03/05/2026 chroniquepalestine.com  6min #312759

 « Piraterie » : Israël attaque la flottille humanitaire faisant route vers Gaza au large des côtes grecques

Flottille : des militants kidnappés et torturés par les Israéliens


Thiago Avila, militant brésilien de la Flottille de la liberté pour Gaza, à Rome, en Italie, le 29 novembre 2025 - Photo : Riccardo De Luca / AA

Par  Al-Mayadeen

Saif Abukeshek, un ressortissant hispano-suédois d'origine palestinienne, et le militant brésilien Thiago Avila sont toujours détenus par les autorités israéliennes, après avoir été transférés en Palestine occupée contre leur gré.

35 militants ont été blessés à la suite d'un assaut israélien contre des navires appartenant à la  Global Sumud Flotilla (GSF) dans les eaux internationales de la mer Méditerranée, alors qu'ils se dirigeaient vers la bande de Gaza pour acheminer de l'aide humanitaire et briser le blocus imposé sur le territoire.

Les forces israéliennes d'occupation ont pris d'assaut 22 navires civils mercredi,  enlèvent 180 militants humanitaires non armés.

Parmi eux, 178 ont depuis été libérés, tandis que Saif Abukeshek, un ressortissant hispano-suédois d'origine palestinienne, et le militant brésilien Thiago Avila sont toujours détenus par Israël.

Selon la Global Sumud Flotilla, les autorités israéliennes ont officiellement reconnu qu'Abukeshek et Avila étaient emmenés en Palestine occupée contre leur gré.

Parmi les blessés figurent des ressortissants de Nouvelle-Zélande, d'Australie, d'Italie, des États-Unis, du Canada, des Pays-Bas, d'Espagne, du Royaume-Uni, de Colombie, d'Allemagne, de Hongrie, d'Ukraine, de France, de Pologne et du Portugal.

Un militant blessé possède la  double nationalité turque et allemande. L'identité de trois autres participants blessés est encore en cours de vérification.

Soixante participants sont actuellement en grève de la faim pour protester.

Torture à bord du Nahshon

Les 180 participants kidnappés ont été retenus pendant près de  40 heures à bord du navire de guerre israélien Nahshon, confinés dans un espace de fortune formé de conteneurs maritimes, privés de nourriture et d'eau en quantité suffisante, et contraints de dormir sur des sols délibérément inondés.

Dans un  témoignage enregistré, le militant espagnol Javi Aparente a décrit le moment où les soldats des FIO sont venus chercher Abukeshek. "Ils nous ont fait nous agenouiller, les mains sur la tête... ils ont demandé à Tiago d'enlever les tapis pour que nous nous agenouillions directement sur le métal."

Quand Avila et Aparente ont tous deux refusé, ils ont été séparés, maîtrisés de force, puis emmenés là où Abukeshek était déjà allongé sur le sol, les mains attachées dans le dos.

"Seif criait que ses liens étaient très serrés, il se plaignait de ne plus sentir ses mains", a raconté Aparente. Lorsque les soldats ont tenté de desserrer les liens à l'aide de ciseaux, ils l'ont blessé.

"Ils lui ont marché dessus, il hurlait."

Abukeshek a également signalé avoir des difficultés à respirer. Lui et deux autres personnes ont ensuite été placés en isolement cellulaire. C'est la dernière fois que les participants l'ont vu.

Au total, six militants ont été placés à l'isolement au cours de leur détention, parmi lesquels des participants identifiés comme Tony, Sameer et Richard ; ce dernier a été saisi et roué de coups de pied à plusieurs reprises pour avoir mené les slogans. "On l'entendait crier", a déclaré Aparente.

Dans les heures qui ont précédé leur transfert, les militants ont organisé un sit-in, scandant des slogans pendant près d'une heure et réclamant des médicaments, des serviettes hygiéniques, de l'eau et la libération de leurs camarades.

Les forces d'occupation israéliennes ont réagi en recourant à une force décuplée. "Ils ont commencé à traîner les gens... ceux d'entre nous qui menaient les slogans, ils nous ont un peu plus pris pour cible", a déclaré Aparente.

"Ils sont venus vers moi et m'ont marché sur la gorge très fort pour que j'arrête de chanter."

Il a ensuite été traîné dans un conteneur de transfert. "Dès que je me suis retrouvé dans l'obscurité du conteneur, ils ont commencé à me donner des coups de pied, dans le dos, sur les côtés, puis ils ont fini par me frapper à la tête, au visage, au nez. J'avais une fissure, j'étais donc certain qu'il était déjà cassé, et j'ai commencé à saigner abondamment."

Le gouvernement grec a ouvertement et activement collaboré

Le GSF a accusé le gouvernement grec non pas de complicité passive, mais de collaboration active pour avoir permis aux forces israéliennes d'opérer au sein d'une zone grecque de recherche et de sauvetage et facilité le débarquement de civils enlevés dans un port crétois.

Aparente a décrit ce qui attendait les participants à leur arrivée. "J'ai appris par l'une des policières qu'elles étaient là depuis la nuit dernière ; elles avaient donc certainement été prévenues à l'avance."

Malgré cet avertissement préalable, les autorités ont fourni quatre bus, une quantité d'eau insuffisante, aucune nourriture et aucun soutien psychologique. Les militants nécessitant des soins médicaux urgents ont d'abord été empêchés d'être transférés à l'hôpital, car les autorités grecques voulaient que tout le monde soit d'abord embarqué dans les bus.

La flottille a qualifié le comportement de la Grèce de honteux et a averti que le pays risquait de devenir "un État paria" en se positionnant comme "l'allié le plus privilégié d'un État génocidaire" à un moment où celui-ci fait l'objet d'une délégitimation internationale généralisée.

Les gouvernements du Brésil et de l'Espagne ont publié une déclaration commune condamnant l'interception et appelant à la libération immédiate des deux hommes.

La flottille demande instamment aux membres du Parlement européen d'exiger des éclaircissements sur leur localisation, de garantir l'accès à un avocat et à une assistance consulaire, et de lancer une enquête approfondie sur les violences commises dans les eaux grecques et internationales.

La mission du printemps 2026 a pris la mer depuis la Sicile, avec à son bord 345 participants de 39 pays répartis sur 55 navires. Parmi ceux-ci,  22 ont été interceptés. Au moins 14 poursuivent leur route vers Gaza.

Il s'agit de la deuxième mission de la flottille ; la première, en septembre 2025, s'était soldée par un  assaut similaire des forces de défense israéliennes et des  détentions massives.

2 mai 2026 -  Al-Mayadeen - Traduction :  Chronique de Palestine

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