First-person view
Lorsqu'on entend parler d'un concours de propositions portant sur "L'avenir du monde", cela éveille immédiatement l'intérêt des personnes, de par le monde, qui possèdent en eux le désir de surmonter l'inertie qui plombe l'initiative et la recherche du bien commun.
Il convient donc déjà d'opposer une critique à la façon dont les structures se sont solidifiées, et d'avoir un idéal. Puis un jour l'esprit s'attache à une idée qui possède en elle le germe d'un changement. Et irrémédiablement on y projette l'idéal qui nous guide.
Sur le plan psychologique, utiliser trop de superlatifs est un red-flag. "Tout", "très", "toujours", ainsi que les généralisations hâtives, dénotent une perception étriquée et défaillante de la réalité, un manque de discernement.
(Mais ce n'est pas pour autant une règle générale, si vous suivez le raisonnement.)
Le fait est que — désolé pour notre habitude d'intercaler des prépositions sur la systémique — un système est un cadre de définition de la validité d'une proposition. Toute proposition est vraie, quelque part, même si c'est dans un univers fantasmagorique. Ainsi une affirmation appelle une vision. Et ce qui est faux, invalide, est ce qui ne peut être soutenu par le contexte auquel il prétend appartenir. Ainsi, lorsqu'on parle de "changer le système", il est question de rendre possible ce qui ne l'est pas, et de rendre impossible ce qu'on veut voir disparaître. Enfin il faut savoir qu'un cadre de validité est mouvant dynamique, il peut se déplacer ou rétrécir, et dans ce cas les limites à partir desquelles une proposition devient fausse, s'effondrent sur elle. C'est ce qui se passe quand on refait la même chose mais que cela ne marche plus. Ce changement peut avoir été causé par la première expérience elle-même, auquel cas on constate l'effet que le système a sur lui-même. C'est pourquoi on distingue les systèmes entropiques et syntropiques, les moribonds et les pulsions de vie. Mais bon c'est une parenthèse, pardon pour la digression !
En tant qu'invité comme essayiste à l'Open Dialogue, je ne savais pas si ma proposition allait correspondre aux attentes, bien que je sois complètement et tranquillement certain de sa valeur en tant que vague paradigmatique amenant le système social à devenir plus habitable et pacifique.
En fait pour le dire simplement, j'ai déjà vu ce monde, et donc l'intérêt du concours m'a fait dire que s'il est question d'avoir une vision du futur et de proposer des solution applicables immédiatement pour y conduire, ce ne sont pas les idées qui manquent. Ce qui manque c'est que quelqu'un s'y intéresse. Parce que tout seuls on ne peut rien faire.
En tant que personne, lorsque notre essai a été reçu et qu'il a occasionné une invitation à la présenter, il n'y a plus que cela qui compte dans notre vie !
Social view
Cent deux essayistes venus de quarante-quatre pays se retrouvent à Moscou, au Centre National "Russia", fondé sur l'initiative de Vladimir Poutine, pour organiser des colloques de portée mondiale.
Ils ont été sélectionnés pour la qualité de leur proposition, après avoir laissé une IA égrainer des milliers d'autres propositions, parmi lesquelles figuraient des plagiats ou des textes générés par une autre IA.
Le Centre en lui-même aura fini d'être bâti en 2028, ce qui est très court, étant donné la beauté et la complexité de l'architecture qui est présentée sur la maquette qui prône dans le lobby des salles de conférence.
Dans le hall principal, on retrouve un impressionnant écran en LED qui doit bien faire trois mètres de haut et quarante mètres de large, avec des pixels d'un demi-centimètre (ce ne sont que des estimations). C'est une vraie prouesse, qui produit un réalisme saisissant, et peut même simuler de la 3D en tenant compte des éclairages de la salle. C'est le désormais fameux écran qu'on voir dans les conférences de Maxim Oreshkin, le seul politicien au monde qui se donne la peine d'exposer ses raisons — ses inquiétudes et ses espoirs — tout en prodiguant des cours magistraux fondés sur des statistiques concrètes.
