07/05/2026 reseauinternational.net  4min #313169

 « Piraterie » : Israël attaque la flottille humanitaire faisant route vers Gaza au large des côtes grecques

Global Sumud Flottilla 2026, de précieuses nouvelles sont données à Réseau International par Alonso Santos Rivera

par François Meylan

En contact régulier depuis notre entrevue de Syracuse, Sicile, Italie, Alonso, catalan espagnol, architecte de profession et navigateur nous donne des nouvelles de ses camarades anciennement séquestrés, de l'expédition en général et sur les moyens coercitifs employés par l'armée israélienne de son récent acte de piraterie maritime.

"Bonjour,

Nous sommes toujours à Lerápetra, Crète, au mouillage, avec la possibilité de descendre à terre quelques heures avant de reprendre la mer.

Après tout ce que nous avons vécu, honnêtement, même une simple promenade à terre est la bienvenue.

Nous tenterons bientôt de traverser deux courtes zones d'eaux internationales entre les îles grecques et la Turquie.

Entre-temps, quatre autres bateaux continuent d'arriver de Sicile pour nous rejoindre. Durant la nuit, des rumeurs d'intervention ont circulé : des hélicoptères ont été entendus, des drones ont été aperçus et des projecteurs ont été repérés au-dessus de la mer. Mais ils poursuivent leur route et devraient entrer au port aujourd'hui.

Hier, nous avons tenu notre première grande réunion après avoir retrouvé nos camarades libérés en Crète. Ce fut un moment profondément émouvant, mais aussi extrêmement difficile.

Petit à petit, des récits détaillés de ce qui s'est passé pendant l'enlèvement et la détention commencent à émerger : violences physiques, humiliations, violences sexuelles, tirs de balles en caoutchouc dans des conteneurs fermés et utilisation de grenades assourdissantes dans des espaces confinés.

Nombreux sont ceux qui s'accordent à dire que le"navire-prison"semblait avoir été préparé récemment : conteneurs neufs, soudures fraîches, barbelés fraîchement installés. Tout donnait l'impression d'une opération pré-organisée et planifiée.

Malgré tout, les camarades ont tenu bon, gardant l'esprit constamment en éveil. Ils ont organisé des jeux, des discussions, des exercices physiques et des formes d'entraide pour se soutenir mutuellement. Aujourd'hui, ils se souviennent de ces moments avec douleur, mais aussi avec fierté, car ils savaient qu'ils agissaient véritablement en camarades, se portant secours les uns aux autres dans une situation extrême. Les équipes juridiques recueillent tous les témoignages, et beaucoup d'entre nous insistent sur l'importance de tout écrire et de tout raconter, car ceux qui ont réussi à s'échapper savent que ces récits sont nécessaires pour sensibiliser l'opinion publique.

Parallèlement, les tactiques de surveillance semblent avoir évolué.

Nous avons observé de nouveaux types de drones : certains petits, lancés depuis un drone principal, d'autres qui s'approchent uniquement pour scanner les visages, d'autres encore équipés de projecteurs à longue portée, et des drones de vision à distance. Nous n'avons pas encore vu les drones d'attaque utilisés par le passé, mais nous craignons fortement qu'ils ne tentent une forme d'agression plus impersonnelle, plus difficile à attribuer directement.

On parle également d'une possible escorte des garde-côtes grecs.

Cette possibilité suscite des avis partagés. D'un côté, elle pourrait offrir une certaine sécurité ; de l'autre, nous restons profondément méfiants envers les gouvernements de l'OTAN qui collaborent politiquement et militairement avec Israël depuis des années, tout en fermant les yeux.

Nombreux sont ceux qui se demandent encore où étaient ces mêmes garde-côtes lorsque nous avons lancé des appels de détresse lors des précédentes attaques.

Tout ce que nous voyons donne l'impression d'un manque total de planification. Ils font face à la plus grande flottille civile organisée jamais vue, et il semble évident qu'ils craignent la force symbolique et politique de ce récit collectif.

La violence employée, loin d'affirmer un contrôle, traduit parfois le désespoir et la difficulté à dissimuler la réalité.

Nous poursuivons nos efforts.

En fait, maintenant, après avoir écouté et réconforté nos camarades libérés, notre conviction est plus forte que jamais.

Leur courage, leur humanité et leur capacité à se soutenir mutuellement dans cette épreuve sont devenus une nouvelle source de force pour nous tous.

Je voudrais terminer en évoquant Thiago et Saif, toujours emprisonnés dans une immense incertitude. Aujourd'hui, nous avons également appris le décès de la mère de Thiago. Il est difficile d'imaginer ce qu'il doit endurer en prison. Personnellement, je me sens terriblement impuissant face à leur situation et je ne sais pas comment exprimer pleinement cette réalité aux diplomates sur place, afin qu'ils saisissent la dimension humaine de ce qui se passe.

Merci à tous ceux qui sont encore là, qui nous accompagnent, qui lisent, partagent et qui soutiennent ce combat malgré la distance. Votre soutien nous touche profondément".

Alonso Santos Rivera

Lerápetra, mercredi 6 mai 2026, 12:04

 François Meylan

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