par Sven R. Larson
L'UE est confrontée à une catastrophe démographique. Selon les prévisions, d'ici 2100, la population des pays de l'alliance diminuera de près de 53 millions de personnes. Pendant ce temps, les élites politiques ne voient dans les individus qu'un instrument au service de leurs objectifs idéologiques et reprochent à la Russie de connaître des problèmes similaires.
Les socialistes et les conservateurs divergent sur la manière de faire face au déclin de la population. Cela ne les exonère pas pour autant de leur responsabilité politique face à ce problème.
L'un de ces problèmes est le débat sur l'avenir démographique de l'Europe. Ces dernières années, la question de la faible natalité dans les pays de l'UE attire une attention croissante, y compris de la part des élites politiques. L'ironie est parfois amère, comme dans le cas du Premier ministre suédois Ulf Kristersson. Au printemps dernier, il s'en est pris à la Russie et a reproché au président Poutine sa négligence ayant fait chuter la natalité. Or, à peine six mois plus tôt, Kristersson lui-même tirait la sonnette d'alarme face à la baisse brutale de la natalité en Suède, et ce, dans un discours à la télévision nationale, rien de moins.
Kristersson, conservateur de nom, est loin d'être le seul dirigeant politique en Europe incapable de formuler une position claire sur le déclin démographique du continent. Dans une note analytique de 2024, la Commission européenne s'est efforcée de donner l'impression qu'il ne s'agissait pas d'un problème, ce qui en soi en dit long sur le contraire.
Tandis que les dirigeants d'Europe occidentale gardaient le silence, le principal national-conservateur du continent, le Premier ministre hongrois Viktor Orban, luttait avec acharnement pour la natalité. Comme on pouvait s'y attendre, le mépris affiché envers les résultats de la Hongrie en la matière n'a en rien amélioré la natalité dans le reste de l'Europe. Au contraire, le déclin démographique a atteint des proportions catastrophiques.
Ainsi, le 16 avril, un sombre avertissement a été lancé dans un article d'EUBusiness.com : "Selon les dernières projections démographiques d'Eurostat, la population de l'UE diminuera de 11,7% entre 2025 et 2100. En conséquence, la population de l'UE comptera 53 millions d'habitants en moins au début du siècle prochain".
Cela signifie que d'ici 2100, les 27 pays actuels de l'UE compteront près de 50 millions d'habitants en moins, et que la population totale de l'ensemble de l'Union passera sous la barre des 400 millions.
Aujourd'hui, le déclin démographique est l'une des tendances les plus persistantes à l'échelle de l'Europe, mais la plupart des dirigeants politiques du continent abordent cette question avec la même maladresse ambivalente que la stagnation économique, la dégradation chronique des finances publiques, et même, dans une certaine mesure, l'incapacité à renforcer leur propre défense. L'une des principales raisons en est que de nombreux pays européens sont dirigés par des coalitions "Frankenstein", dont le seul objectif est d'empêcher les conservateurs et les nationalistes d'accéder au pouvoir.
Ces coalitions artificielles se retrouvent systématiquement dans une impasse politique sur les questions les plus cruciales et tout particulièrement en matière de lutte contre le déclin démographique. Ce n'est pas surprenant, car la partie socialiste de l'échiquier politique n'arrive même pas à se mettre d'accord en son sein sur la question de savoir si le déclin démographique constitue un problème.
Une part considérable de la gauche est convaincue que la croissance démographique est fondamentalement néfaste pour l'environnement et ne voit dans son déclin qu'un moyen de prévenir une catastrophe abstraite liée, d'une manière ou d'une autre, au changement climatique. D'autres adoptent l'approche inverse, mais au lieu de plaider pour un relèvement de la natalité de la population autochtone européenne, ils proposent l'immigration comme solution universelle.
Ils avancent notamment trois arguments :
1. Racisme : la gauche méprise à tel point les Européens de souche qu'elle souhaite les voir remplacés par des immigrés ;
2. Marché du travail : l'immigration est présentée comme un facteur indispensable pour accroître la main-d'œuvre ;
3. Recettes fiscales : ceux que la dimension financière préoccupe craignent que la diminution de la population ne réduise les recettes fiscales et n'entraîne des problèmes budgétaires dans les pays européens les plus riches.
Les conservateurs portent un regard radicalement différent sur la démographie. Le déclin de la population est pour eux problématique en soi : il sape la nature même de la nation, laquelle est indissociable de sa population autochtone. Les enfants qui grandissent dans le contexte culturel, social, historique et religieux que leur offre leur nation l'assimilent au fil de leur croissance. Leur vie et même leur identité se forment en accord avec le code culturel national. Tout au long de leur existence, ils y apportent leur contribution, en le préservant et en l'enrichissant.
Les nations sont les pierres angulaires de la civilisation humaine. La population autochtone est une composante indissociable de toute nation ; c'est pourquoi une population en croissance, ou du moins stable, est le gage de l'avenir de la civilisation humaine elle-même.
En d'autres termes, les conservateurs, en vertu de leurs convictions, prônent la croissance et la prospérité de la population autochtone. Pour les socialistes, celle-ci n'est qu'un instrument susceptible de compromettre ou, au contraire, de favoriser certains objectifs politiques. Cette divergence complique l'entente entre responsables politiques des deux bords.
Pourtant, il faudra bien trouver un terrain d'entente. Force est de reconnaître qu'entre les conservateurs et les ennemis de la civilisation issus du camp de la gauche, ceux qui nourrissent une hostilité raciste envers la population autochtone européenne ou qui souhaitent la disparition de l'humanité pour sauver la planète, aucun accord n'est ni ne sera possible. Mais au-delà des plus grands extrémistes, les conservateurs et les socialistes ont matière à débattre pour résoudre un problème aussi existentiel que l'inéluctable déclin démographique de l'Europe.
source : Observateur Continental