04/05/2026 mondialisation.ca  5min #312857

Petit rappel historique : il était une fois la Russie sous diktat occidental

Par  Catherine Roman

Il était un temps pas si ancien (années 1990) où la Russie était considérée comme un pays négligeable sur la scène internationale, ramenée à l'état de mise sous tutelle occidentale. Le peuple russe, bien qu'éduqué, était vu comme incapable de diriger le pays et les entreprises locales qui étaient soumises au diktat des "expatriés" et des cabinets de conseils anglo-saxons ainsi qu'aux organisations internationales qui leur sont inféodées (Fonds Monétaire International, Banque Mondiale).

I - Pénuries et difficultés de la vie quotidienne

Arrivée en Russie de France en 1993, je me souviens des difficultés de trouver des produits quotidiens variés et de bonne qualité. Les produits locaux étaient encore issus du modèle soviétique et les produits importés de mauvaise qualité (soit périmés, soit produits "spécialement pour le marché russe" c'est-à-dire des sous-produits de mauvaise qualité vendus à prix élevés, soit ne respectant pas les règles élémentaires sanitaires,...).

Moscou était triste comme endormie où la vie sociale était reléguée à de rares visites dans les logements d'amis où les tapis au mur étaient signes de richesse.

II - Le règne des "expatriés", des cabinets de conseils anglo-saxons et des organisations internationales

A cette époque, toute société russe ou étrangère qui se voulait en croissance sur le marché local recrutait des "expatriés" payés au prix fort, souvent des salariés en début de carrière ou qui avaient été mis sur "la touche" dans leur pays d'origine car la destination russe n'était pas enviée. Grâce à des titres de postes largement surévalués, ces "expatriés" se voyaient, en général, supérieurs en tout domaine aux salariés locaux qui peinaient à survivre avec des rémunérations faibles au regard de leur qualification et de leur valeur ajoutée au sein de la société.

Les cabinets de conseils anglo-saxons assistaient les "expatriés" et les dirigeants russes avec leurs standards "tout prêts" et leur méconnaissance des spécificités et des intérêts russes.

Les conseils du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale en prônant l'urgence des privatisations "sauvages" des entreprises russes ont notamment spoliés le peuple russe et, avec du recul, ont contribué de façon volontaire à l'effondrement de l'économie post soviétique.

Non-paiement des pensions et des prestations sociales en Russie dans les années 1990

III - Insécurité généralisée et économie souterraine

Les années 1990 reflètent une société russe marquée par la violence et le règne de la "mafia" où la loi du plus fort s'imposait. On se souvient de ces hommes jeunes tout habillés de noir qui se retrouvaient dans les quelques restaurants du centre-ville, restaurants que la population ne pouvait financièrement se permettre. A cette période, l'économie russe, soumise à la loi du dollar US, était majoritairement souterraine avec un marché "noir" en pleine croissance ce qui pénalisait le budget national.

Des gens lors du service funèbre pour le parrain de la mafia russe Viatcheslav Ivankov, alias Iapontchik (petit Japonais), au cimetière Vagankovskoïe à Moscou.  Valery Sharifulin/TASS

En conclusion, d'un pays en faillite à la fin des 1990, la Russie est devenue un pays parmi les moins endettés aujourd'hui ce qui lui procure une autonomie et une indépendance des plus enviées mondialement au moment où l'endettement planétaire et les déficits budgétaires accumulés suscitent de sérieuses inquiétudes et sont précurseurs d'une crise financière mondiale.

Malgré les sanctions liées à la défense des Russophones en Ukraine qui ont conduit à l'opération spéciale, les magasins sont bien approvisionnés avec des produits à des prix

abordables. C'est ainsi que l'économie résiste aux pressions internationales depuis plus de quatre ans pour s'installer à la 4ème place du classement des plus grandes économies du monde en 2025, selon le Fonds Monétaire International (FMI). L'armée russe, quant à elle, est respectée et est vue parmi les meilleures au monde avec un équipement de haut niveau techniquement et des militaires aguerris.

[Image à droite :  La Russie s'en sort mieux que les pays occidentaux, selon le FMI]

En général, les Russes ont également repris la direction des entreprises nationales leur permettant de s'adapter au mieux aux besoins locaux et à leurs intérêts à l'export portés par une politique étrangère forte développée sur les principes de respect des peuples et des cultures de chacun.

A ce jour, le rouble s'est imposé dans une économie largement dédollarisée grâce à la politique de la Banque Centrale de Russie dont l'un des objectifs est la lutte contre l'inflation. Dans ce cadre, la confiance dans la monnaie locale, la constance dans la politique du pays, la sécurité des personnes et des biens sont des moteurs de l'économie russe.

Le chemin parcouru en quelques années, depuis la fin de l'Union Soviétique, est impressionnant et suscite des jalousies à l'international là où la chute du mur de Berlin avait été vue comme une capitulation définitive de la Russie et de ses intérêts nationaux et internationaux.

Catherine Roman

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