Centre palestinien de l'information, 6 mai 2026.- Toute tentative de présenter le désarmement de la résistance comme une étape nécessaire vers la "stabilité", est une ignorance totale de la réalité fondamentale : l'occupation est la cause première de la violence organisée en Palestine. C'est elle qui occupe le territoire, assiège Gaza, pille les villes de Cisjordanie, arrête des milliers de personnes et empêche toute véritable souveraineté palestinienne. Elle tue aujourd'hui sans justification ni raison à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem, et commet des agressions au Liban, en Syrie et ailleurs.

Face à cette réalité, la véritable question n'est plus de savoir pourquoi la résistance possède des armes, mais pourquoi les populations occupées sont privées de leurs moyens de dissuasion alors qu'aucun engagement réel n'est pris pour mettre fin à l'occupation elle-même.
Le discours prônant le désarmement présuppose implicitement que le problème trouve son origine chez les Palestiniens, et non dans le système colonial à l'origine du conflit. Cette formulation est fondamentalement biaisée, car elle déplace le débat des droits vers la gestion de la sécurité, et de la libération vers le contrôle des populations. Réduire la question à un simple enjeu sécuritaire, c'est occulter toute l'histoire : la Nakba, la construction des colonies, les déplacements de population, le siège, les agressions répétées et le parti pris international qui a permis à l'occupation de conjuguer puissance militaire et impunité politique.
Désarmer la résistance, une exigence génocidaire
Cette revendication n'émerge pas du néant et ne constitue pas une solution réaliste ; elle répond aux priorités de plusieurs acteurs. L'occupant souhaite une résistance sans pouvoir, une population sans protection et un secteur privé de toute volonté avant d'être désarmé. Certaines puissances internationales abordent la question sous l'angle de la "gestion du conflit" plutôt que de sa résolution, recherchant un calme temporaire qui garantisse le contrôle des frontières et atténue le coût politique, même si les causes profondes du conflit persistent.
De plus, certains acteurs régionaux et internationaux perçoivent les armes de la résistance comme un obstacle aux accords post-génocide ou comme un moyen de reproduire l'influence de forces dont ces acteurs ne souhaitent pas voir l'ascension. Dès lors, les armes deviennent l'enjeu d'un conflit qui dépasse largement le cadre de Gaza : une lutte pour déterminer qui façonne le système politique palestinien, qui définit les limites de ce qui est acceptable et de ce qui ne l'est pas, et qui a le droit de représenter le peuple palestinien en cette période extrêmement délicate.
Cet argument ignore le fait que la résistance est née non seulement d'un vide institutionnel, mais aussi d'un manque de protection. En l'absence de dissuasion, l'agression sioniste s'étend. Et lorsque l'on demande aux Palestiniens de se fier uniquement à des garanties, alors que l'expérience est marquée de trahisons, parler de reddition des armes revient à exiger de la victime qu'elle prouve sa bonne foi à un oppresseur qui ne reconnaît même pas ses droits.
Le désarmement éternise l'occupation
Politiquement, cela signifie un nouveau basculement du rapport de forces en faveur de l'occupant. On pourrait certes arguer que les armes n'ont pas mis fin à l'occupation, et c'est en partie vrai, mais elles ont aussi empêché l'occupant d'imposer des conditions faciles et sans contrepartie. L'existence d'une résistance armée n'a pas empêché la catastrophe, mais elle a accru le coût de l'agression et contraint l'occupant à des calculs qu'il n'aurait pas eu à faire si la position palestinienne avait été totalement sans défense.
Dans la société palestinienne, les armes ne sont pas perçues comme de simples instruments de guerre, mais comme l'expression d'un droit naturel à l'autodéfense et à la dignité nationale.
Par conséquent, toute discussion sur le désarmement est indissociable de la question de la légitimité : qui l'exige ? Quelles en sont les conditions ? Quelles garanties sont offertes ?
