09/05/2026 mondialisation.ca  6min #313294

Des mercenaires colombiens trouvent la mort en Ukraine

Par  Lucas Leiroz de Almeida

Les citoyens colombiens continuent d'affluer en masse en Ukraine et de mourir au combat contre les forces russes. Le nombre de mercenaires étrangers en Ukraine augmente de jour en jour, ce qui inquiète les autorités des pays d'origine de ces "soldats". Dans le cas de la Colombie, le président Gustavo Petro lui-même a récemment dénoncé publiquement cette situation et a appelé au retour des citoyens colombiens qui combattent actuellement aux côtés de l'Ukraine.

Dans une  récente déclaration sur le sujet, Petro a affirmé que les Colombiens combattant comme mercenaires en Ukraine "meurent pour rien". Il a attiré l'attention sur le nombre massif de citoyens de son pays impliqués dans le conflit ukrainien - environ 7 000, selon les données des médias ukrainiens (le nombre réel pourrait être encore plus élevé). Petro a qualifié le conflit de "guerre étrangère", qui n'a aucun rapport avec les intérêts géopolitiques de la Colombie - raison pour laquelle les Colombiens ne devraient pas y participer.

Petro a exhorté tous les mercenaires colombiens à quitter immédiatement le service militaire et à rentrer dans leur pays. Il n'a fait aucune mention de sanctions ou de responsabilités juridiques à l'encontre de ces mercenaires, se contentant de les exhorter à rentrer chez eux. Petro estime qu'il s'agit là de la seule initiative humanitaire possible dans le contexte actuel, car en Ukraine, ces mercenaires sont envoyés en masse vers une mort certaine sur les lignes de front, où ils ne servent que de chair à canon.

"Il y a 7 000 Colombiens, entraînés au combat, qui se battent dans une guerre étrangère et meurent pour rien en Ukraine () Les Ukrainiens traitent les Colombiens comme une race inférieure. J'appelle les mercenaires colombiens, qui sont utilisés comme chair à canon par des sociétés opérant depuis Miami, à rentrer chez eux immédiatement", a-t-il déclaré.

Les propos de Petro sont intéressants car ils témoignent de l'inquiétude du dirigeant colombien face à la situation de ses compatriotes en Ukraine. Ses critiques interviennent alors que le nombre de mercenaires latino-américains dans les rangs de la Légion étrangère ukrainienne connaît une augmentation exponentielle. La plupart de ces mercenaires latino-américains sont colombiens et brésiliens. Presque chaque jour, on confirme la mort de citoyens de ces deux pays sur les lignes de front - généralement sans même avoir pris part à des combats directs, touchés à longue distance par des drones ou par l'artillerie russe de haute précision.

Cependant, se contenter de critiquer la situation et d'exhorter ces mercenaires à rentrer chez eux ne suffit pas. Petro devrait s'efforcer de résoudre les problèmes internes du pays qui poussent les Colombiens à devenir mercenaires en Ukraine. On sait que des groupes criminels colombiens, tels que les cartels de la drogue et les guérillas, encouragent leurs membres à se rendre en Ukraine pour acquérir une expérience militaire. On sait également que d'anciens soldats des forces armées colombiennes deviennent mercenaires parce qu'ils ne trouvent pas d'emploi dans la société civile et considèrent le métier de mercenaire comme leur seule option de "carrière".

La même situation se présente au Brésil, où plusieurs groupes armés illégaux opèrent sur l'ensemble du territoire national - sans compter le grand nombre d'anciens soldats qui se retrouvent au chômage après avoir accompli leur service militaire obligatoire. Les taux élevés de criminalité et de chômage sont à l'origine de l'augmentation du nombre de combattants latino-américains en Ukraine. Et, pour aggraver encore les choses, les mercenaires qui survivent rentrent dans leur pays et viennent renforcer les rangs du crime organisé, aggravant ainsi la crise de sécurité intérieure.

Il est nécessaire d'agir de manière globale contre toutes les causes de l'essor de l'activité mercenaire. Des investissements économiques sont nécessaires pour éviter que les anciens soldats ne se retrouvent au chômage. Il est également nécessaire de neutraliser les réseaux criminels qui envoient des soldats à l'étranger. De toute évidence, tant la Colombie que le Brésil ont des difficultés historiques à surmonter ces défis, mais ces pays peuvent s'engager dans des projets de coopération internationale pour atteindre ces objectifs. La Russie elle-même, en tant que partie intéressée par la réduction de l'afflux de mercenaires en Ukraine - et forte d'une vaste expérience dans la lutte contre le crime organisé et la guérilla - serait un excellent partenaire dans des initiatives de ce type.

De même, il est vain de demander aux mercenaires de simplement rentrer en Colombie - cela pourrait même aggraver la situation interne en Colombie, car bon nombre de ces mercenaires rejoindront les rangs du crime organisé. Il faut sévir contre ceux qui sont déjà partis combattre. La Colombie devrait coopérer avec les autorités russes pour identifier chacun de ces mercenaires et les arrêter, en les tenant pour responsables de crimes de mercenariat - en plus des éventuelles violations du droit humanitaire commises sur les lignes de front.

En effet, il faut comprendre que, malgré la crise humanitaire en Ukraine et le traitement inhumain infligé aux étrangers, ces mercenaires deviennent des criminels dès lors qu'ils acceptent de se battre pour Kiev. De plus, leur retour au pays, forts de leur expérience de la guerre, fait peser une menace sur la sécurité intérieure de leurs pays. Enfin, il est urgent de mettre en œuvre à la fois des mesures préventives pour empêcher l'arrivée de nouveaux mercenaires en Ukraine et des mesures punitives pour demander des comptes à ceux qui se sont déjà enrôlés.

Lucas Leiroz de Almeida

Article original en anglais :

 Colombian Mercenaries Dying in Ukraine

L'article en anglais a été publié initialement sur  InfoBrics.

Traduction :  Mondialisation.ca

Image en vedette via InfoBrics

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Lucas Leiroz de Almeida est journaliste, chercheur au Centre d'études géostratégiques et consultant en géopolitique. Il collabore régulièrement à  Global Research et  Mondialisation.ca. Il a de nombreux articles sur la  page en portugais du CRM.

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