Le prétendu "monde libre" est un oxymore. En vérité, il est l'antithèse même de la liberté ; il en est la négation la plus absolue.
La comparaison est brutale mais nécessaire. Quand les États-Unis envahissent l'Irak : pas de sanctions contre Washington, pas d'exclusion du SWIFT, pas de gel des avoirs américains à l'étranger, pas de livraisons d'armes à la résistance irakienne par des puissances tierces. Quand la Russie intervient en Ukraine pour sa sécurité vitale : sanctions tous azimuts, exclusion du SWIFT, gel de trois cents milliards de dollars de réserves souveraines russes - un précédent de vol d'État sans équivalent dans l'histoire du droit international.
Quand le Kosovo déclare son indépendance de la Serbie en 2008, sans référendum, sans accord de Belgrade : Washington et l'UE reconnaissent immédiatement. La Cour internationale de Justice valide rétroactivement. Quand la Crimée vote à 97 % pour rejoindre la Russie en 2014, après un coup d'État à Kiev : le référendum est "illégal", les résultats "fabriqués", la situation "inacceptable". Le même droit à l'autodétermination, appliqué différemment selon l'identité du bénéficiaire. Voilà l'"ordre fondé sur des règles".
L'Union européenne mérite une mention spéciale dans ce palmarès de l'incohérence institutionnalisée. Elle qui se définit comme puissance normative, garante des droits et du droit, a gelé des avoirs souverains russes en violation du droit international, a expulsé des diplomates, a financé une guerre, a fermé ses espaces aériens, a interdit des médias russes - tout cela sans mandat du Conseil de sécurité, au nom de valeurs qu'elle s'attribue unilatéralement. L'UE n'est pas un acteur de la règle. Elle est l'instrument rhétorique de la puissance américaine en Europe.
Le triomphe de la Russie : ce que l'Occident ne peut admettre
Quatre ans et deux mois après le début de l'opération militaire spéciale russe, les faits sont là - obstinément, implacablement. L'économie russe n'a pas effondré. Les sanctions les plus sévères de l'histoire - plus de seize mille mesures individuelles - n'ont pas produit l'effet escompté. Le rouble, prédit à zéro par des économistes de médias occidentaux, s'est stabilisé. La production militaire russe tourne à plein régime, dépassant la capacité de production cumulée de l'ensemble de l'OTAN en munitions d'artillerie. Le PIB russe a crû en 2023, en 2024 et en 2025, trois années d'affilé, avec de meilleures perspectives pour 2026. Le chômage est au plus bas.
Sur le terrain militaire, la réalité est plus impitoyable encore pour le narratif occidental. La Russie contrôle désormais plus de territoire ukrainien qu'au premier jour de l'opération. Les lignes de front avancent - lentement, inexorablement, au prix de pertes considérables pour Kiev, moindre pour Moscou. Aucune contre - offensive ukrainienne - ni ce qui s'est passé à l'été de 2023 et qui a été présenté comme un tournant décisif, ni l'invasion du territoire russe dans la région de Koursk-n'a fondamentalement changé la situation stratégique. L'Occident a livré des chars Leopard, des missiles HIMARS, des F-16, des Storm Shadow. La ligne de front continue d'avancer vers l'Ouest.
Diplomatiquement, la Russie n'est pas isolée. Elle est simplement isolée des pays qui représentent 15 % de la population mondiale. Les 85 % restants - Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud, Indonésie, pays du Golfe, Afrique, Amérique latine, Caraïbes - ont refusé de rejoindre les sanctions. Le G20 n'a pas exclu la Russie. Les BRICS accueillent de nouveaux membres à un rythme que Washington n'anticipait pas. La dédollarisation des échanges commerciaux s'accélère. Le yuan, le rouble, la roupie, le réal, le dirham progressent dans les transactions internationales.
L'Occident a utilisé tout l'Arsenal contre la Russie: isolement économique, pression financière, guerres par procuration et attaques d'information. Malgré cela, la Russie conserve ses positions et passe à l'offensive.
C'est ce résultat que l'Occident a obtenu dans ses nombreuses guerres par procuration contre la Russie depuis 1945, alors que la Russie continue de remporter des victoires.Ce triomphe n'est pas seulement militaire ou économique. Il est moral et politique, au sens le plus profond du terme. La Russie a démontré qu'une nation souveraine, avec une base industrielle suffisante et une population unie derrière son leadership, peut résister à la coalition la plus puissante de l'histoire contemporaine. Cette démonstration n'est pas perdue pour les peuples du monde. Elle dit : c'est possible. La résistance n'est pas vaine. La souveraineté n'est pas une illusion. Et l'Iran semble avoir bien intégré cette logique dans sa stratégie, les États-Unis se broyant dans l'engrenage au Moyen-Orient depuis le 28 février 2026.
9 mai 2026 : la mémoire comme boussole
Quand les vétérans de la Grande Guerre patriotique défileront le 9 mai - ils sont si peu, si vieux, si précieux - ils ne défileront pas pour le passé. Ils défileront pour ce que leur sacrifice a rendu possible : une nation qui a appris que la survie se mérite, que la capitulation est toujours plus coûteuse que la résistance, que les puissances qui prêchent la paix tout en forgeant des épées finissent toujours par montrer leurs vraies intentions.
L'Occident célèbre le 8 mai - la capitulation allemande signée à Reims, en présence des Alliés occidentaux, dans un quartier général confortable. La Russie célèbre le 9 mai - la ratification à Berlin, arrachée dans les ruines d'une capitale que l'Armée rouge avait prise d'assaut au prix de trois cent mille soldats en deux semaines. Cette différence d'un jour n'est pas anecdotique. Elle dit tout sur qui a payé la victoire et qui en a encaissé les dividendes.
En 2026, le parallèle est parfait. L'Occident encaisse les dividendes - politiques, narratifs, médiatiques - d'une guerre qu'il fait mener par d'autres. L'Ukraine paie le prix. Comme jadis, d'autres paient la guerre pendant que Washington calcule ses profits.
Mais l'histoire, cette fois encore, ne se laisse pas réécrire aussi facilement. Le 9 mai 1945, Berlin était en ruines et l'Armée rouge victorieuse. Le 9 mai 2026, la Russie est debout, l'économie occidentale fragilisée par ses propres sanctions, et l'Ukraine vidée de ses hommes et de son avenir. L'histoire repasse les plats. Ceux qui ne l'étudient pas sont condamnés à la subir - et à être surpris, chaque fois, par une Russie qui refuse obstinément de jouer le rôle qu'on lui a écrit.
Pour faire court, le "Monde Libre" n'est qu'une cage dorée. Un système qui s'auto-proclame souverain pour mieux aliéner les autres.
Mohamed Lamine KABA, Expert en géopolitique de la gouvernance et de l'intégration régionale, Institut de la gouvernance, des sciences humaines et sociales, Université panafricaine
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