
Par Philip Giraldi, le 3 mai 2026
Que faut-il faire pour qu'il s'en aille ?
Vendredi, Donald Trump a remis ça. Il a publié sur Truth Social une photo retouchée de son visage à côté de ceux des quatre anciens présidents sculptés dans la pierre du Mont Rushmore, dans le Dakota du Sud. Il souriait au moins, au lieu d'afficher son habituel rictus ou sa moue méprisante, son petit poing levé en signe de défi pour montrer à quel point il est un dur à cuire ! Ce portrait présidentiel austère figurera en première page des nouveaux passeports américains délivrés par le bureau des passeports de Washington DC en juin pour commémorer à la fois le 150e anniversaire des États-Unis et le 80eanniversaire de notre glorieux souverain. La photo de DJT s'affichera sur fond rouge, blanc et bleu pour souligner son caractère patriotique.
Et pour les amateurs de l'obsession présidentielle pour tout ce qui est doré, il existe désormais une statue de Donald de 4,5 mètres de haut, son petit poing levé, sur son parcours de golf Trump Doral en Floride. Elle est entièrement plaquée d'or. Elle ressemble probablement à celle que son gendre et promoteur immobilier, Jared Kushner, a proposé il y a quelque temps d'ériger au sein du complexe immobilier de luxe Trump Gaza Riviera à Gaza, une fois que les Palestiniens auront été exterminés ou contraints d'émigrer par Israël, le "meilleur ami et allié le plus proche" des États-Unis.
Et ce n'est pas tout ! De nombreux Américains ont découvert, stupéfaits, sur Truth Social une image générée par IA représentant Don, le déserteur, portant une paire de Ray-Ban façon militaire et tenant un fusil d'assaut, le doigt dangereusement proche de la gâchette, alors qu'il se tient devant une ville en flammes. Une légende adressait un message à l'Iran, l'invitant à se rendre ou à en subir les conséquences : "Fini d'être gentil !"
La statue représentant Donald Trump et Jeffrey Epstein, le 23 septembre, à Washington. (Anna Moneymaker/Getty Images. AFP)
Enfin, tous les Américains patriotes ont vraiment dû apprécier la nouvelle selon laquelle les travaux avancent sur le Boeing 747 que notre président a reçu en cadeau du Qatar. L'armée de l'air va dépenser 400 millions de dollars pour les travaux de modernisation qui permettront de convertir l'avion en nouvel Air Force One destiné aux voyages présidentiels de luxe, qui, espérons-le, démarreront à la fin de cet été. Une fois que Trump aura quitté ses fonctions, l'avion sera transféré en Floride où il sera basé à la bibliothèque présidentielle Trump à Miami. Une image générée par IA montrant à quoi il ressemblera circule déjà, et je suis sûr que tout citoyen loyal se joindra à moi pour saluer cette dépense de 400 millions de dollars pour un avion immobilisé dans une bibliothèque en l'honneur du pire chef d'État que ce pays ait jamais connu. Voilà de l'argent judicieusement dépensé.
Donald Trump n'est clairement pas pudique lorsqu'il s'agit de se promouvoir, allant même jusqu'à enrichir, selon des informations désormais largement relayées, sa famille et ses associés en exploitant sa position et les contacts qu'elle confère. Il excelle dans ce qu'on appelle le délit d'initié, consistant à informer ses associés de ce qu'il va dire ou faire de nature à influencer le marché boursier, permettant ainsi à ses contacts privilégiés d'acheter à bas prix et de revendre au prix fort. Cette stratégie a très bien fonctionné avec le pétrole et les produits énergétiques pendant le conflit actuel avec l'Iran, permettant notamment à sa famille de réaliser d'énormes profits. Le délit d'initié est également illégal, mais qui s'en soucie vraiment ? Le mari de la célèbre députée démocrate Nancy Pelosi se serait enrichi et s'enrichirait encore grâce à cette pratique, alors pourquoi pas quelques membres de la famille Trump ?
