TONY Ametepe
Au Cameroun, la faim n'est plus seulement une urgence humanitaire. Elle devient un révélateur brutal des fragilités structurelles de l'État. Selon les dernières estimations, jusqu'à 2,9 millions de personnes pourraient basculer dans l'insécurité alimentaire dans les mois à venir. Derrière ce chiffre, de nombreuses familles sont contraintes de vendre leurs biens essentiels ou de choisir quel enfant nourrir. Une réalité glaçante, une crise silencieuse, mais massive.
Ce qui frappe, ce n'est pas seulement l'ampleur du phénomène, mais son enracinement dans des dynamiques politiques, sécuritaires et économiques imbriquées. Pauvreté persistante, conflits armés, chocs climatiques et retrait progressif de l'aide internationale dessinent un cocktail explosif. Le Cameroun, souvent perçu comme un îlot de stabilité relative en Afrique centrale, voit aujourd'hui ce récit vaciller.
Une faim aux racines politiques et sécuritaires profondes
L'insécurité alimentaire au Cameroun ne peut être comprise sans analyser le contexte sécuritaire. Les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, en proie à une crise anglophone depuis plusieurs années, ainsi que l'Extrême-Nord, confronté aux incursions de groupes armés, sont devenues des zones de vulnérabilité extrême. Les déplacements massifs de populations désorganisent les systèmes agricoles, brisent les circuits économiques locaux et aggravent la précarité.
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À cela s'ajoute un autre facteur clé qu'est l'incapacité structurelle à absorber les chocs climatiques. Sécheresses, inondations et irrégularités pluviométriques affectent directement la production agricole. Or, dans un pays où une grande partie de la population dépend de l'agriculture de subsistance, chaque perturbation climatique devient une menace directe sur l'assiette quotidienne.
Mais au-delà des facteurs visibles de la faim, une question plus délicate se pose : celle de la gouvernance. La lenteur des réponses publiques, le manque de coordination entre acteurs et une certaine centralisation des décisions limitent l'efficacité des interventions. Résultat, les crises locales se transforment en urgences nationales.
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Le désengagement international et ses conséquences
L'un des tournants majeurs de cette crise de la faim réside dans la baisse drastique des financements humanitaires. Les ONG, en première ligne, se retrouvent contraintes de réduire leurs opérations, voire de fermer des bureaux. Ce désengagement progressif révèle une réalité souvent ignorée qu'est la dépendance du Cameroun à l'aide extérieure pour gérer ses crises internes.
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Cette situation crée un effet domino. Moins de financements signifie moins de bénéficiaires, des rations alimentaires réduites et une couverture géographique limitée. Les populations les plus vulnérables notamment les déplacés internes, réfugiés, ménages pauvres deviennent alors les premières victimes d'un arbitrage cruel : qui aider, et qui laisser de côté ?
Les conséquences sont déjà visibles, notamment chez les enfants. Dans certaines zones, les taux de malnutrition infantile augmentent de manière inquiétante. Or, au-delà de l'urgence sanitaire, c'est l'avenir du pays qui est en jeu. Une génération fragilisée par la faim est une génération dont les capacités physiques, cognitives et économiques seront durablement affectées. Si rien n'est fait pour traiter les causes profondes insécurité, gouvernance, résilience économique les chiffres continueront d'augmenter, mais surtout, les drames humains se multiplieront dans l'ombre.
Tony A.
