serait-ce que parce qu'ils n'y survivraient pas. Le gouvernement iranien a publié la liste des infrastructures stratégiques de production d'énergie qu'il détruira en cas d'attaque contre l'Iran. Si l'Iran devait mettre ses menaces à exécution — et les précédents indiquent clairement qu'il le fera —, la puissance économique des États arabes du Golfe, fondée sur l'énergie, serait alors définitivement paralysée, sonnant le glas de ces nations en tant qu'États-nations modernes viables.
La diplomatie est l'unique voie permettant d'éviter l'anéantissement des États arabes du Golfe. L'option militaire est exclue. Et comme l'Iran détient toutes les cartes (malgré ce qu'affirme le président Trump), les États arabes du Golfe vont devoir comprendre que tout règlement diplomatique de la crise actuelle doit reconnaître et respecter les exigences iraniennes de retrait de la présence militaire américaine de la région.
En fin de compte, l'avenir du Moyen-Orient passe par une prise de conscience de toutes les parties concernées que les États-Unis sont le problème, et non la solution, et que les nations qui comptent sur les États-Unis pour les sortir de la situation difficile actuelle s'exposent aux déboires et à la désillusion.
Un nouveau paradigme géopolitique s'impose aujourd'hui au Moyen-Orient.
Et les États-Unis n'en font pas partie.
Scott Ritter
Article original en anglais : A New Middle Eastern Power Paradigm, Real Scott Ritter, le 26 avril 2026.
Traduit par Spirit of Free Speech
Image en vedette : La marine iranienne patrouille le détroit d'Ormuz
La source originale de cet article est Real Scott Ritter
Copyright © Scott Ritter, Real Scott Ritter, 2026
Par Scott Ritter
