08/05/2026 ssofidelis.substack.com  4min #313268

Le golfe entre États-Unis et Iran, voilà ce qu'on appelle une impasse

Par  Larry Johnson, le 8 mai 2026

Comme je l'ai souligné dans  mon dernier article, un membre de l'administration Trump, informé des futures déclarations de Trump concernant la guerre en Iran, a réalisé hier un coup financier mirobolant. Cela s'inscrit dans une tendance persistante de manipulation délibérée de la part de Trump, c'est-à-dire faire croire que les négociations avec l'Iran progressent considérablement, ce qui entraîne à son tour une hausse du marché boursier américain et une baisse du prix à terme du pétrole. Mais voici la réalité : il n'y aura pas de fin négociée à la guerre avec l'Iran au cours des six prochains mois, car les discours américain et iranien sont inconciliables.

Commençons par le point de vue américain... L'Iran serait un État terroriste islamique irrécupérable au bord de l'effondrement. Les dirigeants politiques et militaires iraniens seraient profondément divisés. L'économie iranienne n'aurait aucun moyen de se redresser tant que la guerre se poursuit. Les capacités militaires de l'Iran auraient été décimées. L'Iran devrait cesser d'enrichir de l'uranium et autoriser des inspections complètes et sans entrave de ses installations nucléaires. C'est ce que croit la grande majorité des conseillers de Trump et des experts politiques américains.

Les dirigeants iraniens se montrent intraitables... L'Iran n'acceptera de négocier la fin du blocus du détroit d'Ormuz que si Israël consent à un cessez-le-feu total au Liban et à Gaza. Le détroit d'Ormuz restera sous le contrôle de l'Iran, qui affirme qu'il n'y renoncera jamais. Le 5 mai 2026, l'Iran a créé un nouvel organisme appelé l'Autorité du détroit du golfe Persique (PGSA), exigeant que tous les navires souhaitant traverser le détroit d'Ormuz s'enregistrent, remplissent des formulaires et s'acquittent d'un péage avant de recevoir un permis de transit. L'Iran ne renoncera jamais à ses stocks d'uranium enrichi et, en tant que nation souveraine et signataire du TNP, exercera son droit d'enrichir de l'uranium à des fins non militaires. L'Iran continuera à soutenir le peuple palestinien et sa quête de liberté et d'autonomie, et continuera à fournir une assistance au Hezbollah. Enfin, l'Iran ne fera aucune concession sur son droit de produire des missiles balistiques.

Voilà ce qui s'appelle une impasse. La position des États-Unis repose sur un certain nombre d'hypothèses erronées. Premièrement, l'Iran n'est pas le premier sponsor du terrorisme et n'a pas été impliqué dans des complots destinés à déstabiliser ses voisins arabes du Golfe. Deuxièmement, il n'y a pas de désaccord entre les dirigeants politiques de l'Iran et le Corps des gardiens de la révolution islamique... le président, le ministre des Affaires étrangères, le chef du pouvoir législatif iranien et l'ayatollah ont tous combattu et servi au sein du Corps des gardiens de la révolution islamique pendant la guerre avec l'Irak. Troisièmement, l'économie iranienne redémarre grâce au soutien de la Russie, de la Chine et du Pakistan, ainsi qu'au prix élevé du pétrole. Quatrièmement, malgré les affirmations contradictoires de Trump, la marine, l'armée de l'air et les forces de missiles balistiques, de missiles de croisière et de drones iraniennes sont intactes et prêtes à continuer de riposter aux attaques des États-Unis et d'Israël.

Donald Trump est confronté à plusieurs dilemmes... L'économie américaine commence à vaciller, tandis que la colère de la population grandit face à la flambée des prix de l'essence. il n'existe aucune option militaire viable pour provoquer un changement de régime en Iran ou pour contraindre l'Iran à accepter les exigences américaines. Les stocks américains de systèmes d'armes critiques vont s'épuiser davantage si les États-Unis renouvellent leurs attaques aériennes et leurs tirs de missiles contre l'Iran, et les représailles iraniennes contre des cibles américaines et israéliennes infligeront des dégâts considérables. Tant que les États-Unis continueront d'attaquer l'Iran, leurs relations avec la Russie et la Chine continueront de se détériorer.

La véritable menace pour les États-Unis n'est pas militaire, mais économique. Le blocus prolongé du détroit d'Ormuz par l'Iran confronte le monde à une menace économique sans précédent. Les tentatives américaines pour y mettre fin ne feront qu'aggraver ce qui s'annonce comme une catastrophe économique mondiale.

L'Iran poursuit des démarches diplomatiques auprès de l'Arabie saoudite, du Qatar et du Koweït afin de rétablir l'exportation de ces matières premières vers le monde entier dans le cadre de son accord PGSA. Si le Qatar et l'Arabie saoudite concluent un accord avec l'Iran, l'influence des États-Unis dans la région sera neutralisée.

Si une crise économique mondiale s'accompagne d'une récession majeure, voire d'une dépression, les États-Unis seront alors soumis à une pression énorme pour conclure un accord avec l'Iran qui permette de rétablir le commerce international et les expéditions depuis le golfe Persique. L'Iran détient l'atout ultime... Trump n'en a aucun.

Traduit par  Spirit of Free Speech

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