07/05/2026 reseauinternational.net  5min #313164

La flambée du prix des engrais et du carburant menace les récoltes de riz en Asie

Dans cet article de Nikkei Asia du 6 mai, on voit comment les riziculteurs indiens, vietnamiens et thaïlandais sont directement touchés par la hausse des prix des engrais, au cœur de la saison des cultures, tandis que des pays consommateurs comme les Philippines ou les États d'Afrique subsaharienne sont déjà en alerte. La cascade de Tindale, partie d'un calcul systémique, devient tangible dans les rizières inondées du Pendjab et du Mékong.

Fausto Giudice

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Les riziculteurs en Inde, au Vietnam et en Thaïlande se préparent à une flambée des prix des engrais

par Satoshi Shimoda

À l'approche des semis, la crise du détroit d'Ormuz met en péril la riziculture en Inde, au Vietnam et en Thaïlande.

TOKYO - La flambée des prix des engrais assombrit les perspectives des riziculteurs d'Asie du Sud et du Sud-Est à l'orée de la saison des cultures, menaçant l'approvisionnement alimentaire mondial.

Le prix de l'urée (engrais azoté) a grimpé de 18% sur un mois en avril, après un bond de 54% en mars, la guerre en Iran perturbant la production et le transport au Moyen-Orient.

Le cours de référence international de l'urée a atteint 857 dollars la tonne métrique en avril, selon des données publiées lundi par la Banque mondiale. Ce niveau dépasse le précédent pic de quatre ans, à 726 dollars atteint en mars, et représente plus du double de son niveau d'il y a un an.

Des États du Golfe comme le Qatar et l'Arabie saoudite assurent 30 à 35% des exportations mondiales d'urée, un engrais azoté tiré du gaz naturel. Les installations de production ont été endommagées par des frappes iraniennes, et le transport est paralysé par la fermeture de fait du détroit d'Ormuz.

Les pays asiatiques, qui figurent parmi les principaux producteurs et consommateurs de riz, affrontent de plein fouet cette envolée des coûts. La riziculture est gourmande en engrais et dépend particulièrement des fertilisants azotés, qui favorisent la croissance des feuilles et des tiges.

"L'Asie est la région la plus exposée aux approvisionnements du Moyen-Orient, tant pour l'énergie que pour les engrais", souligne Dawit Mekonnen, économiste senior à la Banque mondiale. "Si le détroit d'Ormuz reste fermé au-delà du mois de juin, de nombreux pays risquent de se heurter à des pénuries d'intrants".

La production de soufre, ingrédient essentiel des engrais phosphatés, dépend elle aussi des États du Golfe.

La Banque mondiale prévoit que les prix des engrais augmenteront de 31% sur l'année 2026, avec une hausse d'environ 60% pour l'urée.

Des engrais plus chers, ce sont des coûts de production plus élevés. Dans les pays émergents, où il est particulièrement difficile de répercuter ces coûts sur les prix alimentaires, les agriculteurs réduisent généralement les épandages. Les rendements des récoltes pourraient en pâtir.

La Banque mondiale table sur une hausse modérée des prix alimentaires en 2026 (+2%), mais cette relative stabilité s'explique, selon elle, par "d'importants stocks mondiaux de céréales au moment où le choc survient".

En Asie du Sud et du Sud-Est, l'arrivée de la mousson donne le coup d'envoi de la phase la plus intensive du cycle du riz. Les variétés à grain long comme le riz indica ou le riz jasmin, qui apprécient chaleur et humidité, représentent environ 90% du riz commercialisé dans le monde.

Mai est le mois où une grande partie des cultivateurs indiens, vietnamiens et thaïlandais sèment le riz ou repiquent les plants en rizière.

Au-delà des engrais, la flambée des autres intrants agricoles et des coûts de transport devrait alourdir les coûts de production de 50 à 80%.

"L'ajustement est déjà à l'œuvre dans les décisions de planification, du Pendjab jusqu'au Mékong", explique Maximo Torero, économiste en chef de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). "Le Vietnam, deuxième exportateur mondial de riz, réduit sa production car les coûts de l'énergie compriment ses marges. La Thaïlande et le Bangladesh subissent des pressions similaires".

L'Inde est à la fois le premier producteur et le premier exportateur de riz au monde, avec environ 150 millions de tonnes par an selon le département usaméricain de l'Agriculture. Mais sa dépendance aux engrais importés la rend vulnérable. Le gouvernement subventionne les engrais, or environ 40% de ces importations proviennent des pays du Golfe.

L'Inde a exporté quelque 23 millions de tonnes de riz lors de la campagne de commercialisation 2024-2025, soit 15% de sa production. L'année précédente, elle avait restreint ses exportations par crainte d'une moisson moins abondante.

Aucun autre pays n'est en mesure de se substituer à l'Inde pour approvisionner le marché mondial. Même la Chine et l'Indonésie, respectivement deuxième et troisième producteurs mondiaux, importent une partie de leur riz. Contrairement au blé ou au maïs, qui font l'objet d'échanges mondiaux massifs, le commerce du riz reste limité. Le Vietnam, la Thaïlande et le Pakistan ne peuvent exporter chacun que 5 à 8 millions de tonnes par an.

Les Philippines et des pays d'Afrique subsaharienne, grands consommateurs de riz, dépendent des importations. Plus le blocage du détroit d'Ormuz se prolongera, plus le risque de crise alimentaire augmentera.

source :  Nikkei Asia via  Fausto Giudice

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