Par Laurent Ottavi
Le libéralisme vaut mieux que ceux qui s'en réclament aujourd'hui. Amine Messal, normalien et ingénieur, qui a participé à de nombreuses actions écologiques, cherche à déjouer le piège consistant à mal nommer les choses dans son essai Erreur sur la marchandise paru aux Éditions Rue de l'Échiquier. Il entend, par la même occasion, dévoiler les ressorts de l'alliance entre les "néolibéraux" et des héritiers des pires adversaires de la liberté politique et philosophique. Entretien.
Laurent Ottavi (Élucid) : Vous commencez votre livre en expliquant qu'il y a de très nombreux libéralismes, puis vous distinguer le libéralisme classique du libéralisme moderne. Pouvez-vous préciser de quoi est-il question derrière ces appellations ?
Amine Messal : Mon livre s'appuie beaucoup sur les historiens et les historiennes du libéralisme, parmi lesquels Catherine Audard et Pierre Manent. Pour eux, la naissance du libéralisme est difficile à situer. Il y a en effet des idées proto-libérales sous la plume de penseurs comme Hobbes et Locke, mais qui n'emploient pas pour autant ce terme. La constitution revendiquée du libéralisme survient seulement aux XVIIIe-XIXe siècles.
Le libéralisme classique est une façon de désigner ce proto-libéralisme des penseurs britanniques situé entre la Renaissance et la Révolution française environ. Le libéralisme des modernes, lui, doit son nom au fait qu'il apparaît à l'époque moderne, tout simplement. Il correspond à des penseurs britanniques là encore, comme John Stuart Mill, mais aussi à des penseurs comme Alexis de Tocqueville ou Constant en France.
Élucid : Qu'est-ce qui rapproche et qu'est-ce qui distingue libéralisme classique et libéralisme moderne ?
Amine Messal : Historiquement, on peut parler de la "liberté des modernes" comme l'appelle Benjamin Constant, à partir de la Révolution française, mais philosophiquement on parle ici d'une même succession de deux moments, comme l'explique Pierre Manent. Le libéralisme classique s'est d'abord opposé à une puissance extérieure jugée illégitime, l'hégémonie culturelle de l'Église ou le joug de la monarchie par exemple. Même si cela est déjà en germe chez Locke, les modernes lui ajouteront un moment positif, au sens où il façonne les institutions libérales qui vont préserver la liberté de l'individu. On commence alors à réfléchir à ce qu'on appelle aujourd'hui l'État de droit.