Par Pascal Lottaz
Un "concept de cadre œcuménique" récemment divulgué montre que même les églises allemandes se préparent à la guerre.
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Par Pascal Lottaz
Ce qui suit, renvoie au soi-disant "concept de cadre œcuménique" que le Dr Ulrike Guérot m'a présenté lors d'une récente conférence ( version allemande ici , version anglaise bientôt). C'est une lecture effrayante, car elle montre jusqu'où la psychose de guerre est déjà allée en Allemagne. Résumé par AI, article complet (en allemand) ici.
Résumé
Daté de septembre 2025, le "concept de cadre œcuménique" est bien plus qu'un simple document de planification pastorale. C'est un document de préparation sobre à l'éventualité d'une guerre — et, en tant que tel, une indication révélatrice de la gravité avec laquelle les institutions allemandes, y compris les Églises, considèrent désormais la possibilité d'un conflit militaire en Europe.
Le point de départ du document établit le cadre de tout : selon les évaluations de tous les acteurs concernés, qu'ils soient militaires, services de renseignement et chercheurs universitaires, la Russie pourrait être en position d'attaquer le territoire de l'OTAN avant la fin de cette décennie. L'Allemagne se prépare déjà institutionnellement à ce scénario — à travers une Stratégie de sécurité nationale publiée en 2023, un plan opérationnel de la Bundeswehr pour l'Allemagne, et des lignes directrices cadres pour une défense nationale globale. Le concept-cadre des églises est explicitement présenté comme une contribution à cette logique plus large de préparation sociétale, que l'État a consolidée sous le concept de "sécurité intégrée", dans laquelle les acteurs ecclésiastiques sont expressément désignés comme partenaires de la société civile.
Les exigences concrètes du journal sont radicales. Elle appelle à la préparation systématique de tous les domaines du suivi pastoral ecclésiastique — de l'aumônerie paroissiale et hospitalière à l'aumônerie militaire, policière et carcérale — pour des scénarios impliquant un grand nombre de soldats blessés, de combattants tombés au combat, de prisonniers de guerre et de réfugiés. On ne s'attend pas à ce que les églises improvisent ; ils sont plutôt appelés à mettre en place dès maintenant des équipes de gestion de crise, à maintenir les chaînes de notification à jour, à clarifier les lignes de responsabilité et à former le personnel à l'avance. La devise directrice est révélatrice dans sa franchise : "En cas de crise, connaissez votre peuple."
Les scénarios concrets pour lesquels le document prépare les églises sont particulièrement révélateurs. Dans le cas de l'alliance — considéré comme le scénario le plus probable — l'Allemagne fonctionnerait comme un centre logistique pour les forces de l'OTAN. Cela implique le transit de troupes et de matériel à travers le territoire allemand, le rapatriement d'un grand nombre de soldats blessés et tombés au combat, des mouvements de réfugiés d'Europe de l'Est, ainsi que d'éventuelles attaques contre les infrastructures critiques et les systèmes cybernétiques. S'appuyant explicitement sur les leçons tirées de la guerre en Ukraine, le document anticipe que les chiffres de victimes seront très élevés. Les aumôniers hospitaliers sont censés se préparer aux situations de triage ; aumôniers d'urgence pour des événements de traumatisants de masse ; des chapelains paroissiaux pour accompagner les familles endeuillées à une échelle jusque-là inconnue dans l'Allemagne en temps de paix.
Le document exige en outre une coordination institutionnelle étroite entre les structures ecclésiastiques et les autorités étatiques, tant au niveau fédéral qu'étatique. Les bureaux ecclésiastiques rattachés aux gouvernements des États doivent fonctionner comme des interfaces institutionnelles permanentes. Au niveau fédéral, la création d'un personnel œcuménique de crise d'environ dix membres est envisagée. Les églises doivent savoir précisément qui détient l'autorité de supervision en cas d'urgence — sur les aumôniers d'urgence, les aumôniers d'hôpitaux et les employés de l'église qui servent simultanément dans les brigades de pompiers volontaires ou à l'Agence fédérale pour l'aide technique. Cette clarté est tout sauf évidente ; elle suppose un travail préparatoire juridique et organisationnel approfondi.
Dans son ensemble, ce document rend visible une société qui — au niveau institutionnel — se prépare à la guerre, sans la nommer publiquement comme telle. Les églises sont appelées à faire partie d'une infrastructure nationale de préparation. Bien que l'article prenne soin d'affirmer qu'il ne touche pas aux engagements éthiques de paix de l'une ou l'autre des deux Églises, il met néanmoins en œuvre une réorientation opérationnelle substantielle : s'éloignant d'une posture abstraite d'éthique pacifique vers une planification de crise concrète dans un cadre coordonné par l'État de défense nationale globale.
Pour l'Allemagne, cela signifie que la préparation à une guerre éventuelle n'est plus une affaire purement militaire. Elle imprègne désormais de plus en plus toutes les institutions sociales — jusqu'à la paroisse individuelle.
Par Pascal Lottaz 29 avril 2026