Une autre caractéristique de Sir Donald réside en la célébration personnelle de son propre génie, par lui-même et les flagorneurs dont il s'est entouré, un génie invisible à quiconque sauf aux maniaques criminels qui ont le malheur de traiter avec lui. Sa dernière affirmation, et peut-être la plus bizarre, explique qu'il serait "la personne la plus puissante qui ait jamais existé", si tant est que cela ait un sens. S'il fait référence à ses tentatives de détruire le monde tel que nous le connaissons, voire d'utiliser son arsenal nucléaire, alors il n'a pas tout à fait tort, mais ses dérapages sont bien plus nombreux que ses "victoires" tant vantées sur des adversaires tels que les responsables vénézuéliens, les pêcheurs des Caraïbes et, plus récemment, la non-menace iranienne, en soutien à son compagnon de crimes contre l'humanité, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
Le fait est que Donald Trump échoue dans presque tout ce qu'il entreprend, comme en témoignent ses six faillites, et a été un désastre en matière de politique étrangère des États-Unis, avec sa tendance à négocier à coups de menaces et d'insultes plutôt que de s'efforcer de trouver un terrain d'entente fondé sur des intérêts mutuels. Trump suit les conseils de Netanyahu sur la conduite à tenir vis-à-vis de l'Iran et est également en contact fréquent avec Mark Levin et Laura Loomer, deux personnalités juives influentes qui militent pour une législation criminalisant les critiques d'Israël et prévoyant de lourdes peines de prison. Par ailleurs, je trouve assez amusant que Trump ait récemment ajouté un certain Nick Stewart à l'équipe de négociation maladroite sur l'Iran composée de Jared Kushner et Mike Witkoff, tous deux de fervents sionistes et présumés agents israéliens infiltrés dans l'administration Trump. Stewart est un collaborateur du think tank Foundation for the Defense of Democracies (FDD), dont l'objectif principal est depuis longtemps de pousser les États-Unis à détruire l'Iran au profit d'Israël. Bien vu, Donald, de faire entrer ce clown dans votre équipe. Vous devriez peut-être l'inclure dans votre Conseil de la paix, si mal nommé et dysfonctionnel.
Trita Parsi, expert du Moyen-Orient chez Responsible Statecraft, a écrit sur les récentes manœuvres délirantes de Donald Trump qui tente de négocier une sorte d'accord possiblement qualifié de "victoire" dans ses pourparlers avec l'Iran, afin d'échapper au désastre qu'il a lui-même provoqué. Parsi décrit son incapacité à conclure un compromis raisonnable avec les Iraniens pour mettre fin à ce conflit comme "le blocus de Trump contre l'Iran qui change la victoire en défaite". La guerre va donc se poursuivre sous l'impulsion de Netanyahu, et Trump continuera d'affirmer qu'il a "gagné". Et le monde paiera le prix de tant de débilité. Comme le formule si bien le juriste international John Whitbeck : "Le monde entier souffre sans la moindre issue en vue".
En effet. Les économistes prévoient une récession "mondiale" si la guerre contre l'Iran dans sa forme actuelle se prolonge encore quelques mois. Et la guerre contre l'Iran n'affecte pas seulement négativement les ressources énergétiques mondiales, elle bouleverse également les relations intergouvernementales au-delà du Conseil de coopération du Golfe et de l'OPEP dans la région du Moyen-Orient. Trump a été particulièrement déçu par l'absence de soutien de l'OTAN à sa guerre, certes insensée, contre l'Iran, ainsi que par les initiatives internationales en faveur de sanctions contre Israël pour son génocide à Gaza et ses attaques contre le Liban. Il a annoncé le retrait de 5 000 soldats américains d'Allemagne, après que le chancelier Friedrich Merz a déclaré que les États-Unis ont subi une "humiliation" lors des négociations sur la guerre contre l'Iran. Quant à l'Espagne et à l'Italie, qui ont toutes deux refusé que leurs bases aériennes de l'OTAN soient utilisées pour des attaques contre l'Iran, Trump envisage le même traitement, voire un traitement plus sévère. Pour commencer, il réclame l'expulsion de l'Espagne de l'OTAN et a, comme à son habitude, averti que
"L'Italienne Giorgia Meloni manque de courage vis-à-vis de la guerre contre l'Iran. Les gens apprécient-ils que Meloni ne fasse rien pour sécuriser le pétrole ? Est-ce qu'elle-même le vit bien ? J'ai du mal à l'imaginer. Elle m'a choqué. Je pensais qu'elle avait du courage, mais je me suis trompé. L'Iran ferait sauter l'Italie en deux minutes s'il en avait l'occasion".
Il faut admettre que l'OTAN est une organisation qui a largement fait son temps, mais le fossé grandissant avec les démocraties européennes, normalement enclines à soutenir les initiatives américaines, suggère que les conséquences géopolitiques de la guerre entre les États-Unis et Israël contre l'Iran dépasseront largement tout ce qu'on a pu imaginer au début du conflit.
Merci M. Trump !
Traduit par Spirit of Free Speech
Philip M. Giraldi est directeur exécutif du Council for the National Interest, une fondation éducative qui milite pour une politique étrangère américaine au Moyen-Orient davantage axée sur l'intérêt national. Son site web est councilforthenationalinterest.org et son adresse e-mail est informcnionline.org