Ce désarmement implique-t-il la cessation des hostilités, la levée du siège, le démantèlement des colonies, la libération des prisonniers et la reconnaissance effective des droits des Palestiniens ? Ou bien l'objectif est-il d'abord de désarmer les Palestiniens, puis de les laisser subir les mêmes rapports de force qu'ils connaissent depuis des décennies ?
Du point de vue sécuritaire, certains avancent l'idée que le désarmement entraînera automatiquement la reconstruction, l'ouverture des points de passage et l'acheminement de l'aide. Cependant, l'expérience palestinienne montre que l'occupation instrumentalise les besoins humanitaires à des fins de chantage politique. Même lorsque des promesses sont faites, elles restent souvent conditionnelles, réversibles et soumises à des pressions sur lesquelles les Palestiniens n'ont aucune prise. Par conséquent, faire de l'aide alimentaire, de la reconstruction et des médicaments une condition politique au désarmement de la résistance n'est pas une démarche humanitaire, mais bien une forme de coercition collective.
Entre l'État et les armes : la question est-elle vraiment aussi simple ?
L'un des arguments les plus fréquemment avancés est que "l'État seul devrait avoir le monopole de l'usage de la force". En principe, cette proposition semble classique dans tout système politique stable. Cependant, l'appliquer aussi simplement à la situation palestinienne est une simplification excessive, car les Palestiniens ne vivent pas dans un État pleinement souverain, doté de frontières sûres et d'institutions indépendantes de la volonté de la puissance occupante.
Il n'existe pas d'État palestinien pleinement souverain qui détienne le monopole des armes et gère la sécurité indépendamment de l'occupation. Il existe plutôt une autorité limitée et isolée, une réalité fragmentée entre la Cisjordanie et Gaza, des frontières contrôlées par l'occupation, un espace aérien et des eaux territoriales soumis à surveillance ou à fermeture, et des incursions quotidiennes qui confirment que la souveraineté palestinienne demeure incomplète et, de fait, usurpée. Dans ce contexte, la notion d'"armes hors de l'État" mérite une analyse approfondie, car le problème fondamental réside non seulement dans la multiplicité des centres de pouvoir, mais aussi dans l'absence d'un État véritablement souverain.
Cela ne signifie pas que toute discussion interne palestinienne concernant les décisions militaires ou l'autorité nationale soit illégitime. Au contraire, ce sont des questions sensibles et importantes. Mais l'ordre des priorités est crucial : la réglementation des armes doit-elle être abordée dans le cadre d'un projet national global qui préserve le droit à la résistance et encadre son processus décisionnel ? Ou le désarmement doit-il être présenté comme une condition préalable imposée par des puissances extérieures pour façonner l'espace palestinien selon les besoins de l'occupation ? La différence entre ces deux voies est immense, voire déterminante.
Dans ce contexte, le porte-parole du Hamas, Hazem Qassem, a souligné que la question des armes de la résistance est "une affaire intérieure palestinienne" qu'il faut aborder dans le cadre d'un dialogue national et d'accords politiques et de terrain, afin de déterminer les formes de lutte à venir et le rôle des différents champs d'action palestiniens.
Al-Qassem a déclaré dans de précédentes déclarations à la presse que les discours continus de l'occupation sioniste sur le désarmement "visent à dissimuler les crimes commis avec les armes sionistes", soulignant que "les armes incontrôlées et criminelles sont les armes de l'occupation soutenue par les Américains, qui ont été utilisées pour détruire la bande de Gaza, assiéger ses habitants et les affamer pendant deux ans".
Désarmer la résistance à Gaza et en Cisjordanie : un seul destin
À Gaza, les armes sont indissociables d'un état de siège, de guerres répétées et de tentatives constantes de briser la volonté populaire. Par conséquent, la demande de désarmement apparaît comme une voie vers une refonte politique et militaire de la bande de Gaza, et non comme une simple mesure d'apaisement des tensions. Nombre de propositions visent à créer une Gaza incapable de riposter, dépourvue de structure de résistance efficace et gouvernée par une administration adaptable aux conditions de l'entité génocidaire et internationales.
