Lina Altawell, 28 avril 2026. Dans le contexte des conséquences de la guerre meurtrière et du blocus imposés par Israël à la bande de Gaza, les agriculteurs palestiniens peinent à maintenir une production agricole minimale avec des ressources limitées, tandis que les fondements du secteur continuent de s'éroder.
Face à l'aggravation de la situation, la disponibilité des engrais et des pesticides a fortement diminué, parallèlement à la hausse des coûts d'exploitation et d'énergie, sans compter les restrictions israéliennes strictes sur l'entrée des intrants agricoles dans le territoire assiégé.
Ces difficultés ont contraint les agriculteurs à recourir à des solutions alternatives locales pour continuer à cultiver ce qui reste de leurs terres.
Selon les données du Bureau des médias du gouvernement de Gaza, plus de 94 % des terres agricoles, soit 178.000 dounams (17.800 ha), ont été détruites, entraînant une chute de la production de 405.000 tonnes à environ 28.000 tonnes.
L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) indique que la superficie des terres arables disponibles à Gaza est tombée à moins de 5 % après la guerre.
Fumier animal
Dans la région de Mawasi, à l'ouest de Khan Younis, dans le sud de Gaza, l'agriculteur Mahmoud al-Shaer utilise du fumier animal et des déchets organiques pour remplacer les engrais chimiques.
"J'utilise du fumier de pigeon, de poulet et de vache. Je le fais tremper, puis je le pompe à travers les systèmes d'irrigation pour le répartir sur les terres", a expliqué M. Shaer à l'agence Anadolu.
Le secteur de l'élevage a subi d'importantes destructions en raison des bombardements israéliens et du blocus. La plupart des élevages de volailles, de bovins et d'ovins ont été endommagés, ce qui a raréfié les sources de fumier et contraint les agriculteurs à se débrouiller avec les moyens du bord.
Israël impose un blocus paralysant à Gaza depuis juin 2007, suite à la prise de contrôle de l'enclave par le Hamas [suite au coup d'Etat tenté par le Fatah après la victoire du Hamas aux élections législatives de 2006, ndt], l'isolant de la Cisjordanie et du reste du monde. Le blocus est toujours en vigueur et la guerre aggrave encore la situation humanitaire.
"Il n'y a ni engrais ni produits chimiques. Nous essayons tant bien que mal de maintenir les plantes en vie", a déclaré M. Shaer, précisant que ces méthodes "permettent de renforcer légèrement les plantes, mais ne suffisent pas à assurer une agriculture rentable". Il a expliqué que les agriculteurs utilisent également les restes alimentaires et les épluchures de légumes, ainsi que les déchets animaux, pour produire un engrais organique qui améliore les sols et favorise les cultures.
Shaer a averti que le maintien des restrictions sur les approvisionnements agricoles pourrait entraîner un quasi-arrêt total du secteur agricole à Gaza dans les prochains mois.
Il a indiqué que les pesticides disponibles sont soit inefficaces, soit périmés, ce qui aggrave les pertes des agriculteurs, déjà fortement impactées par la hausse des coûts d'irrigation et d'énergie.
L'agriculteur palestinien a également fait état des graves dégâts subis par son exploitation suite aux bombardements, notamment la destruction de ses poulaillers et de ses sources d'énergie, dans un contexte de pénurie quasi totale de produits agricoles de base.
"Si quelqu'un vous dit qu'il sera possible de cultiver la terre l'année prochaine dans ces conditions, il ment."
Crise agricole
L'expert agricole Nabil Abu Shamala a déclaré que le secteur agricole à Gaza connaît un effondrement généralisé en raison de la destruction des infrastructures.
"Seuls 7 % environ des terres agricoles restent cultivées", tandis qu'Israël en contrôle près de 60 %, ce qui limite considérablement la capacité des agriculteurs à les exploiter, a-t-il indiqué à l'agence Anadolu.
Il a ajouté que la destruction des puits agricoles et des systèmes d'énergie solaire, ainsi que les restrictions sur les intrants essentiels, ont fait exploser les coûts de production de plus de 1.000 %.
M. Abu Shamala a précisé que ces conditions ont directement affecté les prix agricoles et réduit le pouvoir d'achat, compromettant la sécurité alimentaire et le niveau de vie.
Le 17 octobre 2025, l'agence des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) a déclaré que la quasi-totalité des terres agricoles de Gaza était "détruite ou inaccessible", privant les familles de leurs principales sources de revenus et faisant grimper les prix des denrées alimentaires à des niveaux sans précédent après deux années de guerre.
M. Abu Shamala a indiqué que l'utilisation d'engrais organiques est une tentative d'adaptation à la crise, mais que son impact "reste limité et insuffisant pour sauver le secteur". D'après un rapport statistique publié le 6 octobre 2025 par le Bureau des médias du gouvernement de Gaza, le secteur agricole a subi des pertes d'environ 2,8 milliards de dollars en raison de deux années de guerre.
L'armée israélienne a également détruit 1 233 puits agricoles, les rendant inutilisables, et plus de 85 % des serres, selon la même source.
Le 8 octobre 2023, Israël a lancé une guerre génocidaire qui a fait plus de 72 000 morts et plus de 172 000 blessés palestiniens, principalement des femmes et des enfants, et a provoqué des destructions massives affectant environ 90 % des infrastructures civiles.
Article original en anglais sur Anadolu Agency / Traduction MR