Et donc nécessairement, en faisant cela, contrairement à tout le reste des politiciens de la Terre, il s'expose volontairement au débat contradictoire.
Il faut dire que le monde naissant consiste précisément à contrer des structures sclérosées fondées sur des prémisses archaïques et dont l'inefficacité est facile à prouver. Il en résulte une décompensation largement prévisible en psychologie qui consiste à vouloir dominer et détruire. Et bien sûr à refuser tout dialogue.
En fait le schéma du débat consiste à écouter, répondre et respecter. Les politiciens occidentaux, n'écoutent pas, et s'ils le font ils ne répondent pas, et s'ils répondent ils ne respectent pas.
Le Dialogue Ouvert consiste à adresser de la considération pour les idées nouvelles, et le désir réel et sincère de contribuer positivement à notre société commune, à l'humanité.
On ne présente pas ses idées à un jury, même si des experts sont présents pour guider les présentations avec leurs questions épineuses et pleines de sagacité, et toujours bienveillantes, on présente nos idées "au monde", et en particulier aux essayistes sélectionnés, qui ont un esprit ouvert et une compréhension profonde des enjeux, grâce à leur propre travail.
Pour nous (les essayistes) il n'y a pas de gagnant ou de perdant. Les projets les plus soutenus ne sont pas nécessairement les plus pointus et prometteurs, mais ceux dont la réalisation convient au plus grand nombre.
Mais le vrai succès, ce sont les essayistes eux-mêmes qui en ont la charge. De nombreux projets ont des traits communs, et des affinités se créent, afin de les voir se réaliser, ou de continuer à y travailler.
En psychologie on appelle cela la thérapie par l'action, qui consiste à retrouver sa confiance en sa capacité d'agir — ce que ce Système a tendance à nous ôter — où s'immerger dans une activité et réaliser des objectifs fabrique les structures neuronales qui permettent de dépasser les blocages. Cela s'appelle le dialogue ouvert, c'est le nom de cette technique thérapeutique, qui est utilisée initialement pour sortir une personne d'un état de choc en ne la laissant jamais seule dans sa souffrance, et en l'invitant à s'exprimer.
C'est amusant parce que — je ne sais pas si c'est volontaire, beaucoup de choses s'appellent "Dialogue Ouvert" — s'il y a bien une chose, une "invention", qui est la plus urgente actuellement, c'est bien une psychothérapie générale.
Et nous ici on parle vraiment d'un monde qui a besoin de sortir d'une ornière qui le conduit à l'autodestruction, et sur ce point une grande majorité des invités est d'accord.
Et même si elle est fine et ponctuelle, toute idée qui apporte une bouffée d'air frais est saluée, honorée, et encouragée.
Strategic view

"Les approches traditionnelles, aussi bien les normes établies que les règles qui gouvernent la vie économique et les relations internationales, perdent graduellement leur pertinence." (Vladimir Poutine, s'adressant aux essayistes, source : en.russia.ru.)
Ce constat est d'une criante vérité. Les raisons sont prosaïques. Il faut "penser hors de la boîte". On ne résout un problème qu'en le définissant correctement. Et il y a de gros problèmes à résoudre. Énormément de gens souffrent, de façon parfaitement injuste, à cause de ce qu'il y a dans le cerveau des dirigeants, de croyances et de principes considérés comme sacrés et éternels, même si rien ne marche.
Nous avons osé affirmer que cet événement était historique. Car l s'agit d'une impulsion mondiale, qui ouvre des voies de communication et augmente la densité et la puissance des échanges. Car à partir du moment où on a un échappatoire, et où on peut être entendus, les choses deviennent plus sérieuses.
Après, on ne sait pas encore ce qui va en découler, mais le moins qu'on puisse dire, est que la concrétisation des aspirations repose sur le volontariat et l'engouement qui aura été suscité.