Aujourd'hui, un autre danger s'ajoute à cela : la prolifération des milices et des bandes armées. Comment peut-on envisager le désarmement quand ces bandes sont armées et se livrent à la violence, aux meurtres et aux vols à main armée ?
En Cisjordanie, la situation est en apparence différente, mais fondamentalement liée. L'occupation réprime activement toute forme de résistance armée, recourant aux raids, aux assassinats et aux arrestations pour démanteler l'infrastructure de la résistance. Cependant, cette brutalité n'a pas éteint la volonté de résister ; au contraire, elle a alimenté sa résurgence sous diverses formes. Cela démontre que les armes ne sont pas la cause du conflit, mais plutôt l'une de ses manifestations. Désarmer les auteurs de ces violences ne résout pas le problème à la source tant que l'occupation persiste et s'étend davantage.
Après-guerre : qui définit les conditions ?
À chaque étape d'une agression de grande ampleur, la même question revient, plus pressante encore : qui gouverne Gaza, qui garantit la sécurité, qui finance la reconstruction, et le prix à payer sera-t-il le désarmement de la résistance ? Cette équation est généralement présentée comme réaliste et sans alternative, mais elle repose en réalité sur une hypothèse dangereuse : celle que la partie palestinienne doit à elle seule faire la concession essentielle, tandis que l'occupation criminelle demeure hors de tout contrôle.
Toute voie sérieuse vers l'avenir ne saurait commencer par dépouiller les Palestiniens de leur pouvoir et exiger ensuite leur confiance. Elle commence par la cessation des hostilités, la levée du siège, des garanties de reconstruction, la fin des politiques de sanctions collectives et l'ouverture d'un véritable horizon politique fondé sur les droits et non sur le contrôle sécuritaire. Ce n'est qu'alors que les Palestiniens pourront débattre de la forme de l'autorité nationale, réorganiser leurs affaires intérieures et définir le rapport entre les armes et le projet politique. Imposer une solution de l'extérieur ne produira pas la stabilité, mais une trêve fragile au sommet d'un volcan.
Sans défense armée, que reste-t-il aux civils sous occupation ?
Lorsque le désarmement de la résistance est exigé sans s'attaquer aux causes profondes du problème, l'objectif réel devient de redéfinir le Palestinien comme un groupe de population à gouverner, et non comme un peuple ayant droit à la libération. C'est là l'aspect le plus dangereux de tout ce discours. Il ne s'agit pas ici de glorifier les armes pour elles-mêmes, ni de nier le coût humain et environnemental exorbitant de la confrontation, mais bien de rejeter l'équation qui confère à l'occupant le droit à une supériorité perpétuelle et exige de la victime qu'elle renonce à son droit à la dissuasion et à la défense.
Le véritable réalisme ne consiste pas à perpétuer les conditions imposées par le pouvoir, mais à comprendre que tout système non fondé sur la justice est voué à l'échec. On peut s'emparer des armes par la force, la pression ou un siège, mais la motivation qui les a engendrées ne peut être éradiquée tant que l'occupation perdure. C'est ce que la Palestine a démontré à maintes reprises, et ce que confirment les expériences des peuples sous le joug colonial partout dans le monde.
Par conséquent, toute discussion responsable sur le désarmement de la résistance doit aborder la question des droits avant celle des procédures, et celle de la libération avant celle du contrôle. Tant que ce fondement restera inchangé, tout discours sur la sécurité ne sera qu'une tentative de consolider la sécurité de l'occupation au détriment de la sécurité, de la dignité et de l'avenir du peuple palestinien.
Dès lors que le politique s'entremêle à l'humanitaire, et le militaire au national, il devient impératif de distinguer ce qui est présenté comme une solution de ce qui vise à soumettre le peuple palestinien. Cette distinction n'est pas un détail théorique, mais une condition essentielle pour empêcher que la cause palestinienne ne soit redéfinie en termes apparemment pragmatiques, privant ainsi le peuple palestinien de l'une de ses dernières sources de force face à une occupation génocidaire persistante.
Source : Centre palestinien d'Information