06/05/2026 reseauinternational.net  4min #313044

La Chine décide de punir les États-Unis pour les sanctions contre ses raffineries

par Alexandre Lemoine

Pékin est passé des paroles aux actes. Les autorités chinoises ont ordonné pour la première fois officiellement à leurs entreprises nationales d'ignorer les sanctions américaines visant les raffineries chinoises liées au commerce du pétrole iranien. Cette décision risque de dégénérer en une guerre des sanctions à grande échelle entre les deux plus grandes économies mondiales, entraînant le secteur bancaire dans le conflit.

Auparavant, Pékin se contentait de critiquer les sanctions de Washington, les qualifiant d'illégitimes, mais dans les faits, les grandes entreprises les respectaient afin de ne pas perdre l'accès au système financier américain. La situation a changé désormais.  L'annonce a été faite à la veille de la rencontre prévue entre les présidents Donald Trump et Xi Jinping à la fin du mois. Cela illustre la nouvelle posture plus ferme adoptée par la Chine.

Ce sont les raffineries privées liées au pétrole iranien qui sont visées. Parmi elles figure l'importante usine Hengli Petrochemical (Dalian) Refinery Co., frappée de sanctions le mois dernier. Désormais, il est interdit aux entreprises chinoises de reconnaître et d'appliquer ces restrictions.

Les médias publics et les experts conseillant le gouvernement présentent cette décision comme une réponse résolue mais mesurée. Dans un commentaire publié dans le Quotidien du Peuple, elle  a été qualifiée de "moment clé" dans la lutte contre la "juridiction élargie" des États-Unis.

Les actions de Pékin constitueront une épreuve majeure pour l'ensemble du système de sanctions américain, déjà fragilisé par les hésitations de Washington à l'égard de la Russie, du Venezuela et de l'Iran. Dans le contexte du conflit entre Trump et l'Iran, qui sape la confiance envers les États-Unis, la Chine a choisi de protéger son économie tout en élargissant son arsenal de mesures de rétorsion.

Pékin renforce progressivement le recours à des instruments alternatifs, les terres rares et les technologies. La semaine dernière, il a bloqué l'acquisition par Meta Platforms Inc. de la start-up d'intelligence artificielle Manus pour 2 milliards de dollars, alors que la transaction était déjà finalisée.

En 2021, la Chine avait introduit des mesures visant à protéger ses entreprises contre les législations étrangères jugées injustes. À l'époque, les raffineries, y compris Hengli, avaient été confrontées au blocage de leurs actifs et à des restrictions sur leurs transactions.

Les raffineries privées chinoises cherchent activement des moyens de contourner les sanctions en tirant parti des réductions sur le pétrole en provenance d'Iran, de Russie et du Venezuela. Les grands acteurs tels que Hengli sont moins dépendants du système financier américain que les entreprises publiques, mais ils entretiennent des liens étroits avec les principaux créanciers publics chinois.

Pour contourner les restrictions, les banques peuvent recourir à des transactions en yuans, les rendant moins visibles pour les autorités américaines. Les entreprises peuvent également demander une exemption si elles prouvent que le respect de ces exigences entraînerait des difficultés significatives.

Le ministère chinois du Commerce  a déclaré samedi que les sanctions américaines restreignaient illégalement le commerce international. Le ministère a annoncé l'interdiction de reconnaître et de respecter les mesures restrictives visant cinq entreprises. Le communiqué souligne que la Chine s'oppose aux sanctions unilatérales non approuvées par l'ONU.

Les analystes d'Eurasia Group estiment que ces mesures ne compromettront probablement pas le sommet entre Xi Jinping et Trump. Toutefois, la réaction de Washington montrera dans quelle mesure la situation pourrait s'envenimer.

Les raffineries chinoises travaillent principalement avec des banques qui ne font pas encore l'objet de sanctions directes de la part des États-Unis. Mais si Washington impose des sanctions secondaires contre ces établissements ou de grandes entreprises publiques, Pékin répondra vraisemblablement par des contre-mesures sévères.

La récente escalade au Moyen-Orient due au conflit avec l'Iran a déjà provoqué des fluctuations des prix du pétrole. Cela pèse sur les régions dépendantes des exportations des pays du Golfe et pourrait avoir de graves répercussions mondiales, rapporte Bloomberg.

La Chine demeure depuis longtemps le principal acheteur du pétrole iranien. Une part importante des livraisons transite par les raffineries privées. Les données douanières chinoises ne reflètent pas ces opérations, la dernière livraison officielle a été enregistrée il y a plusieurs années.

Comme l'avait précédemment rapporté CNBC, la Chine  a reçu depuis l'Iran au moins 11 millions de barils de pétrole brut depuis le début des hostilités au Moyen-Orient. La totalité du pétrole iranien a transité par le détroit d'Ormuz, fermé aux autres pétroliers.

source :  Observateur Continental

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