Il y avait en gros deux sortes de propositions, celles qui sont du type problème-solution, et celles qui portent sur les paradigmes auxquels il faut donner vie.
Les quatre catégories, capital humain, technologie, environnement, et connectivité, sont en réalité une nosographie — des catégories arbitraires — d'un réseau continu de propriétés qui peuvent allègrement s'enchevêtrer et se combiner de bien des manières. Beaucoup d'essayistes se sont vu déplacés d'une catégorie à l'autre, ce que seul l'organisateur peut faire en ayant une vision globale des propositions. Cela a toujours été accueilli avec respect.
Le format de la présentation est de cinq mille caractères pour l'essai initial, qui donne lieu à une publication dans quatre livres dédiés, et de sept minutes de présentation orale, qui doit suivre une structure de type problème-solution-impact. Ce n'est pas nécessairement très confortable pour les propositions paradigmatiques, et cela force à cristalliser les idées essentielles, à éviter de faire reposer ses idées sur une illusion de profondeur explicative, qui est un biais cognitif piégeux. En bref, ce qui se conçoit bien s'énonce bien, et plus les projets sont complexes, plus ils doivent s'efforcer de trouver les mots justes et les idées saillantes, dont les autres essayistes n'hésiteront pas à reconnaître et célébrer la qualité.
Ainsi sur le plan stratégique, il s'agit de créer une émulation autour de ces idées, une dynamique, ce qui permet de tisser des liens entre les gens. Et comme ne le disons souvent, un système dont les liens sont forts et nombreux est plus solide et résilient, là où une société dont les liens sont disloqués est conduite à sa perte.
Par ordre des aiguilles d'une montre :
- Technologie : Aiya Sarfaoui (Maroc) et son expert Alexey Shpilman (Russie),
- Connectivité : Solomon Gardie (Somalie) et son expert Jian Lian (Chine),
- Environnement : Soumya Bhowmick (Inde) et son expert James Law (Chine),
- Capital humain : Lubinda Haabazoka (Zambie) et son expert Dr. Selina Neri (Russie)
Ainsi, au-delà des idées qui seront promues au forum économique de St Petersbourg, les autres auront trouvé une écoute améliorative, et finalement une forme de reconnaissance, qui est très encourageante.
Il s'agit donc vraiment d'une opération de consolidation humaine de la recherche du bien commun. Nous on trouve cela extraordinaire et même émouvant.
Brics View

Et c'est là qu'on voit le génie de l'opération.
Cela ne pourrait jamais exister dans des pays à forte entropie, qui ne réussiraient qu'à se ridiculiser et à démoraliser les personnes de bonne volonté par des jugements de valeur, qui sont des réactions conditionnées. Ici, chez nous, le cadre occidental est plombé par la peur de s'exprimer et d'en subir les conséquences. Il vaut toujours mieux se taire et subir l'autorité que chercher les complications, et la vengeance.
Des analystes et des journalistes sont tout simplement ruinés et laissés sans ressources et sans recours, de façon administrative et implacable, dès qu'ils s'opposent à la stupidité et à l'inhumanité, au manque de bon sens et de logique de structures hiérarchiques qui se croient au-dessus de tout. La peur de parler, est le caractère des dictatures que sont les états occidentaux. C'est cela qui les conduit à leur perte.
Le seul fait de mentionner Moscou, la Russie, attise la suspicion et des blocages (en occident du moins). Les assurances-voyage ont retiré la Russie de leurs destinations. Les bureaux de change excluent le rouble. Le trajet en avion doit se faufiler entre les pays sous sanctions et les zones de guerre. C'est vraiment une situation historique qu'on racontera à nous petits-enfants.
Mais un monde nouveau est en train de surgir, avec des valeurs éthiques, des prémisses fonctionnelles, et surtout une énergie nouvelle qui est enthousiasmante. Alors que dans l'ancien monde, cette énergie manque et les systèmes s'érodent.
Et puis nous tenons à dire, se sachant lus par nos hôtes, que nos dirigeants ne représentent aucunement, ni ne parviennent à influencer les personnes réelles dotées d'un cerveau en bon état de marche. Les dirigeants européens sont mille fois plus honnis par leurs populations qu'ils n'ont de préjugés négatifs envers ceux de Russie ou de Chine. D'ailleurs on tient vraiment à s'excuser auprès de la Russie, des Russes, du comportement belliqueux et injustifiable de nos structures périclitantes dénuées de raison. Ils ne parlent pas au nom du peuple, et ne représentent qu'une mafia aggripée au pouvoir. S'ils parlent de "menace russe", ne vous inquiétez pas, c'est juste qu'ils se sentent menacés par ceux qui sont plus intelligents qu'eux. Et les membres du gouvernement russe ont toujours gardé en eux le calme et la dignité de garder la porte ouverte au retour de la raison.
En merveilleuse compagnie de Joseph Potvin (économiste, Canada), Jelena Milicevic-Prorokovic, coordinatrice de l'UNRAD (Serbie), Homar Sánchez-Olguín (Mexique) et Marco Cassiano (Suisse)
L'apparition d'un centre névralgique de l'intelligence sociale, que constitue le Dialogue Ouvert, est le résultat des succès qui ont été emportés face à une volonté toujours moins efficace de considérer les pays du Sud comme de simples pourvoyeurs de matières premières en échange de promesses jamais tenues autrement que par des guerres et la famine afin de maintenir dans la servitude. Ces succès ont été emportés au moyen de la stratégie la plus élémentaire et évidente possible, respecter factuellement et activement les promesses qui sont faites par les droits de l'homme et la charte de l'Onu. C'est facile de déjouer les manigances d'un idiot.
L'état d'esprit des pays des Brics et leur message implicite consiste en un mode de relations internationales basé sur un respect mutuel, prodigué par une souveraineté intellectuelle et émotionnelle. Cela s'oppose à la relation de type névrose imposée par la psychose de l'autre, que l'on trouve dans l'adage de l'ordre fondé sur les règles, qui est une imposition de principe, et par définition une perversion [qui consiste à faire un mauvais usage des normes morales] et constitue une relation toxique, dont il n'est possible de se dégager qu'en augmentant son champ de conscience.
Ainsi le Dialogue Ouvert n'est pas une opération de communication, c'est une dynamique. C'est un acte porteur d'une pulsion de vie, tourné vers le futur, qui instaure un climat de coopération productif, libre et inspiré par des principes éthiques.
Et on souhaite vraiment, d'ici en occident, que l'esprit des Brics vienne un jour percer l'obscurité qui semble s'être abattue sur le moral vacillant d'une perte de repères et d'acharnement sur ce qui ne marche pas, faute d'une vision globale, d'une éthique, et d'une réelle capacité à savoir résoudre les problèmes de façon pacifique et clairvoyante.
En fait, il nous semble que ce que Vladimir Poutine a fait avec la Russie en vingt-cinq ans, est en train d'être porté à l'échelle mondiale. Et avec cela, ce-même esprit de quiétude qui consiste à mettre en application un principe simple selon lequel la morale est fonctionnelle, et la paix est prolifique.
Remerciements
Les deux équipes chargées de l'organisation ont fait un travail d'un saisissant professionnalisme. Nous avons pu nous concentrer sur notre petit "travail" en toute quiétude et dans un cadre vraiment très confortable. Nous avons également assisté à une représentation musicale et chorégraphique absolument incroyable, sur le thème des civilisations, visité un musée et Moscou.
Merci pour la considération dont vous avez fait preuve, votre dévouement et votre sens de l'initiative. C'est vous qui avez permis que les personnes invitées se chargent de porter le succès du Dialogue Ouvert. Merci, et bravo !








